< retour au portail < retour au fonds de recherche


 

 


a) Brève histoire illustrée de la Bible hébraïque .

b) Le Nouveau Testament conventionnel

c) Les Cultes anciens et le symbolisme de la Croix

d) Le Culte impérial romain et le Christianisme constantinien

 

Première Partie: Aux temps des paléo-chrétiens.


AUGUSTE ( 27 / 14 )
premier Empereur romain
descendant de Vénus par la Gens Julia
fils d'Apollon par sa mère Atia
Comme tous les peuples autrefois disséminés dans l'aire géographique indo-européenne, les anciens Romains pensaient que leurs rois, ou chefs assimilés:
Consuls, Généraux victorieux.....,
possédaient une origine "divine"; croyance que
"la Révélation d'Hermès Trismégiste" théologisera à la fin
du 2ème siècle de notre ére, en affirmant qu' un roi était
à la fois " le dernier (né) des dieux, et le premier des hommes" , qu'il pouvait, à ce titre, être gratifié de songes "divins" lui donnant les moyens, la chance, de vaincre
ses ennemis et d'auréoler son règne.
Des siècles avant la publication de ce texte, les historiens romains ( Polybe, Tite-Live, Plutarque, Suétone...etc. ) avaient, par exemple, disserté sur les " songes divins "de Scipion l'Africain et ses entretiens avec les dieux visités dans leurs temples, grâce auxquels l'Africain avait permis à Rome de vaincre, en 202 avant notre ère, sa grande rivale Carthage ( grâce aussi à l'implantation du culte de Cybèle, Mère des dieux ).
Ces historiens avaient également célébré la "felicitas" la chance accordée par les dieux à divers hommes politiques
et Généraux, comme Sylla, Pompée...etc., puis finalement vénéré le "divin" Jules César, pour lequel un temple fut érigé sur le Forum de l'Urbs,
peu avant l'institution de l'Empire d'Auguste.

 

Rome
Temple de Jules César "divinisé", sur le Forum.
( maquette )

Avec le Principat d'Auguste, son appartenance à la Gens Julia et la révélation de son origine apollinienne, du fait de l'union "sacrée" de sa mère Atia avec le dieu solaire dans le temple d'Esculape-Apollon de l'île
tibérine, permirent au culte de l'Empereur vivant de se répandre dans tout l'Empire,

  • non seulement par l'édification de temples, dédiés à son Numen, dans les cités les plus diverses
    ( on trouvera ci-après, à titre d'exemples, quelques reproductions de monuments érigés à la mémoire d'un Empereur vivant )
  • mais aussi par l'introduction de statuettes à son effigie dans les laraires familiaux et gentilices;
  • et par l'érection d'autels spécifiques consacrés à perpétuité
    à sa " divinité ", comme en témoigne l'autel élevé le 29 Septembre de l'an 11 de notre ère par la population de Narbonne,
    en exécution d'un voeu,
    pour " apporter bonheur, prospérité et chance à l'Empereur César-Auguste, fils du Divus...."; la population de Narbone, en érigeant cet autel sur le forum de la cité, s'engageait " à rendre un culte perpétuel à la divinité d'Auguste.....pour qu'elle lui soit favorable et propice...".

 

Temple d'Auguste et de Livie à Vienne (Isère )

Temple de l'Empereur Vespasien ( 69/79 ) à Pompeï

 

-
Temple de Vespasien et de Titus( 79/81 )
sur le Forum à Rome


Temple dit " Le Cigonier "
à Avenches- Aventicum, en Suisse
dédié à l' Empereur Trajan ( 98/117 )

 

Temple de l'Empereur Hadrien ( 117/135 )à Ephèse

Temple sur le Forum de Rome
dédié à l'Empereur Antonin ( 135/161 )
et à sa femme Faustine
divinisée après sa mort par le Sénat

Temple ( d'Hercule ) à Aqaba
construit pour Marc Aurèle en 170

Temple de l'Empereur
Septime Sévère (193/211 ) à Djemila.

Par ses multiples manifestations, le culte impérial créait entre le dieu-Empereur, " Père de la Patrie " ,
c'est à dire idéalement père de tous les citoyens romains, et chacun de ceux-ci un lien individuel
politico-religieux qui cimentait l'unité de l'Empire malgré la singularité de ses diverses populations.
A cet égard, le geste décisif fut accompli en l'an 212 de notre ère par Caracalla, qui accorda la citoyenneté romaine à toutes les personnes de statut libre vivant dans l'Empire, les obligeant ainsi à rendre le culte dû à sa " divinité " ; l'Empire, unifié dans le culte du Prince, ne comptait plus désormais
que des adorateurs " fidèles " du dieu-Empereur.

L'Empereur Caracalla ( 212/217 )

Après avoir accordé la citoyenneté romaine à tous les habitants de l'Empire, de statut libre, il fit construire des thermes somptueux à Rome, dans un but politique affirmé; cet établissement de bains, agrémenté de gymnases et de bibliothèques, était, en effet, ouvert à tout le monde; les esclaves et les prolétaires pouvaient profiter des mêmes installations luxueuses que les citoyens les plus riches.

Dans la succession de Caracalla, l'Empereur Elagabale ( 218/222 ), prêtre et fils du Sol invictus d'Emèse, fit construire à la gloire du Soleil
son père, et à la sienne-propre, deux temples magnifiques à Rome, dont l'un, situé vraisemblablement à l'emplacement de l'église actuelle Sainte-Croix de Jérusalem, comprenait de hautes tours, d'où l'Empereur distribuait des dons aux foules rassemblées aux pieds du monument.


