
Ambroise - le " Divin "
Ambroise fut le dernier représentant
de la branche principale des Aurelii,
la Gens aristocratique par excellence,
qui avait donné à Rome, au siècle
précédent, un Empereur, Aurélien
(270/275 ), remarquable à tous égards.
Ambroise était l'héritier d'une
lignée millénaire de hauts fonctionnaires
efficaces dont l'action
avait "ossifié"la République
romaine puis l'Empire. Objectivement, Ambroise,
le "divin"
( l'ambroisie était la boisson des dieux
) incarnait le Pouvoir, d'autant plus que, de
son temps,
la descendance de Constantin s'étant éteinte
avec Julien en 363,
les Empereurs, anciens soldats valeureux certes,
n'appartenaient en aucune façon à
la noblesse
et faisaient figure de "parvenus", par
rapport à lui.
En outre, sa personnalité chétive
avivait, encore d'avantage, son autorité
naturelle,
si bien qu'à trente ans
il fut désigné Gouverneur de l'Italie
du Nord, domicilié à Milan, capitale
de l'Empire occidental.
Ce fut en 374 que se présenta, pour Ambroise,
l'occasion d'accomplir son destin de membre
de la Gens Aurelia. L'évêque,
arien, de Milan venait de décéder
et sa succession provoquait
des troubles houleux, qui obligèrent le
Gouverneur à intervenir pour rétablir
l'ordre public.
Cette intervention fut telle que le peuple (néo)chrétien
milanais lui demanda, bien que n'étant
pas baptisé, d'occuper désormais
le siège, vide, d'épiscope. Or,
depuis les débuts de Rome, les Aurelii
avaient pour dieu gentilice le Soleil,
et Ambroise, "l'Aurélien ", refusait
absolument, comme Constantin-Christ,
la doctrine arienne faisant de l'Astre suprême
( Apollon, Mithra, ou Sol invictus ) un dieu créé
( le 4ème jour, suivant le "De pascha
computus" ), c'est à dire un dieu
secondaire.
Prendre la direction du mouvement néo-chrétien
de la Capitale donnerait les moyens de réduire
cet arianisme, à rien si possible; ce qui
conduisit Ambroise à accepter ce qui lui
était proposé.
Une deuxième
raison détermina son choix:
Il ne pouvait oublier que, 15 ans auparavant,
Julien, dit l'Apostat, avait voulu annihiler le
christianisme constantinien, religion du Pouvoir,
qui absolvait sans hésitation les crimes
dits d'Etat,
dont la famille de Julien avait été
la victime;
mais cette religion, ce culte impérial
romain célébré au moins une
fois chaque année, le 25 Décembre
date symbolique de la naissance de Constantin-Christ,
nouveau Soleil, constituait finalement
la religion des " Auréliens ";
Ambroise se devait de la maintenir à tout
prix.
Il perçut, comme Constantin avant lui avec
les paléo-chrétiens , que devenir
le chef des néo-chrétiens
lui assurerait, à Milan, une puissance
apte à orienter les décisions ultimes
des Empereurs,
dans ce domaine de l'obéissance "religieuse"
des populations.
Dès 382, il obtint de Gratien, jeune adolescent,
successeur de son père Valentinien1er,
qu'il renonçât, en tant qu'Empereur,
au titre "sacré" de Pontifex
Maximus,
que l'évêque de Rome Léon1er
devait s'attribuer au siècle suivant.
Ambroise marquait ainsi la supériorité
du pouvoir "spirituel" sur le pouvoir
"temporel".
En fait, il éprouva quelques difficultés
à s'imposer devant Théodose, le
général nommé Empereur d'Orient
par Gratien, en 379, à la suite du désastre
d'Andrinople qui entraîna, en 378, la mort
de Valens,
son oncle, frère de Valentinien1er. Théodose
avait une autre personnalité que le frêle
Gratien;
à l'occasion de ses déplacements
à Milan, il résista facilement aux
approches d'Ambroise, jusqu'en 390.
En cette année, l'application brutale,
à Thessalonique, d'une législation
très pénalisante
sur les homosexuels frappa un conducteur de chars,
coqueluche des citoyens de la ville;
son arrestation provoqua une véritable
révolte contre la police.
Théodose, considérant que son autorité
avait été bafouée, crut nécessaire
de la punir
en envoyant une troupe à Thessalonique,
qui organisa dans le cirque de la cité
le massacre de plusieurs milliers d'habitants;
puis il vint à Milan peu avant Noël.
Ambroise le menaça de lui refuser l'entrée
dans la basilique milanaise, à l'occasion
de la fête,
s'il ne confessait pas ce crime en s'agenouillant
devant lui pour en recevoir l'absolution
par exécution de la pénitence que,
lui, Ambroise, spécifierait.
Le poids du génocide était trop
lourd et l'autorité " spirituelle"
de l'évêque devenue trop contraignante,
à Milan, pour que Théodose pût
refuser.
C'est dans ces conditions qu'Ambroise l'obligea
à spécifier que, désormais,
le culte impérial du Christ
fils du Soleil, vrai dieu de vrai dieu, lumière
de lumière, serait le seul pratiqué
dans l'Empire,
Orient et Occident confondus.
--
Arius ( 256/336) et l'Empereur Julien, dit
l'Apostat ( 359/363 )
personnifiaient les maux extrêmes pouvant
annihiler le christianisme
contre lesquels Ambroise se dressa en faisant
décréter
par l'Empereur Théodose 1er ( 379/395 )
que la religion constantinienne serait désormais
la seule pratiquée ( édit du 8 /11/392
).
-- 
Parmi les effets de l'application de l'édit
du 8 Novembre 392:
la destruction du temple d'Héra à
Olympie .
C'est ainsi qu'Ambroise,"l'Aurélien
", devint le second fondateur du christianisme
en consolidant, pour des siècles, sa pratique.
Il a été compté parmi les
Pères et Docteurs de l'Eglise au vu de
ses nombreux ouvrages .
Il réforma le chant "sacré"
et instaura le rite ambroisien.De fait, l'instauration
progressive du culte unique entraîna inévitablement
celle de la pensée unique du dieu "
Empereur céleste ",
qui déclencha, à son tour, une véritable
"révolution culturelle"
aussi violente que toutes celles connues de nos
jours, d'autant plus qu'elle s'étendit
sur des siècles !!
Cette "révolution" se manifesta
non seulement par le pillage, ou la tranformation
en églises,
ou la destruction totale des temples antiques,
oeuvres d'art authentiques,
mais encore par l'incendie de bibliothèques,
de maisons d'habitation ou l'assassinat de personnes
jugées "rebelles", telle Hypatie
à Alexandrie en 415.
La pensée unique triompha sous Justinien(
527/565 ); en 529, il fit fermer, à Athènes,
l'Académie platonicienne, millénaire,
et expulsa, en Perse, les philosophes néo-platoniciens.
Habituellement, les violences n'étaient
pas le fait des forces publiques, sauf réquisition
par les évêques;
ceux-ci disposaient des troupes de moines fanatisés;
on estime que le patriarche d'Alexandrie
pouvait en mobiliser environ 70.000 !