Ruines d'un des temples d'Elagabal à Rome


" Divinisé" à 27 ans
par le Sénat romain
après 13 ans de règne.

Son remplaçant, Sévère Alexandre (222/235 ), mourut
également assassiné,
mais fut "divinisé" par le Sénat;
un collège de prêtres fut voué à son culte, les sodales Alexandrini

La disparition brutale de Sévère Alexandre fut suivie d'une période de véritable anarchie militaire;
au moins, 20 Empereurs se succédèrent à Rome en 50 ans, de 235 à 284, compte non tenu
des Empereurs gaulois. Le règne de chacun fut trop court et bouleversé par des luttes incessantes contre des compétiteurs et des Barbares pour que l'un d'entre eux pût se préoccuper du culte de sa personnalité. Toutefois, deux exceptions sont à signaler avec Dèce ( 250/251 ), et Valérien ( 253/260 ) décédé après avoir été capturé en 260 par Shapur, empereur des Perses. Dèce, plus précisément,
fut conscient du lien particulier que le culte impérial établissait entre un Empereur vivant et chacun
de ses sujets; aussi, ordonna-t-il par décret que tout citoyen participerait obligatoirement
à un culte voué à sa "divinité"; cet ordre fut suivi par la population dans une très large majorité, sauf quelques citoyens "chrétiens" opposés à l'organisation de la Société romaine.
Ainsi naquit la première "grande persécution" qui donna l'occasion à Cyprien d'envoyer de nombreuses lettres à sa communauté de Carthage dont il s'était préventivement éloigné, dès l'an 249.
Valérien, pour les mêmes raisons, déclencha une deuxième "grande persécution" à partir de 257,
qui entraîna notamment le supplice du même Cyprien, le 14 Septembre 258.

Statue de Cyprien de Carthage
décapité le 14 Septembre 258.

Le "Divin" Aurélien
( 270/275)
Il réussit à rétablir l'intégrité de l'Empire romain;
il s'est désigné lui-même
deus et dominus


En 270, survint un événement qui devait avoir, notamment dans le domaine religieux, des conséquences insoupçonnables: l'accession au trône impérial d'Aurélien, successeur de Claude le Goth ( 268/270 ), mort prématurément de la peste à Sirmium, en Août 270. Non seulement Aurélien se révéla un administrateur très compétent et un guerrier valeureux qui rendit en cinq années seulement sa gloire passée à Rome, mais il institua, dès le 25 Décembre 274, une cérémonie du culte impérial dédiée au Nouveau Soleil ( Noël ), répétée régulièrement, depuis lors, à chaque solstice d'hiver;
cette fête de Noël devait être intégrée totalement dans son rituel,dès le 25 Décembre 335, par le christianisme de Constantin ( 307/337 ) et devenir aujourd'hui une fête universelle;
les circonstances de cette création ont été les suivantes:
Encouragé par ses succès rapides, bien que difficiles parfois, sur diverses tribus germaniques: Vandales, Goths, Sarmates, Marcomans, Juthunges...etc, Aurélien ( initiateur du Mur de Rome ) décida
en 272 de faire rentrer dans le cadre de l'Empire le royaume de Palmyre, qui avait fait sécession
en 258 et contrôlait de fait les territoires situés entre l'Egypte et l'Empire Perse. Il envahit la Syrie,
gagna la bataille d' Immae sur la reine Zénobie, prit Antioche, Tyane ( ville du célèbre Apollonius)
et se lança à la poursuite des Palmyréniens en direction d'Emèse, au sud. Là, se trouvait le temple du
Sol invictus, figuré comme Cybèle par une météorite noire, que l'Empereur Elagabal avait, en 218/219,
transporté à Rome, où l'on célébra le culte du dieu jusqu'à la mort de l'Empereur, en 222,
événement qui décida du retour de la météorite à Emèse.

Emèse, Temple du Sol invictus figuré par une météorite noire;
à droite, illustration de son déplacement à Rome, et de son retour.


Il existait, donc, entre les Romains et le dieu d'Emèse des liens puissants dont la force augmentait du fait de la situation personnelle d'Aurélien. Celui-ci, en effet, né dans les Balkans, était le fils du régisseur , vraisemblablement un affranchi, du très riche Sénateur Aurelius, membre de l'antique et célèbrissime Gens des Aurelii. Son père et lui-même faisaient partie de la clientèle de la Gens, dont ils portaient le nom;
ils étaient, en quelque sorte, devenus des Aurelii d'adoption, Aurélii dont le Soleil était le dieu gentilice. De plus, selon la légende, la mère de l'Empereur était une prêtresse du Sol invictus. Si bien que, Aurélien ayant établi son camp dans l'environnement du temple d'Emèse, le dieu tint à le visiter en songe pour lui donner des conseils grâce auxquels, à la reprise des hostilités, l'armée romaine l'emporta sur les Palmyréniens; la reine Zénobie fut arrêtée alorsqu'elle tentait de fuir en Perse sur un dromadaire rapide.
Le retour du royaume de Palmyre dans le giron de l'Empire fut définitivement acquis en 273. Cette victoire provoqua chez l'Empereur l'ambition d'agir de même avec l'Empire gaulois, dont il vainquit le dernier maître, Tetricus, l'année suivante. A l'automne 274, l'Empire romain était enfin réunifié.
Ces résultats, d'autant plus brillants que totalement inattendus, manifestaient avec éclat, universellement, que la Chance,la Felicitas "divine" accompagnait continuellement les actes d'Aurélien,
et prouvaient surabondamment, selon les croyances de ces temps-là, son origine "sacrée", sa filiation Solaire, sa qualité de "Nouveau Soleil" , dont Aurélien était intimement persuadé,
sa qualité de "Noël" ( neos helios, nouveau soleil,abrégé en Noël ), titre qu'avaient déjà porté
plusieurs de ses prédécesseurs.
C'est à la fois pour remercier son Père de son aide victorieuse et renforcer les principes du culte impérial qu'Aurélien, en 274, consacra un nouveau temple au Soleil, près du Mausolée d'Auguste;
il décida, en outre, en exécution d'une intuition purement géniale, que chaque année, le 25 Décembre, serait célébré un culte à l'Empereur vivant, Nouveau Soleil. Cette date présentait l'avantage de clore par un service religieux les Saturnales annuelles commençant le 17 Décembre, occasions de réjouissances diverses, et d' assimiler symboliquement la naissance de l'Empereur vivant à l'événement météorologique du retour de la lumière à compter du solstice d'hiver. Les cérémonies
de Noël s'établirent ainsi pour un temps toujours actuel, unissant, à l'origine, dans le culte d'adoration de l'Empereur vivant, tous ses sujets, sans provoquer une résistance quelconque de la part des chrétiens, tant les mérites d'Aurélien paraîssaient indiscutables;
d'autant moins discutables qu'il mourut assassiné, en Septembre/Octobre 275, par des membres de la garde prétorienne parce qu'il voulait protéger son administration de toute corruption.

Le "divin" Aurélien était le fils du Sol Invictus;
il était le Nouveau Soleil, Neos Hèlios,en abrégé Noël,
apparaîssant symboliquement à chaque 25 Décembre.
Génial inventeur de la fête du même nom, il a renforcé l'efficacité du culte impérial
non seulement en donnant un terme religieux aux Saturnales annuelles fêtes suivies par la population entière , y compris les esclaves, mais encore en faisant de sa naissance symbolique au solstice d'hiver le point d'irruption du flux de lumière diurne grandissant jusqu'au Printemps;
cette naissance devenait le préalable nécessaire à la résurrection de la Nature à l'équinoxe vernal, et s'inscrivait dans le culte universel de la Fécondité pratiqué
dans une Société dont l'économie dépendait entièrement de l'agriculture

Les dix années qui ont séparé la mort d'Aurélien ( 275 ) de l'avènement de Dioclétien ( 284 ) ont été
assurément parmi les plus agitées de ce temps d'anarchie. Le successeur immédiat d'Aurélien ,
nommé Tacite, avait été le président du Sénat romain; son règne dura six mois, avant qu'il ne fût
à son tour assassiné, au cours d'une expédition militaire, à Tyane en Syrie du Nord. C'est
son demi-frère, Florien, qui accéda au trône; il fut lui aussi assassiné au bout de 88 jours.
En Septembre 276, arriva Probus, guerrier valeureux souvent comparé à Aurélien. Il combattit les Barbares envahisseurs, d'abord dans les provinces occidentales, puis orientales; mais dès les débuts de 280, il dut affronter divers usurpateurs, d'abord en Allemagne ensuite en Syrie; il fut assassiné
en Septembre 282, près de Sirmium, par des sbires soutenant le préfet du prétoire Carus.
Les historiens ont habituellement présenté Probus comme un Empereur travailleur et valeureux,
tué par des subordonnés déloyaux et corrompus.
Carus ressentit immédiatement la difficulté pour un seul homme de faire respecter les limites
de l'Empire; c'est pourquoi, le 1er Janvier 283, il confia le gouvernement des provinces
occidentales à son fils Carin, tandisqu' il se chargeait de contrôler l'Orient avec l'aide de son deuxième
fils Numérien. Au Printemps de cette année, il engagea une campagne contre les Perses; toutefois,
en Juillet 283, il fut foudroyé dans son camp sur les rives du Tigre; mais l'on raconta qu'en fait il avait été tué par Aper, préfet du prétoire. Numérien lui succéda aussitôt; malheureusement, il contracta,
peu après, une très grave infection des yeux, qui le rendit pratiquement aveugle. Numérien resta
en Syrie jusqu'au début de 284, puis se dirigea vers le Bosphore, dans une litière fermée. Il fut à son
tour assassiné par Aper, son beau-père; la nouvelle s'en répandit à l'automne 284. En Novembre,
Aper fut accusé de meurtre et exécuté par Dioclétien, acclamé par les troupes d'Orient
comme Empereur à la place de Numérien.
Le frère de Numérien, Carin, conduisit les troupes d'Occident au devant de Dioclétien, en 285;
la bataille eut lieu à la fin de l'été près de Margus ( Morava, près de Belgrade ). Carin parut l'emporter,
mais fut tué par un de ses officiers. Ses troupes rejoignirent alors celles de Dioclétien, qui devint donc
l'unique maître de l'Empire; une ère nouvelle s'ouvrait pour celui-ci où, durant ces dix années, la fête de Noël avait été, chaque année, célébrée avec ferveur, perpétuant le souvenir du grand Aurélien.

Le "divin" Dioclétien ( 284/305 )
appelé Dioclès ou"la Gloire de Jupiter "
jusqu'en 284, puis ensuite Dioclétien;
autrement dit: "l'Empereur choisi par Jupiter "

Temple de Dioclètien dans son palais
de Split;;
le temple était aussi consacré
à Jupiter "père divin" de l'Empereur.
Dioclétien fut " divinisé " par le Sénat romain,
à sa mort en 311.