Saint (? ) Cyrille patriarche d'Alexandrie
( 412/444 ) dit le " Docteur de l'Incarnation
"
Son "lecteur" assassina et étripa
la philosophe gréco-alexandrine HYPATIE,
en 415.
Il s'opposa violemment à Nestorius, patriarche
de Constantinople ( 428 ), à propos de
l'incarnation de Christ et le fit condamner par
le Concile d'Ephèse, en 431.

Statue d'Athena
dans l'Académie platonicienne fermée
en 529
sur l'ordre de Justinien.
Toutefois,une révolution,
malgré sa violence, ne peut qu'aboutir
à une nouvelle organisation d'éléments
déjà existants et persistants; l'interdiction
définitive, en 415, du culte métroaque
de Cybèle - Attis obligea
le Concile de Chalcédoine, en 451, à
introduire, dans la doctrine du christianisme
romain, la croix,
symbole millénaire de la Fertilité,
montrant clairement que la nouvelle religion se
construisait
en assimilant les antiques rituels. Cependant,
Rome restait la Capitale du monde ( néo)chrétien
du fait de l'existence sur la colline du Vatican
de la basilique dédiée à
"Pierre, portier du Ciel".
Déjà, toutes les personnes qui le
pouvaient se pressaient d'aller dans son Temple
pour le supplier de leur ouvrir sa Porte, au moment
de leur décès,
moyennant le versement des compensations les plus
fortes et les plus diverses.
Rome devenait le "Centre Magique" de
la chrétienté,
et la puissance de l'évêque de la
Ville grandissait continuellement,
attisant chez les prétendants au siège
épiscopal,
la cupidité, et la haine extrême
de leurs compétiteurs éventuels.
Cette soif démentielle de pouvoir et d'argent
fut particulièrement illustrée par
Damase1er ( 366/384 )
qui, pour s'emparer de la place convoitée
en même temps par Ursin,
fit tuer quelques centaines de chrétiens,
supporters ursiniens rassemblés dans une
église,
dont le sang versé souleva l'indignation
de l'historien latin Ammien Marcellin.
La religion néo-chrétienne possédait
par nature autant de violence que la religiosité
paléo-chrétienne,
au point que de faux "évangélistes"
tentèrent à partir du règne
de Damase
de prêcher un amour du prochain puisé
dans les "Pensées pour moi-même
"de l'Empereur Marc-Aurèle.
--
Damase1er , évêque de Rome ( 366/384
) et Jérôme " vir trilinguis
"( 347/420 )
Ecriture de la première version de la
Vulgate
L'antique Rome était
devenue progressivement le Panthéon de
l'Empire,
accueillant sur ses collines, dans des temples
magnifiques, les principaux cultes pratiqués
entre ses frontières, principalement ceux
d'Orient : l'Oronte s'était déversé
dans le Tibre.
La stricte application du culte unique aurait
transformé la Ville en un champ de ruines,
s'il n'y avait eu
les Barbares. Les Wisigoths vinrent, dès
408, assiéger l'Urbs, pour recevoir une
forte compensation;
opération recommencée en Eté
410, qui malheureusement n'eut pas la même
fin
par défaut de versement d'argent; Les Wisigoths,
sous le commandement d'Alaric,
envahirent Rome,qu'ils saccagèrent durant
plusieurs jours
avant d'aller dans le Sud de l'Italie, d'où
ils pensaient s'embarquer à destination
de la Sicile.
Alaric mourut inopinément et ses troupes
revinrent à Rome, en 412, selon Jordanès.
Finalement, les Wisigoths reçurent un royaume
en Aquitaine où ils s'installèrent
en 418.
-__
Augustin ( 354/430 ) ---La
Cité de Dieu
Augustin, baptisé à
Milan par Ambroise le 24 Avril 387, devint évêque
d'Hippone,
après sa conversion d'une vie assez dissolue.
Ecrivain prolixe, il est compté au rang
des Pères et des Docteurs de l'Eglise.
Il est une figure majeure de l'exclusivisme intransigeant
du christianisme;
il s'illustra par sa lutte contre les hérétiques,
particulièrement les donatistes carthaginois
contre lesquels il réquisitionna les forces
armées publiques, au nom de cette loi chrétienne:
<< Compelle intrare-- Forces-les à
entrer >>
Son grand ouvrage " La Cité de Dieu"
développe l'augustinisme politique, une
théorie théocratique.
Il mourut à Hippone au moment où
les Vandales de Genséric attaquèrent
la ville.
Dès 429, les Vandales de Genséric
traversèrent le détroit de Gibraltar,
envahirent l'Afrique du Nord jusqu'en Proconsulaire
tunisienne, retraversèrent la Méditerranée
pour envahir l'Italie
et assiéger Rome, qu'ils saccagèrent
en 455; avant Ricimer en 472,
et l'instauration d'un royaume d'Italie par Odoacre,
en 476, fin de l'Empire romain d'Occident.
En 488 vinrent les Ostrogoths de Théodoric;
ils s'emparèrent en 493 du royaume d'Italie,
qu'ils conservèrent jusqu'en 550, chassés
par les troupes de Justinien
sous le commandement de Bélisaire puis
de Narsès;
Rome est prise et saccagée cinq fois de
537 à 552,
date à laquelle Narsès pénètre
dans l'ancienne capitale du monde.
Rome n'était plus alors qu'une ville ruinée,
désertée, comptant au plus 50.000
habitants, des malades, des pauvres n'ayant pas
les moyens de quitter la Ville, l'évêque
et son clergé,
les esclaves employés aux tâches
les plus diverses; mais Rome restait le lieu de
pélerinage
le plus fréquenté, du fait de la
présence de "Pierre"au Vatican,
et son évêque devenait progressivement
le propriétaire immobilier le plus riche
d'Italie.
Cette fortune attisa particulièrement la
cupidité des Lombards, installés
dans le Milanais depuis 568.