  1. L'avènement de Dioclétien marqua le début d'un gouvernement si efficace et bénéfique pour l'Empire romain que l'année 284 devint rapidement, dans le décompte du temps, l'année 1 d' une nouvelle ère, l'ère de Dioclétien, mode de calcul utilisé au moins jusqu'en l'an 247,
    soit l'an 525 de notre ère, date de mise au point du comput pascal attribué à Denys le Petit.
    ( vraisemblablement, l'utilisation de la datation dioclétienne fut beaucoup plus longue )
La première décision majeure de l'Empereur fut de reprendre à son compte l'idée de Carus de partager le commandement militaire pour mieux résister à la poussée des divers peuples Barbares, aussi bien à l'Ouest qu'en Orient. Dès la fin de 285, Dioclétien confia le contrôle des provinces occidentales à l'un de ses généraux, loyal et valeureux, du nom de Maximien, en tant que coempereur; puis en Mars 293, l'un et l'autre se choisirent un successeur titularisé César: Maximien adopta son préfet du prétoire, Constance ( père de Constantin), marié déjà depuis 4 ans à sa belle-fille Théodora; Dioclétien fit de même avec Galère qui épousa sa fille Valéria en Juin 293. La tétrarchie était instituée.



Les Tétrarques
Arc de triomphe de la tétrarchie, dit aussi Arc de Dioclétien
à Sbeïtla ( Tunisie ), anciennement Sufetula.

Dans le domaine du culte, Dioclétien innova en se situant dans la descendance de Jupiter au lieu de Sol Invictus.
Son coempereur Maximien fut déclaré fils d'Hercule,
et fut représenté sur ses monnaies d'or en Hercule exécutant son premier travail en tuant le lion de Némée.
Ce changement s'expliquait vraisemblablement par les origines familiales des deux personnages.
Dioclétien, en effet, était le fils d'un simple affranchi client d'un riche Sénateur, qui n'appartenait pas
à une Gens célébrissime comme celle des Aurelii et n'avait pas de dieu gentilice; au contraire d'Aurélien, qui, du fait de sa famille d'adoption, était fils du Soleil (Apollon,Mithra, ou Sol Invictus ). Cependant, le caractère tout à fait exceptionnel de la réussite de Dioclétien dans l'armée impériale, s'élevant en une vingtaine d'années de l'échelon le plus bas au pouvoir suprême, son charisme de meneur d'hommes rayonnant sur des troupes fidélisées et admiratives
de ses vertus guerrières, son intelligence des situations dans l'adversité l'amenant à vaincre continuellement l'ennemi, tous ses actes, dans la croyance du temps, manifestaient l'assistance assidue de la Chance "divine", une origine "sacrée", dont le personnage lui-même était intimement convaincu. A cet égard, son histoire répétait celle d'Aurélien sauf qu'il devait deviner et désigner personnellement le dieu dont il était le fils, hors le Soleil. Il choisit le dieu romain le plus puissant de la mythologie: Jupiter dieu de la foudre dont il porta le nom, Dioclétien, c'est à dire " appelé par Jupiter" .
Compte tenu des qualités de Maximien, il le fit représenter, comme Marc-Aurèle autrefois, sous les traits d'Hercule
autre antique divinité romaine, figure mythifiée de la force victorieuse.
Des temples et des monnaies d'or rappelèrent aux populations ces filiations " surhumaines" ,
sans que fut supprimé le culte solaire institué pour Noël, le 25 Décembre .
Aureus de Maximien en Hercule
tuant le lion de Némée

 
 

Dioclétien quitta le pouvoir en 305 après 20 ans de gouvernement par le fait d'une démission qu'il fut le seul Empereur de tous les temps à donner, accompagné par son Collègue Maximien.
Les deux dernières années furent troublées par la campagne déclenchée contre les chrétiens, appelée " persécution de Dioclétien" alorsqu'elle fut inspirée et voulue par Galère, César de l'Orient. Cette "persécution" devait marquer profondément les esprits du fait de sa durée de 20 ans dans les provinces orientales, jusqu'en 324, même si des répits assez longs intervinrent à partir de 311. En Occident, elle fut appliquée diversement: sévèrement, en Italie et Afrique du Nord
par Maximien puis son fils Maxence jusqu'en 312;
modérément en Gaule par Constance Chlore préoccupé essentiellement de préparer ses campagnes
contre les Pictes de ( Grande ) Bretagne.
La création à Alexandrie de " l'ère des martyrs " et la propagande triomphaliste du christianisme après 325 ont donné à ces événements un contenu généralement faux à cause de la confusion entretenue habituellement, à l'époque, entre le "divin" et le politique, comme le manifeste, à l'évidence, le culte impérial, le culte de l'Empereur vivant.