La ville de Rome en ruines.
-- 
Sur l'emplacement d'un temple dédié
primitivement à Diane,
qui imitait d'aussi près que possible celui
de Diane Ephésine,
un prêtre chrétien, Pierre d'Illyrie,
fit édifier sur la colline de l'Aventin,
en 422/432,
une basilique, dédiée à la
martyre Sainte Sabine, qui demeure l'exemple même
du réemploi par des chrétiens d'un
temple "païen". Pour certains,
cette église :
<< fut la réalisation du premier
idéal de la basilique chrétienne.
>>
L'édifice subit inévitablement
les outrages du temps ( 15 siècles ! )
et des hommes :
l'armée de Charles-Quint envahit Rome en
1527, et dévasta la ville pendant un semestre.
Comme la basilique StPierre au Vatican, l'église
Ste Sabine dut être réparée,
reconstruite, améliorée
à plusieurs reprises, notamment à
la fin du 18ème siècle.
L'édifice se singularise par une porte
monumentale à quatre panneaux,
ornée de bas-reliefs, qui remonterait,
suivant une "croyance bien-pensante",
à l'époque du temple de Diane, malgré
les nombreux accidents
que le bâtiment eut à subir; dernièrement,
les dégradations importantes causées
le 23 Avril 1891
par l'explosion d'une poudrière voisine,
explosion qui projeta cette porte au sol
en l'arrachant à son encadrement !
Il y a 28 emplacements de bas-reliefs, dont 10
ont disparu " consumés par le temps",
comme l'indique une description de cette porte
par un dominicain dit Mamachi, en 1756;
la conclusion s'impose: les 18 restant ont été
réalisés bien après les 10
manquant
( peut-être, une simple reproduction d'anciens
déjà disparus ! ) ..
Ces bas-reliefs illustreraient, en résumé,
le Nouveau Testament
et le premier d'entre eux constituerait la "Crucifixion
" la plus ancienne " au monde!
représentée ci-dessous:

Les " crucifiés
sans croix " de l'église Sainte Sabine
L'absence visible de croix ou
"d'arbor infelix" laisse planer nombre
de doutes.
Les trois personnages se trouvent à l'intérieur
de trois maisons figurées par leurs toits;
or, le supplice( crux ) de "l'arbor infelix",
entraînant la mort du condamné par
la lente asphyxie
provoquée par sa suspension le long d'un
tronc d'arbre, se situait toujours à l'extérieur,
et dans un endroit surélevé pour
que la population en fût avertie.
En outre, l'attitude des trois sujets ne révèle
aucune souffrance, d'aucune sorte;
dans l'hypothèse du supplice par suspension,
les mains seraient attachées au-dessus
des têtes;
dans celle d'une simple mise en croix, ces mains
seraient au niveau des épaules, ou au-dessus;
en l'occurence, le mouvement des bras et des mains
dessine une attitude d'accueil,
d'autant que les trois personnes foulent le sol
et marchent vers d'autres gens non figurés.
Il convient aussi de rappeler que le supplice
( crux ) de l'arbre du malheur
fut supprimé dès le début
du 4ème siècle et remplacé
par la pendaison- strangulation,
soit presque un siècle et demi avant la
construction de l'église.
Il faut distinguer le supplice de " l'arbor
infelix", de la mise en croix;
la croix est un symbole multi-millénaire
et universel de la vie éternelle,
schématisant un arbre et ses branches,
domicile d'un dieu, le dieu de la Fertilité.
Ce symbole fut "christianisé"
par le Concile de Chalcédoine en 451, après
l'interdiction du rite métroaque;
la présentation du dieu sur la croix s'imposa,
dès le 6ème siècle, du fait
que les chrétiens,
illettrés dans leur très grande
majorité, avaient besoin de voir pour croire
suivant les directives de Grégoire 1er,
" Consul de Dieu "
Récemment ( il y a dix ans), des iconologues
"distingués" ont publié
un ouvrage
inventant la notion de " crucifiés
sans croix ", pour consolider la version
"bien-pensante"
de la fausse crucifixion de Ste Sabine, la plus
ancienne du monde;
faut-il relever que cette formulation constitue
littéralement un non-sens?

Léon 1er ( 441/460 )
Léon 1er imposa l'usage de la croix
au Concile oecuménique de Chalcédoine
en 451
et la priorité de Rome sur Constantinople,
la nouvelle capitale,
non pour des raisons politiques mais des raisons
religieuses:
en l'occurence la présence de "
Pierre ", le premier "apôtre"
, au Vatican.
En véritable chef de la Ville, Léon
intervint en 453 auprès d' Attila et
de ses Huns
pour les empêcher d'attaquer Rome et la
saccager.
Il s'attribua le titre de " Pontifex Maximus",
titre impérial
abandonné par le jeune Empereur Gratien,
en 382, à la demande d'Ambroise

Boèce ( environ 480/524 )
Ministre de Théodoric l'Ostrogoth, à
Ravenne, il fut injustement accusé de
trahison et condamne à mort.
Philosophe de formation, bien qu'élevé
dans la religion chrétienne, il se prépara
au supplice
par l'écriture de sa célèbre
" Consolation de la Philosophie ",
et non consolation de la religion officielle.
Il exerça une influence certaine au Moyen
Âge.

Théodoric, roi des Ostrogoths ( 455/526)
On pense que peu de temps avant sa mort, il
causa le décès, dans des circonstances
assez troubles,
de Jean 1er, l'évêque de Rome,
qui s'opposait à lui dans plusieurs domaines.
L'Administration épiscopale avait demandé
à Denys le Petit, en 525,
de calculer définitivement pour l'Eglise
romaine la date de la Pâque.
Denys est présenté, conventionnellement,
comme l'inventeur de " l'An du Seigneur"
et de la naissance de Christ le 25 Décembre
753 " ab Urbe condita".
En fait, ses calculs ont été perdus
dès l'année 526.
Il faut retenir que toute la chronologie chrétienne
est édifiée à partir de
la date supposée de la création
de Rome.

Saint Benoit de Nurcie
Né à Nurcie
vers 480 dans une famile noble, il se retira,
à moins de 20 ans, dans la solitude à
Subiaco.
Diverses circonstances le poussèrent, vers
520, à abandonner la vie érémitique
pour la vie cénobitique.
Il fonda, en 529, le monastère du Mont
Cassin, où il rédigea, à
partir de 540,
la fameuse Règle, que choisiront d'appliquer
la plupart des moines.

Cassiodore ( dates incertaines,
mort vers 580 en Calabre )
Né dans une famille aristocratique,
Cassiodore fut, à Ravenne, un des derniers
Administrateurs
du Royaume ostrogoth d'Italie. Après l'instauration
de l'Exarchat par Justinien en 550,
il fut emmené à Constantinople où
il séjourna quelques années, puis
revint en Italie.
En 555, il fonda dans son domaine calabrais du
Vivarium un monastère dont les membres
:
<< ....jouissent déjà d'une
préfiguration de la demeure céleste...>>
Il y créa le premier scriptorium, qu'il
dota de sa bibliothèque personnelle ;
sans trop s'apercevoir de l'importance de son
invention.
En effet, la disparition de l'Empire romain d'Occident,
en 476, avait entraîné celle des
paedagogia;
la création des scriptoria, et plus tard
des écoles épiscopales sous Charlemagne,
laissa, pendant 7 siècles, toute l'activité
culturelle de l'Occident
entre les mains de la seule Eglise romaine.
La très grande majorité de la population,
illettrée, devenait totalement tributaire
des images.
La reproduction manuelle des manuscrits "
sacrés "et des ouvrages consacrés
à leur étude,
constituant la seule possibilité de la
diffusion littéraire, devint la source
des variantes et des erreurs
les plus invraisemblables, de telle sorte que
la lecture de la Bible " sainte "devint
une interprétation continuelle défrichant
les sens les plus divers,
et ne fut plus autorisée, au 12ème
siècle, qu'à travers des gloses,
explicatives,
incorporées finalement, pour parties, au
texte lui-même.
Cassiodore fut aussi un auteur important qui exerça
une influence considérable
sur l'enseignement durant tout le Moyen Âge.
Il écrivit notamment les " Institutions
des lettres divines et séculières
";
véritable encyclopédie dans laquelle
il distinguait :
-d'une part, les Introductores, c'est à
dire les Pères ( Jérome, Ambroise,
Augustin, Grégoire ),
qui ont défini les règles de l'interprétation
" divine ";
- d'autre part, les Expositores, c'est à
dire les auteurs commentant les oeuvres des Pères.
Cassiodore demeure une des personnalités
les plus influentes du Moyen Âge.

L'évangéliaire
de Rabula
Rabula, évêque
d'Edesse, participa au Concile de Chalcédoine
et traduisit, en fin du 5ème siècle,
les évangiles de son temps, en syriaque.
Cet évangéliaire fut illustré
à la fin du 6ème siècle;
les chrétiens, illettrés sauf quelques
prêtres et les évêques, devaient
"voir" pour croire.
L'image ci-dessus n'a rien d'un spectacle morbide.
Le personnage central mis en croix
est royalement vêtu, ses bras sont tendus
et droits, son regard est vif;
il ne donne nullement l'impression de souffrir.
Il s'agit de la "christianisation",
par la vue, du mythe "païen" de
la Fertilité.
La croix rappelle le rite métroaque d'Attis-Cybèle,
divinités orientales;
sa signification millénaire demeure la
vie éternelle, assurée par le sang
qui tombe en goutelettes fécondantes des
mains et des pieds du dieu exposé
pour assurer la nourriture, la santé, et
le bonheur des hommes.
Les deux personnes situées à droite
et à gauche participent à la réalisation
du miracle,
puisque du sang s'écoule également
de leurs mains et de leurs pieds;
il s'agit précisément de la personnification
du Soleil et de la Lune,
dont les disques apparaîssent en haut, à
droite et à gauche.
Cette image constitue le prototype de la représentation
de la fausse "crucifixion"
qui sera développée du 6ème
au 9ème siècle,
jusqu'à l'intervention des "grandes
faims" qui firent douter de l'existence de
dieu.

Grégoire 1er, évêque
de Rome ( 590/604 )
D'origine aristocratique, Grégoire
devint moine à la mort de son père,
distribua ses biens
et créa un monastère à Rome
dans son habitation.
C'est un des Pères de l'Eglise, auteur
des "Moralia in Job ", qui exerceront
une influence considérable
durant tout le Moyen Âge. Il a écrit
aussi des " Homélies" , dont
les " Homélies in Ezechiel "
qui furent largement utilisées par les
prédicateurs des siècles successifs.
Ses oeuvres ouvrent la voie de l'exégèse
monastique médiévale et établissent
que :
<<... l'Ecriture sainte est pour nous la
nourriture...>>
L'autorité naturelle de sa personne le
conduisit progressivement à la tête
de la Ville,
compte tenu de l'inefficacité de l'Exarchat
de Ravenne dont Rome dépendait.
Désigné évêque de sa
Ville, il se distingua par les travaux urbains
de réfection qu'il ordonna,
et la construction de bâtiments destinés
à recevoir, pour les secourir,
les plus pauvres de ses ouailles, et les pélerins
en difficultés;
il considéra l'imagerie comme une des bases
de l'éducation populaire
et s'employa à la développer en
préconisant l'usage des peintures murales
dans les églises.
Le trait le plus caractéristique de sa
personnalité l'amena à se déclarer
" le Consul de dieu ".
Voulant agrandir le royaume "divin",
il organisa des "Missions"
notamment vers l'Angleterre, en 596, à
Cantorbery, et vers la Saxe.
Les Invasions musulmanes

Jérusalem - Dôme
du Rocher ( 687/691 )
L'hégire commence en 622 de notre ère.
La mort de Mahomet en 632 marque le début
des invasions musulmanes. Jérusalem est prise
en 638; elle devient et restera la deuxième
ville sainte de l'islam. Le calife omeyade Abd-el-Malik
construisit la mosquée du Rocher
en 687/691.
La ville d'Alexandrie fut conquise en 642, puis
toute l'Afrique du Nord;
les Musulmans franchissent le détroit de
Gibraltar en 711, font des incursions en France,
et s'installent en Espagne jusqu'à la fin
du 15ème siècle.

Bède le Vénérable
( vers 672/736 )
Moine historien, Bède
est compté parmi les Docteurs de l'Eglise.
Il écrivit des ouvrages divers, dont une
" Géographie des lieux saints ",
mais employa le principal de son temps à
commenter les commentaires des livres "saints"
par les Pères:Ambroise, Augustin, Grégoire
le Grand...etc.
Dans son " Histoire écclésiastique
du peuple anglais ", il détailla la
façon
dont un certain Caedmon "ruminait "
l'Ecriture et la transformait en chants.
Ce fut certainement un des plus grands esprits
de son temps.
C'est lui qui est supposé attribuer à
Denys le Petit la "trouvaille" de la
date de la naissance
du supposé Sauveur le 25 Décembre
753 ab urbe condita.