La chronologie vérifiée des années 280/285 de notre ère, donc peu avant la prise du pouvoir par Dioclétien, nous apprend qu'en ces temps, à Alexandrie, un homme du nom d'Arius, un Ancien, expérimenté, de la communauté chrétienne
de la ville( presbuteros, traduit postérieurement par prêtre ) prêchait avec force et persuasion;
il prônait que le dieu Sauveur attendu à la fin du Monde ( espérée très proche ) était un dieu secondaire;
il reprenait à son compte, consciemment ou non, l'essentiel du contenu du " De pascha computus "
écrit vers 243
par des chrétiens de la Proconsulaire tunisienne, selon lesquels leur dieu aurait été créé
le 4ème jour avec le soleil et la lune, et, de ce fait, se tiendrait dans une situation inférieure,
par rapport au Créateur, malgré sa nature de lumière.
Les sermons d'Arius, formant peu à peu une véritable doctrine, diffusés d'abord en Orient
puis en Occident, provoquèrent les réactions les plus vives
et des dénégations nombreuses de la part " d'épiscopes " ( évêques)
estimant que leurs fonctions étaient minimisées par ces propos.
Finalement, l'arianisme, doctrine d'Arius, déferla d'Est en Ouest comme un maelström de malheurs sur les Collegia chrétiens de l'Empire, avivant les rivalités entre les "épiscopes", opposant les Communautés entre elles, laissant le mouvement chrétien tout entier dans un état voisin de celui qui, à Rome, un siècle auparavant, avait incité Celse à écrire son " Discours vrai" pour dénoncer la vive hostilité de chrétiens à l'encontre d'autres chrétiens devenus des adversaires avec lesquels ils n'avaient plus rien de commun.
A la fin des années 300, cette anarchie interne arriva à créer de sérieux troubles d'ordre public, et fut encore aggravée par l'attitude de révolte de certains militaires chrétiens qui décidèrent de ne plus utiliser leurs armes pour obéir, disaient-ils, à leurs "livres sacrés". La situation générale devint si tendue en Orient que Galère, en 303 puis 305, soumit à Dioclétien, pour acquiescement, une série de mesures répressives, dont les principales consistèrent en la destruction des "livres sacrés" possédés par les Collegia, et la peine de mort pour tous ceux (esclaves ou personnes de statut libre )
qui refuseraient de les remettre aux Autorités.
La chrétienté étant devenue un ferment de dissolution de l'unité de l'Empire, on ordonna en même temps pour la rétablir la pratique obligatoire du culte impérial dans les temples de Jupiter et d'Hercule,
nonobstant la célébration de la fête de Noël dans les temples du Soleil, chaque 25 Décembre.
Ces dispositions furent appliquées très rigoureusement et la destruction des "livres saints" chrétiens aboutit pratiquement à leur disparition complète, au moins dans les centres urbains. L'arianisme, cependant, continua à être prôné et diffusé à tel point qu'au bout de 40 ans le Concile de Nicée, en 325, délibérant sous l'autorité personnelle de Constantin le Grand, dut le condamner comme hérétique après avoir stipulé que l'Empereur, Christ, Fils du Soleil,
était un dieu à part entière: " vrai dieu de vrai dieu ". Quelques évêques refusèrent ce dogme nicéen,
sans doute par référence aux conditions de naissance de Constantin fils d'une ancienne esclave.
Un certain Wulfila, parmi ces réfractaires, se réfugia chez les Wisigoths, vers 330,
et les convertit à ses croyances.
Les Wisigoths professèrent l'arianisme jusqu'en 587, date à laquelle leur roi Récarède, à Tolède,
décida de se convertir au christianisme romain pour s'assurer le dévouement des esclaves "lettrés"
de son Administration, et devenir, de ce fait, roi de "droit divin" .

A dire le vrai, aucune des trois "grandes persécutions" :
celles de Dèce, de Valérien, et de Dioclétien, n'a eu pour but d'éradiquer un culte chrétien,
puisque le mouvement chrétien ne s'apparentait en aucune manière
à une véritable religion.

Certes, à partir du règne de Caracalla, ce mouvement s'était implanté, pratiquement, dans tous les centres urbains importants de l'Empire sous la forme légale d'associations d'entraide mutuelle dites Collegia,
dont les sièges, diversement situés, ne pouvaient pas être confondus avec des temples,
même avec les antres mithriaques les plus obscurs, où l'on aurait exercé un culte;
les premières églises ont été construites à partir de l'année 313.

Or, les temples sont les nécessaires demeures terrestres des divinités
pour rassembler les "fidèles" désireux de vénérer tel dieu identifié, et permettre
à un personnel spécialement formé d'exprimer par ses gestes, chants et paroles
la doctrine dogmatisée concernant ce dieu. Une religion, outre son personel sacerdotal,
a besoin d'une doctrine, d'une théologie complète, constituant un corps de croyances
partagées par les "fidèles" .

Historiquement parlant, la première doctrine prônée par les chrétiens, convertis finalement à la divinité de Constantin le Grand, figure de leur Sauveur, forma le Credo du Concile de Nicée en 325.
Assurément, les les Collegia chrétiens adoptèrent progressivement des comportements manifestant
une certaine religiosité. La plus significative fut la lecture, à chaque réunion, d'un passage ou chapitre
de la Septante grecque , traduite en
veteres latinae par des "lettrés" ayant été en poste à Alexandrie.
Les chrétiens romains, après avoir décidé, en 144, d'expulser Marcion de leur communauté, firent leurs,
totalement, ces textes primitivement juridiques, tenus pour "sacrés" puisque dictés par des rois hébreux
dits " d'origine divine ".
Toutefois, les exemplaires de ces veteres possédés par les divers Collegia de la Ville comportaient inévitablement des différences plus ou moins grandes, qui formèrent, dans le temps,
des causes de rivalités et provoquèrent, dans les années 160/180, les graves incidents décrits par Celse.
Finalement, dans les dernières décades du 2ème siècle, la lecture assidue des veteres amenèrent les chrétiens romains d'une part à s'imaginer être le nouveau peuple juif
( l'authentique ayant disparu en 135 ),
et d'autre part à créer l'image mentale collective d'un dieu Vengeur, à la fin du Monde.
Après 212, ces croyances infusèrent dans les Collegia créés dans les provinces impériales,
ce qui ne suffit pas à établir une doctrine commune au mouvement, puisque les "épiscopes" ,
devenus les chefs des communautés, s'affrontèrent entre eux parfois violemment, allant jusqu'à s'excommunier mutuellement, par exemple Cyprien de Carthage contre Etienne de Rome en 256,
et que la crise aigüe de l'arianisme, après 285, montra à l'évidence un profond désaccord doctrinal
chez les paléo-chrétiens.
Au reste, si l'on continuait à considérer le mouvement chrétien comme une religion du premier siècle
de notre ère, adorant un dieu mort sur une croix et ressuscitant trois jours après, le jour du Printemps,
on devrait constater que ce culte aurait été très proche de celui de Cybèle - Attis pratiqué à Rome,
continûment et avec ferveur, depuis l'année 204 avant notre ère; pratique religieuse ayant permis à l'Urbs
de vaincre sa rivale Carthage en 202 à Zama, puis définitivement en 146.
Ce culte se caractérisait, en effet, par l'institution d'une "semaine sainte" précédant l'équinoxe vernal,
et la résurrection d'Attis trois jours après sa mort symbolisée par l'enterrement,
dans le temple du Vatican, d'un pin "sacré" ayant la même signification millénaire que la croix,
celle de la vie éternelle et du salut des hommes assuré par le sang fécondateur du dieu de la Fertilité.
On ne discerne pas pour quelles raisons des Autorités romaines, impériales ou autres, auraient voulu persécuter puis annihiler ce culte chrétien, puisque, s'il eût existé, il eût été considéré comme une nouvelle figure de l'antique culte métroaque, pour satisfaire le besoin de visualiser l'action "divine" fertilisatrice éprouvé par les masses illettrées. Les" persécutions", en définitive, n'ont eu pour raison principale que des motifs de nature politique, comme les conséquences unificatrices du culte impérial romain
et la volonté des Autorités de rétablir un ordre public gravement troublé par des paléo-chrétiens.

Baptistère primitif en Gaule

La lecture des "écritures saintes", les veteres latinae, était habituellement suivie de commentaires des "épiscopes", pour l'édification des auditoires, illettrés en très grande partie; cette lecture intervenait,
en une ou plusieurs fois,
au cours des repas pris en commun par les participants.
Ce genre de repas était en usage dans tous les cultes depuis l'Antiquité puisque, dans les temples, après l'intervention des prêtres, on distribuait à l'assistance les offrandes de nourriture consacrées aux dieux.
Chez les paléo-chrétiens, toutefois,
on se contentait de pain et de vin,
compte tenu des moyens financiers pratiquement inexistants des prolétaires et des esclaves, avec parfois des gâteaux ou autres plats préparés par des associés; était exclue la viande bovine restant de sacrifices de taureaux ou vaches pratiqués dans les cultes métroaque et mithriaque.
Le rituel des Collegia chrétiens s'accrut progressivement en incorporant d'autres gestes manifestant leur religiosité, comme le baptême par l'eau, nécessaire pour être admis dans une communauté.
La cérémonie s'en était beaucoup simplifiée depuis le 2ème millénaire avant notre ère
où le baptême fut inventé ( sans doute? )par les Hittites de Cappadoce,
au temps de leur Empire ( 1380/1180 );
il ne s'agissait plus de s'immerger dans un cours d'eau, mais de s'asseoir sur le bord d'une cuve
pour recevoir une ablution purificatrice chargée des mêmes vertus "sacrées"
que le courant d'une rivière.
On se préparait au baptême en recevant une instruction préliminaire tirée des "écritures" qui apprenait aux impétrants les règles de conduite, adoptées par le Collegium,à suivre selon les circonstances.
L'eau du baptême continuait à posséder, pour eux, les vertus thérapeuthiques qui, en lavant les corps,
symbolisaient l'accession à une nouvelle vie; mais on restait loin,
pour les raisons financières évoquées plus avant,
du symbolisme puissant exercé par le taurobolisme, cérémonie dans laquelle l'impétrant,
en recevant le sang d'un animal figurant par le dessin de ses cornes la déesse Lune Mère des dieux
et de la Fécondité, devenait véritablement un enfant de la divinité.
Le rituel comportait également des éléments relatifs à la seule fête que célébraient les paléo-chrétiens:
la fête du retour du Printemps, du renouveau de la nature, des verts paturages, de la Pâque.
La célébration de cette fête avait été très précoce car elle incarnait, dans leurs esprits, leur espoir
de la Vengeance collective et définitive à l'encontre de leurs propriétaires exploitants.
Ce faisant, ils adaptaient à leurs institutions une pratique universelle;
il suffit de rappeler les cérémonies, durant plus d'une semaine dès le 3ème millénaire,
se déroulant à Babylone
et mettant en scène les rois dans des processions au cours desquelles on récitait
le "Poème de la Création -Enuma Elis" en l'honneur de Shamash, le dieu Soleil, fils d'Astarté.

L'absence historique , dans les trois premiers siècles de notre ère, de toute cérémonie
instituée par les paléo-chrétiens pour rappeler la naissance supposée de leur dieu
et sa prétendue mort sur une croix
annihile,
de facto, à ces sujets, les croyances conventionnelles .