Le célèbre Codex
Amiatinus fut rédigé en trois exemplaires,
dans un monastère d'Angleterre,
au début du 8ème siècle,
sous la forme d'un pandecte issu directement du
codex grandior de Cassiodore,
c'est à dire d'un seul livre contenant
l'intégralité de l'Ancien et du
Nouveau Testament.
La réalisation d'un seul exemplaire nécessita
les peaux de plusieurs centaines de moutons;
chaque ouvrage était magnifiquement écrit
en onciale, et contenait quelques illustrations.
Un exemplaire était destiné à
l'évêque de Rome, et un moine fut
chargé de le lui remettre ;
malheureusement, arrivé en Italie dans
la région de Sienne, il tomba malade
et dut se réfugier au monastère
du Mont Amiato, où il mourut peu après.
Ce monastère était très pauvre
et reçut le Codex comme un trésor
envoyé du Ciel;
on le cacha et le conserva à l'abri de
tout regard, hors ceux de certains moines du Mont.
On estime généralement que le Codex
est un des meilleurs témoins du texte de
Jérome.
Il fut consulté par la Commission Carafa,
en 1587, en vue de la première impression
de la Vulgate
conformément aux instructions du Concile
de Trente, en 1546,
mais il ne fut pas retenu; la Commission reprit
essentiellement la Bible de Louvain de 1583.
La création des Etats
Pontificaux
_____
Etienne II, évêque
de Rome , et Pépin le Bref, roi des Carolingiens.
Quatre siècles de pélerinages
à " Pierre " du Vatican, se transformant
en quatre siècles de dons
les plus divers au Vicaire du Portier du Ciel,
firent de l'évêque de Rome le propriétaire
foncier
le plus important de l'Italie. Après 750
et la fin de l'Exarchat de Ravenne, l'évêque,
Etienne II,
craignit d' être obligé d'abandonner
ses terroirs aux Lombards installés à
Pavie depuis 568.
Il se décida, fin 753, à se placer
sous la protection de Pépin le Bref, qui
vint attaquer le roi Lombard
et le vainquit, convaincu de devoir aider Etienne
II, notamment par la fausse "Donation de
Constantin"
rédigée alors par des moines aux
ordres du Pape.
La victoire définitive fut acquise en 756
par un retour victorieux des armées carolingiennes
et la mort du roi Lombard du fait d'un accident
de chasse.
L'évêque de Rome n'était plus
seulement le "Consul de dieu"; il devenait
un roi
reconnu et protégé par les Carolingiens;
il était désormais de la race "divine"
des rois;
il devenait le "vicaire" de dieu, c'est
à dire l'héritier de Constantin.

La fausse " Donation
de Constantin "
La Donation de Constantin à
Silvestre 1er constitue le faux le plus éhonté
de tout le Moyen Âge.
Constantin n'a jamais eu la lèpre; l'antipathie
que lui témoignait l'évêque
romain,
nommé au début de 313 et décédé
en 335, était si vive que l'Empereur n'aurait
pu penser
lui léguer une part quelconque de ses Etats,
au détriment de ses fils.
D'ailleurs, dans l'hypothèse de la réalité
de cette donation, le testament aurait été
utilisé
dès la mort de Constantin, vu son extrême
importance;
il conviendrait, alors, de donner une explication
convaincante à ce délai de 4 siècles,
entre la date supposée de l'écriture
du document et celle de sa" découverte",
pour circonvenir Pépin le Bref;
ce qui n'a jamais eu lieu, ni même été
simplement esquissé.
La naïveté de Pépin devait
être bien réelle, puisqu'au début
de 756,
les Lombards assiégeant de nouveau Rome,
le Pape lui fit porter une lettre que " Pierre
",
le Portier du Ciel, aurait dictée personnellement
à son intention
et aurait confiée à son représentant
romain pour la lui transmettre;
lettre lui promettant l'entrée au Paradis
s'il débarrassait définitivement
l'évêque et ses domaines de la présence
de ces compétiteurs;
ce qui fut exécuté.
----
Certes, le Pape Silvestre II,
Gerbert d'Aurillac une des plus fortes personnalités
du Haut Moyen Âge,
par un édit de Janvier 1001, avait accepté
que l'Empereur Otton III dénonçat
la fausse " Donation ".
Malgré tout, elle fut intégrée
dans les collections canoniques pseudo-isidoriennes(
dès 869 )
puis grégoriennes ( en 1059 ), comme un
privilège fondateur de droit ;
sa fausseté ne sera admise par l'Eglise
romaine qu'en plein 19ème siècle,
c'est à dire au moment où, l'unification
de l'Italie faisant disparaître les Etats
pontificaux,
la "Donation " devenait inutile.
Cependant, les papes persistent à se croire
les successeurs de Constantin;
leurs vêtements sont aux couleurs impériales
du blanc et de l'or;
ils continuent à "vaticiner"
en trônant dans une chaire dominée
par dieu-père le Soleil éclairant
le Monde.
Dans le temps, la " Donation " a subi
de violentes critiques.

Les plus acerbes furent indiscutablement
celles de L.Valla, en 1440, célèbre
humaniste ( 1407/1457 );
sa conclusion est sans appel:
<< ... Ainsi, il
n'y a plus nulle part ni religion, ni sainteté,
ni crainte de dieu; et, je frémis de le
dire,
les impies trouvent auprès du pape l'excuse
de leurs crimes.
Car en lui et dans son entourage il y a l'exemple
de tout forfait....>>
Rappelons en complément de ce propos que,
durant les trois premiers siècles
de l'histoire des Etats pontificaux, 12 papes
ont été assassinés,
sans oublier ceux, emprisonnés, qui eurent
les oreilles ou ( et) le nez ou (et) la langue
coupés.

La ville de Nicée,
en 787,
où se tint le deuxième Concile oecuménique
de ce nom.
Le Concile de Nicée II
fut le premier à traiter de la question
juive, dans son "canon" n°8.
Pour les punir " de se moquer du Christ "
en continuant à pratiquer en cachette leurs
coutûmes,
telles que le sabbat, on leur interdit de pénétrer
dans les églises, mais aussi d'acquérir
des esclaves.
Le mot de "déicide" ne fut jamais
prononcé.
Tous les Conciles ultérieurs qui discutèrent
du statut des Juifs adoptèrent unanimement
cette position;
les Juifs n'ont jamais été considérés
comme les meurtriers du Sauveur;
seules, des sanctions d'ordre économique
furent prises à leur encontre,
alorsque le "déicide" eut entraîné
leur élimination physique.
Les Juifs furent, finalement, assimilés
à des Musulmans, aux "Infidèles".
Dans cette perspective historique, que signifie
la Passion du Christ ?
Elle apparaît comme un épisode tardivement
inséré dans les évangiles
en conséquence de situations dramatiques
conduisant les "fidèles" à
penser que leur dieu les avait abandonnés,
parce qu'il était mort.
Les "chemins de croix" illustrant cette
mort ont été inventés au
15ème siècle.
__
Charlemagne et Alcuin
L'importance du règne
de Charlemagne ne tient pas seulement à
sa durée exceptionnelle de 46 ans,
roi des Francs de 768 à 814 et Empereur
d'Occident de 800 à 814.
Dès son accession au trône, il poursuivit
l'action de son père Pépin en faveur
de Rome;
il attaqua les Lombards, toujours remuants, en
773, reçut la capitulation de leur roi
à Pavie,
ceignit sa couronne de fer en Juin 774, et fit
de l'Etat lombard une sorte de vice-royauté
franque;
il s'établit protecteur de l'Etat romain
et renouvela au pape la donation de Pépin
de 756,
c'est à dire la possession du territoire
de Ravenne et de la Pentapole qui,
s'ajoutant au duché de Rome, constituèrent
le noyau des Etats pontificaux.
Assurer la stabilité de son Empire fut
la préoccupation majeure de Charlemagne;
pour cela, il voulut s'appuyer sur une Eglise
bien ordonnée,
pratiquant les mêmes rites, utilisant les
mêmes livres "sacrés" ,
dont les membres seraient formés
dans les mêmes écoles aux sièges
des évêchés, ou dans les monastères;
ces écoles firent l'objet de son "
Admonitio generalis " prise en Mars 789,
soucieuse aussi de la copie exacte et soigneuse
des évangiles, psaumes et missel,
compte tenu des "livres catholiques fautifs"
qu'il fallait corriger scrupuleusement.
Il avait déjà dans une lettre "
de litteris colendis ", en 784/785, insisté
sur la nécessité
d'une instruction "littéraire"
pour une meilleure compréhension de la
Bible.
A-t-il voulu faire d'une seule Bible la Bible
de l'Empire?
Une " Epistola generalis " postérieure
manifesta sa volonté permanente de
" corriger rigoureusement tous les livres
de l'Ancien et du Nouveau Testament,
corrompus par l'impéritie des éditeurs
"
De fait, plusieurs bibles carolingiennes virent
le jour.
Il convient de citer en premier lieu ce que l'on
appelle habituellement la Bible d'Alcuin.
Alcuin était un érudit né
en Angleterre ( vers 730 ) , chef de l'école
palatine d' Aix- la- Chapelle
puis abbé de St Martin de Tours, à
dater de 796, d' où il présida à
la confection de quelques bibles,
dont un exemplaire fut remis à Charlemagne
le jour de son couronnement en tant qu'Empereur,
à Rome, à l'occasion de Noël
800.
Il s'agissait d'une bible complète, en
un seul volume, suivant le modèle ancestral
de Cassiodore
illustré plus tard par le célèbre
Codex Amiatinus, dont le texte avait inspiré
plusieurs manuscrits existants dans le Nord de
la France.
L'influence ultérieure de la bible d'Alcuin
tint beaucoup à l'importance de Tours
en tant que centre de production de manuscrits.
Plusieurs bibles y furent produites après
Alcuin,
magnifiquement écrites et illustrées,
comme un tout, pour la première fois en
Occident;
elles furent principalement utilisées,
postérieurement, par les Cisterciens.