En conclusion de cette première partie, il convient, essentiellement, de souligner la nature légale
des associations paléo-chrétiennes, qui ont dû se plier aux rigueurs des lois élaborées,
au temps de Caracalla,
par les jurisconsultes éminents et renommés:Marcien et principalement Ulpien.
Dans le souvenir des graves incidents opposant entre elles les associations romaines,
dans les années 160/180,
la préoccupation majeure des Autorités impériales fut d'assurer partout l'ordre public;
d'où la création obligatoire
dans chaque communauté d'un poste de surveillant ( episcopus, traduit tardivemet par "évêque" )
chargé de veiller à la discipline. Cet "épiscope" était élu par les membres de chaque Collegium
et devint vite le chef de l'association,
du fait qu'il était en liaison régulière avec les Autorités, informées par lui de la vie de son groupement,
pour lequel il finit par incarner le Pouvoir.
Selon son importance, chaque association comprenait, sous la direction de l'épiscope, des Anciens,
devenus ensuite les prêtres, un ou plusieurs lecteurs, un ou plusieurs diacres,
chargés de la gestion des biens de la Communauté ,
une section de Veuves, une section de Vierges; on rappelait régulièrement la mémoire des ( très rares )
membres-citoyens, qui n'avaient pas obéi aux ordres de Dèce ( en 250 ), et de Valérien ( en 257 ,
et étaient morts des suites de leur "martyre".
Finalement, l'élément le plus important consistait dans l'obligation de terminer chaque réunion
par l'expression à haute voix d'un voeu pour la santé de l'Empereur "sacré", vivant;
si bien qu'ainsi tous les paléo-chrétiens devinrent, à leurs corps défendant,
des " fidèles " de cet Empereur;
d'où l'habitude consentie de fêter Noël, chaque 25 Décembre, après l'invention de la fête par Aurélien.
Ce trait a pu, ultérieurement, faciliter leur conversion à Constantin-Christ
et marquer le renouveau de leurs associations dans cette nouvelle structure,
la crise aigüe de l'arianisme, par ses conséquences, allant entraîner la fin de leur mouvement existant depuis 3 siècles; Constantin succéda à son père Constance Chlore, décédé à York en Juillet 306,
et le remplaça à Trèves, siège de son gouvernement, au début de l'année 307.
Il devint Empereur d'Occident en fin 312, et seul maître de l'Empire romain, dans sa totalité, en 324.

Constantin -Auguste
règna de 307 à 337

Aucun Empereur romain n'a, autant que Constantin, ressenti le besoin d'affirmer, voire proclamer,
dans toutes les circonstances de l'exercice du pouvoir, son "origine divine".
Chaque Empereur, sauf Constantin, appartenait naturellement par sa naissance, ou par adoption,
ou par lien de clientèle, à une famille de la haute aristocratie
pouvant, si besoin était, prétendre à une filiation " mythico-divine" ;
la population en était assurée, il ne servait à rien de ressasser l'information.
Constantin, au contraire, était fils d'une servante d'auberge nommée Hélène, esclave de son état,
que son père, Constance Chlore, avait aimée, rachetée, affranchie, et emmenée avec lui,
à l'occasion de la campagne d'Aurélien, dont il était un officier d'Etat-Major,
contre la reine Zénobie, en 272.
L'on ne sait rien de précis quant à la date de la naissance de Constantin ( 272, 273, vers 285 ? );
l'année 273 paraît la plus vraisemblable;
elle expliquerait, en effet, la rumeur suivant laquelle le Sol Invictus
aurait "visité" Hélène
lors du campement de l'armée romaine près d'Emèse,
ce qui justifierait les prétentions ultérieures de Constantin d'être le fils du Soleil divin,
devenu sur ses monnaies son " Comes", son Gouverneur ( d'enfant).
Ces allégations extrêmes étaient, en fait , motivées par une ambition dont les limites coïncidaient
avec celles de l'Empire, dont Constantin voulait devenir le seul Maître;
ambition exacerbée par le complexe d'infériorité qu'il éprouvait à l'égard de son père,
entré du fait de son adoption par Maximien, en 293, dans la famille du "divin Hercule",
sans que Constantin, âgé d'environ 20 ans à l'époque, pût hériter de cette "filiation";
il restait, en effet, le fils d'une ancienne esclave, et voulait une revanche complète sur son origine
en réussissant mieux que son père,Constance Chlore, Auguste d'Occident
depuis les démissions de Dioclétien et de Maximien, en 305.

Constantin et son "Gouverneur":                   Sol Invictus, son père triomphant

L'ambition "impérialiste" de Constantin se manifesta dès l'année 305.
La démission
de Maximien laissait inoccupé le siège gouvernemental de la ville de Milan,
qui avait détrôné Rome de son rang de capitale.
Constantin se porta candidat au poste ( avec Maxence, le dernier fils de Maximien );
mais Galère, après avoir succédé normalement à Dioclétien,
l'écarta et confia la charge à un de ses amis très proche: Sévère.
Constantin, dépité, rejoignit, alors, son père, Constance Chlore, à Boulogne,
où se préparait la campagne contre les Pictes, au cours de laquelle il put faire montre
de ses qualités guerrières, de son charisme de meneur d'hommes, de ses aptitudes au commandement.
La mort de Constance Chlore, à York en Juillet 306, lui permit de prendre
le commandement de l'armée occidentale,
avec l'acquiescement de ses troupes, et de se déclarer l'héritier de son père, avec le titre d'Auguste;
toutefois, Galère, mis devant le fait accompli, lui refusa cette distinction, et lui concéda seulement
l'appellation de César, accroissant ainsi l'inimitié de Constantin à son égard.
En arrivant à Trèves, en 307, Constantin se trouva non seulement à la tête d'une armée
mais surtout, César d'Occident, chef du gouvernement des Gaules.
Qu'il fût " d'origine divine ", fils du Soleil, il s'en persuada absolument et profita d'une victoire
sur une tribu franque, en 309, pour raconter comment Apollon, autre nom du Sol invictus,
lui était apparu en songe pour lui donner les conseils utiles pour vaincre les Barbares.
La seule difficulté à surmonter consistait à faire admettre sa "divinité" par ses administrés;
mais ses talents, son intelligence pratique de manipulateur d'hommes l'amenèrent rapidement
à régler différemment le problème des chrétiens,
de façon à les convertir au culte religieux de sa seule personne.