Bible d'Alcuin , exemplaire
remis à Charles le Chauve
Il y eut également la
Bible de Théodulf, abbé de Fleury,
espagnol de naissance
réfugié en France pour échapper
aux Maures, décédé en 821.
<<... C'est un ouvrage de référence,
commode et scientifique...>>
de petit format, établi à partir
d'un catalogue de variantes.
Il y eut encore les manuscrits de l'Ecole palatine
d'Aix-la-Chapelle, connus en tant que "Groupe
d'Ada ",
oeuvres magnifiques, comprenant sept évangiles
et un psautier, retenu par Alcuin pour sa Bible,
version gallicane du psautier attribué
à St Jérôme.
On connaît aussi une bible élaborée
à Metz, sous la direction de l'évêque
Angilram, mort en 791(?),
première bible carolingienne de grand format,
pandecte complet en un seul volume.
Il y eut surtout la bible élaborée
à Corbie sous la direction de l'abbé
Maurdramme, vers 781,
qui est le premier exemple d'un ouvrage écrit
en minuscule caroline.

La minuscule caroline, inventée
à Corbie;
future minuscule de l'imprimerie de Gutenberg.
Finalement, la puissance et
la renommée de Charlemagne furent telles
que de nombreux souverains
nouèrent avec lui des relations diplomatiques,
dont notamment Haroun al-Rachid ( 765/809 ),
cinquième calife abasside de Bagdad,
qui lui envoya des ambassadeurs chargés
de cadeaux, de tissus recherchés, d'une
horloge à eau,
et même, dit-on, un éléphant.
Charlemagne en profita pour négocier les
conditions d'accueil des pélerins occidentaux
en Palestine, devenus " les Lieux Saints
" chrétiens, où se rendaient
de plus en plus de "fidèles"
profondément touchés par la légende
de la découverte de la croix de leur Sauveur
par Hélène,
la mère de Constantin, légende diffusée
au 8ème siècle, nourrie de l'histoire
d'Abgar roi d'Edesse,
racontée par Eusèbe dans son "Histoire
ecclésiastique".
De ces pélerinages, ces "fidèles"
ramenaient le plus souvent des reliques de "la
sainte croix"
gages assurés d'une bonne santé
et de bonheur éternel.

Reliquaire de la Sainte Croix
à Stavelot-Belgique ( 12ème siècle
)
La partie droite du reliquaire
raconte, selon Eusèbe, comment Protonice,
femme de l'Empereur Claude,
découvrit la croix du Sauveur chrétien
dans son tombeau, parmi trois croix qu'elle porte
dans ses bras
La stabilité de l'Empire carolingien fut
de courte durée.
La mort du fils de Charlemagne, Louis le Pieux,
en 840, entraîna le partage de l'Empire
par le traité de Verdun en 843.
Mais, dès 835, les raids vikings se développèrent
sur le littoral et à l'intérieur
des terres
d'Europe occidentale et méridionale; les
vikings atterrirent en Italie en 859.
En outre, la Méditerranée, jadis
mare nostrum des latins, était devenue
un lac sarrasin.
En 846, une flotte de pirates sarrasins remonta
le Tibre, jusqu'à Rome;
les pirates ne purent pénétrer dans
la Ville protégée par ses murailles;
ils saccagèrent et pillèrent complètement
le Vatican et la basilique St Pierre
dépouillée de tous ses ornements,
y compris les supposées reliques de "
l'Apôtre ".
Au retour, les felouques étaient si lourdement
chargées qu'elles ne purent affronter
une tempête à l'embouchure du fleuve,
et coulèrent au large.
Toutefois, " Mahomet avait vaincu Pierre
".

Felouque de pirates sarrasins
La première moitié
du 10ème siècle fut particulièrement
désordonnée.
A Rome, le palais du Latran était devenu
un lieu de débauches; le pape vivait librement
avec sa maîtresse, une jeune fille à
peine pubère,Marozie, de la famille de
Théophylacte;
ils eurent un fils, qui devait devenir pape.
En outre, la simonie, autre prix de la superstition,
déjà existante au temps de Charlemagne,
s'était répandue dans toute l'Eglise;
à Rome, un pape vendit même sa charge.
Le comble advint avec Jean XII ( 955/964 ) , petit-fils
de Marozie, dont la conduite dissolue en fit:
<< ...un des papes les plus scandaleux de
l'histoire..>>
Il mourut, selon toute vraisemblance, assassiné
dans son lit par un mari jaloux.
Jean XII couronna empereur Otton 1er, en 962;
lles Ottoniens rétablirent l'ordre à
Rome.
Mais, les " grandes faims "des années
793, 850, 868, 896, 1005, et 1032,
très généralement oubliées,
eurent les plus grandes conséquences sur
la représentation du Sauveur chez les "fidèles"
chrétiens.
Ces famines sévirent dans tout l'Occident
et furent cataclysmiques,
conduisant les hommes à pratiquer l'anthropophagie.
Selon Raoul Glaber ( "Histoires" ):
<< ...En ce temps-là se déclara
une famine très forte..... de telle sorte
qu'aucune région ne fut épargnée.
..... En plusieurs lieux, une faim horrible poussa
à consommer à titre d'aliments
non seulement la chair des animaux immondes et
des reptiles,
mais aussi celle des hommes, des femmes, et des
enfants.....>>
Les "fidèles" commencèrent
à penser que leur dieu n'assurait plus
sa fonction de Fertilité
parce qu'il était mort. Dès 822,
le psautier d'Utrecht, loin du prototype de l'évangéliaire
syriaque,
le dessina les bras fléchis, la tête
penchée sur l'épaule, les yeux fermés.
Toutefois, l'avènement de la Féodalité
au 9ème siècle aggrava singulièrement
cette situation
du fait des rivalités continuelles poussant
les Seigneurs à s'affronter en des luttes
cruelles
dont les paysans furent les principales victimes
pusqu'il s'agissait d'accroitre les domaines,
la masse des impôts perçus, le nombre
d'esclaves.....etc;
si bien qu'à la fin du 10ème siècle
de véritables mouvements de révolte
éclatèrent,
notamment en France, dans le Rouergue, le Berry,
la Normandie, puis en Champagne
où, en l'an Mil, les paysans conduits par
un certain Lieutard pénétrèrent
dans les églises
et saccagèrent les statues et tableaux
représentant leur dieu.
Dès lors, le modèle syriaque fut
définitivement abandonné
pour des figurations conformes aux situations
vécues.
-
-
A gauche, le dieu de Géro: statue polychrome
de la fin du 10ème;
à droite, le dieu d'Aribert : peinture
du début du 11ème.

Reproduction du Codex AUREUS
d'Echternach, fin du 11ème.
L'image est particulièrement
éloquente. Aucune goutte de sang ne jaillit
ni des mains, ni des pieds, ni des côtés
malgré les coups de lance.
La terre git sous la croix du dieu chrétien,
complètement aride, et pleure;
accompagnée dans son désespoir par
le Soleil et la Lune
qui cachent leurs visages et leurs larmes.
Le crucifix était né.
Le Constantin de l'église
St Hilaire à Melle ( Deux-Sèvres
).
Alors que l'architecture romane allait laisser
place au gothique,
les "fidèles"de nombreuses paroisses,
en France tout au moins,
avaient rapporté de leurs pélerinages
à Rome une image de Constantin
qui avait été hypostasié
en "Empereur céleste"
par le 4ème Concile oecuménique
de Constantinople (869/870 ).
Ils le représentèrent sur son cheval
au dessus du porche
par où ils pénétraient dans
leur église, en signe de domination suprême;
il était leur Seigneur et Sauveur.
L'An Mil, à vrai dire, ouvrit un siècle
de très profondes transformations dans
la Société occidentale
et dans l'Eglise, qui perdit définitivement
son unité
du fait du schisme d'Orient en 1054, juste après
la mort du pape Léon IX,
à son retour de captivité chez les
Normands.
L'Eglise devenait véritablement "romaine";
la "catholicité" se réduisait
à l'Europe occidentale;
elle n'exprimait plus qu'une "prétentieuse"
vanité.
Cette vanité atteignit un sommet insurpassable
avec le règne de Grégoire VII, un
moine clunisien,
qui déclara son pouvoir supérieur
à celui des rois et empereurs
et suscita la querelle des Investitures ( 1075/1077
) illustrée par l'épisode de Canossa,
château de la princesse Mathilde,
où l'Empereur Henri IV attendit trois jours
avant d'être reçu par le pape qui
l'avait excommunié;
cette querelle devait provoquer un véritable
schisme pontifical.

Finalement, en 1084, l'Empereur
obligea Grégoire à s'enfermer dans
le château St Ange de Rome;
Grégoire fut délivré par
son allié, le Normand Robert Guiscard,
dont la troupe pilla la Ville,
provoquant une révolte des habitants, dont
plusieurs milliers furent massacrés.
Le pape s'en alla mourir à Salerne, en
1085.
On doit à Grégoire VII la réforme
dite "grégorienne" instituant
une véritable théocratie,
reposant sur l'affirmation de la souveraineté
prééminente du pape sur l'Eglise;
tout procède de lui, à qui il appartient
de définir les vérités à
croire;
le pape détient ainsi à lui seul
la souveraineté sur le monde.
Cette infaillibilité deviendra un dogme
affirmé par le Concile du Vatican en 1870
pour compenser la perte définitive des
Etats pontificaux, absorbés dans le Royaume
d'Italie.
Le programme de Grégoire VII fut repris
par un autre moine clunisien, Eudes de Chatillon,
nommé pape en Mars 1088 sous le nom d'Urbain
II,
dont les premières années de règne
furent rendues difficiles du fait de la présence
à Rome
d'un anti-pape, Clément III, très
écouté.
Urbain II ne put s'installer dans la Ville qu'en
1093 et acheta le Latran en 1094.
Il confirma expressément la " Trève
de dieu "mouvement de paix contemporain
et s'ingénia à restaurer l'unité
de l'Eglise,
dont les frontières extérieures,
face à la poussée de l'islam, constituaient
des valeurs concrètes
qu'il fallait préserver; ce fut l'origine
de sa croisade.

Urbain II au Concile de Clermont,
en 1095,
où il prêcha la première croisade.

Pierre d'Amiens dit Pierre l'Ermite
prêcha une croisade suivie par une foule
de pauvres gens
mélangés à des soldats de
métier et quelques nobles de haut rang.
Cette foule se mit en route au début de
1096 pour la Palestine, et assassina des Juifs,
dans les hautes vallées du Rhin et du Danube,
pour les dépouiller de leurs biens,
prétextant qu'ils refusaient de se convertir
au christianisme;
ces crimes n'avaient aucune autre justification
que le déroulement de la "guerre sainte",
conduisant inévitablement au banditisme
le plus ignoble.