Tête colossale de Constantin
découverte, au 15ème siècle,
dans les ruines d'une monumentale basilique
sur le Forum de Rome.

Dans la pensée de Constantin, les mesures adéquates devaient être prises rapidement car d'autres éléments contrariaient ses ambitions ultimes: son armée n'était pas la plus puissante de l'espace latin;
celle de Maxence, l'empereur auto-proclamé de Rome,
en révolte contre Galère et Sévère (tué en 307) ,
était plus importante.
Constantin se persuada qu'il devait, pour arriver à ses fins,
obtenir le soutien actif d'au moins une partie
de la population de l'Occident,
dans laquelle le mouvement chrétien, bien que "persécuté",
pesait d'un lourd poids démographique.
Il décida, donc, non seulement de suspendre définitivement l'application des décrets de 303/305,
c'est à dire de délivrer les chrétiens de la crainte
des supplices et de la mort,
, mais encore d'aider leurs Collegia à retrouver
et à développer leurs anciennes activités en leur attribuant
des aides de toute sorte en espèces, terrains, immeubles;
il veilla particulièrement à se concilier les faveurs
et la reconnaissance des épiscopes et "lettrés",
les employés aux écritures de son Administration ,
en leur attribuant un rôle de premier plan jusqu'à créer
avec eux une sorte d'administration religieuse
de son culte, facteur de l'union, autour de sa personne,
des populations de ses Etats.
Constantin était devenu, en Gaules, le Dieu Sauveur des chrétiens; la nouvelle s'en répandit progressivement dans tout l'espace romain. Les résultats très satisfaisants de cette politique se manifestèrent dès l'année 309.
Maximien, l'ancien Auguste démissionaire, ne se résignait pas à son état de simple citoyen et rêvait
d'un nouveau titre impérial. Après avoir cohabité avec Maxence, à Rome, il vint s'installer en Gaule
et jugea opportun, au moment où Constantin bataillait sur le Rhin avec les Francs,
de déclarer que ce dernier était mort au combat.
Revenu victorieux de cette campagne, Constantin, furieux, se mit à la poursuite de Maximien,
qui se réfugia dans le Sud, en Arles puis, début Décembre 309, à Marseille, ville fortifiée,
donc facile à défendre. Au moment où la troupe constantinienne s'approchait des remparts,
la foule marseillaise se précipita vers les portes de la cité, les ouvrit malgré les soldats de Maximien,
et accueillit triomphalement Constantin, qui devint ainsi maître de Marseille sans coup férir.
L'ancien Auguste, désespéré, mourut en Juillet 310, étranglé ( suicide ? );
tandisque Constantin rappelait le songe qu'il avait eu d'Apollon, et manifestait devant la population
sa nature " divine " de fils du Soleil.
En devenant ses "fidèles", les chrétiens de ses Etats donnaient enfin une figure précise
à leur Dieu Sauveur, dont les nombreux Ariens refusaient la primordialité.

Autre monnaie de Constantin avec Sol invictus, son Père son Comes, son "Gouverneur"

L'anée 311 fut celle du décès de Galère en Avril, mort d'un cancer, et de Dioclétien en Décembre;
si bien qu'il ne restait plus aucun membre de la première tétrarchie;
mais toujours quatre personnes se partageant l'Empire:
Constantin, Maxence, Licinius successeur de Sévère, et Maximin Daïa en Orient.
Constantin était conforté dans ses positions par ses victoires sur les Francs, la mort de Maximien,
l'acceptation par tous les Gaulois, surtout les chrétiens, de son origine "divine" , de sa filiation solaire;
il était véritablement l'enfant de la Chance, le vainqueur heureux, fort des appuis paternels
du Sol invictus, qui l'avait oint de son " huile sacrée " à la naissance
et l'avait élevé en Christ,
qualificatif dont Constantin aimait se parer fréquemment.
Dès le début de l'année 312, dégagé de tout lien avec le passé par la mort de Dioclétien,
assuré du soutien de ses concitoyens, il pénétra en Italie, afin, si possible,
de réunifier sous sa seule direction tout l'ancien Occident romain,y compris la Sicile et l'Afrique du Nord.
A la tête d'une petite armée, il battit les troupes de Maxence à Turin et à Vérone;
puis il vint camper devant Rome au début de l'Automne.
Tous les chrétiens italiens souhaitaient vivement sa victoire sur Maxence, en outre décrédibilisé
par ses exactions financières et la corruption de son Administration, haï par les habitants de la Ville
pour avoir fait massacrer des milliers de Romains par sa garde, à l'occasion de mouvements populaires.
Cependant, la réussite finale était loin d'être acquise compte tenu de la disproportion
des forces en présence en faveur de Maxence, et des confusions possibles dans les combats
entre soldats armés et équipés de la même manière,
si Maxence choisissait de ne pas s'enfermer derrière les remparts de l'Urbs.

Le Chrisme de Constantin
prototype de tous les insignes chrétiens postérieurs,
particulièrement dans les futures églises.

Se préparant à cette éventualité, à la fois redoutée et souhaitée, Constantin chercha le moyen de galvaniser au plus haut degré les ardeurs