Départ des Barons,
de Rome et Ostie, pour la croisade, le 15 Août
1096
On a beaucoup disserté
sur les raisons qui amenèrent Urbain II
à vouloir cette opération de "récupération"
du "Saint Sépulcre" à
Jérusalem. Dès la cessation de la
"grande faim " de 1033, l'Occident avait
connu une période d'expansion technologique,
économique, démographique puissante,
qui ne manqua pas de produire de vigoureuses armées,
telles celles engagées en Espagne contre
les Musulmans, dans la "reconquista".
Urbain II, malgré la décision de
1054, avait renoué des liens avec Constantinople
dont l'Empereur, perpétuellement menacé
par les Turcs seldjoukides, appelait à
l'aide.
Enfin, le souvenir des famines passées
persistait trop vivement pour ne pas obséder
les imaginations et conduire les "fidèles"
à mettre en doute non pas les vertus attribuées
à la croix, mais la qualité d'origine
des "reliques" ramenées de Jérusalem;
les "Infidèles", pensait-on,
n'hésitaient pas à tromper les pélerins
chrétiens sur la nature
des bois catalogués de "reliques"
, et gardaient pour leur seul bénéfice
la véritable croix du Sauveur, en leurs
mains depuis déjà quatre siècles,
durant lesquels ces "grandes faims"
s'étaient développées en
Occident.
La guerre contre ces "Infidèles"
s'avérait nécessaire pour assurer
à la chrétienté
une ère perpétuelle de fécondité
gagée sur la possession définitive
du "Saint Sépulcre"
où se trouvait, disait-on, la seule croix
salvatrice.
Finalement, la croisade s'était ébranlée
au cri répété de <<
Dieu le veut ! >>
et se manifestait comme une pure expression de
la théocratie pontificale.
---
Quelques expressions de la
Théocratie pontificale.
La théocratie pontificale est née,
s'est nourrie, s'esr développée,
s'est imposée
à partir d'un illettrisme très majoritairement
répandu dans toutes les classes sociales.
Depuis 555, création du premier scriptorium
dans le Vivarium de Cassiodore,
jusqu'au 13ème siècle, où
furent instituées les premières
Universités,
pendant 7 siècles, la culture:instruction
littéraire,lecture, écriture, mathématiques,
fut strictement réservée au clergé
et plus particulièrement aux moines , qui
l'utilisèrent à la défense
de leurs intérets.
Cette situation culturelle était conditionnée
par les principaux facteurs suivants:
- l'autorité de
l'écrit; elle résultait
de la rareté des livres du fait de l'écriture
manuelle , illustrée ou non;écrire,
recopier un ouvrage était un travail long,
salissant, fatiguant,
demandant parfois plus d'une année.

Le scribe écrivait avec trois doigts, mais
c'était tout son corps qui travaillait
De surcroit, l'activité littéraire
s'exerçait dans le champ étroit,
mais exclusif, de la Bible:
d'une part, l'Ancien Testament, reconstitué
depuis les années 310 sous Constantin
par de nouvelles Veteres Latinae, que Jérôme
revisasans se préoccuper de l'originale
Septante, à Alexandrie;
d'autre part, le Nouveau Testament, dont les premières
livraisons apparurent au plus tôt
à la fin du 4ème siècle.
Il s'agissait non seulement des traductions, interprétations,
commentaires et autres ouvrages des Pères
et assimilés:Ambroise, Jérôme,
Augustin, Grégoire, Boèce, Cassiodore,
Isidore...etc
mais aussi des commentaires de ces commentaires,
de l'invention des sens à donner à
l'Ecriture....etc
La découverte de l'aristotélisme
interviendra à partir du 10ème siècle
à travers les oeuvres de quelques écrivains
arabes.
La redécouverte généralisée
de l'Antiquité gréco-romaine attendra
la Renaissance.
- les erreurs inhérentes à la copie
manuelle; les scribes "lettrés"n'avaient
à leur disposition ni magnétophones,
nni machines à photocopier, et leur travaux
contenaient inévitablement des fautes,
des erreurs, des contre-sens, volontaires ou non.Les
fautes involontaires avaient pour causes diverses
leurs conditions de travail, le mauvais éclairage
des scriptoria, les défectuosités
de la vue qui ne pouvaient être alors corrigées,
les migraines ophtalmiques sources occasionnelles
de visions,
le froid des pièces de travail à
l'origine de déformations des doigts...etc.
Les fautes volontaires étaient une conséquence
de la lenteur de la copie;
les scribes, revenant plusieurs fois sur les mêmes
phrases, avaient le temps de juger l'orthodoxie
de ce qu'ils copiaient, à la mesure de
ce qu'on leur avait enseigné; leur sens
critique n'était pas aiguisé;
ils ne pouvaient estimer la relativité
des opinions à copier, et modifiaient éventuellement
les passages
qu'ils pensaient erronés. En outre, en
dehors des interventions des copistes, les manuscrits
subissaient
des altérations matérielles parfois
importantes du fait de leur localisation et de
leur environnement : taches, brûlures, rognures,
déchirures par frottement ...etc.
Pratiquement, aucun texte "chrétien",
de l'Antiquité tardive et (ou) du Moyen
Âge,
jusqu'à l'invention de l'imprimerie mécanique
par Gütenberg,
n'a pu conserver fidèlement ni la forme
ni le fond de son contenu d'origine.
Les textes parvenus jusqu'à nous, quelqu'ils
soient, sont des textes attribués
à des personnages respectés, ayant
autorité; supposés être leurs;
en fait, ce sont des oeuvres écrites par
des scribes anonymes
reflétant les croyances et les conditions
de vie de leurs époques respectives.
- le changement de type d'écriture; c'est
à la fin du 8ème siècle que
fut inventée
la minuscule caroline au monastère de Corbie;
elle se répandit progressivement dans tout
l'Occident,
du 9ème au 12ème siècle,
en donnant naissance à des types d'écriture
dérivés, comme la bénéventine.
Les scribes apprirent ainsi à écrire
plus vite, à augmenter leur production.
En contrepartie, les manuscrits anciens écrits
en onciale ou semi-onciale devinrent, progressivement,
illisibles; sauf à une minorité
de moines spécialistes en écritures,
qui utilisèrent la masse de manuscrits
mis au rebut pour créer des palimpsestes
et de faux documents, afin de protéger,
par exemple,
les biens fonciersde leurs communautés
des appétits jamais apaisés des
évêques nommés par les rois,
ou des Seigneurs féodaux avides d'agrandir
leurs domaines.
Ces moines firent de leur écriture une
arme efficace contre les épées et
les lances de la soldatesque;
on "découvrit" de fausses donations
de rois à des couvents,
telle celle supposée de Dagobert à
St Denis;
à l'image de la fausse donation de Constantin
à Silvestre1er.
Les nécessités du présent
commandaient la création d'un passé
utile et justificatif
qui deviendra , pour les générations
futures, une histoire inventée.
- l'émiettement culturel; le mouvement
de paix de la "trève de dieu"
ne fut qu'un palliatif qui n'empêcha les
invasions ni des Vikings ni d'autres Hongrois...etc;
encore moins les incessantes guérillas
des féodaux;
si bien que les relations de couvents à
couvents devinrent difficiles, sinon périlleuses.
Les échanges de manuscrits se raréfièrent,
et chaque communauté cénobitique
travailla à partir
d'une bibliothèque pratiquement inchangée
durant un long temps.
Il en résulta que chaque communauté
disposa d'exemplaires d'ouvrages connus d'elle
seule.
|