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ICONOGRAPHIE

 

 

a) Les Cultes anciens et le symbolisme de la Croix

b) Brève histoire illustrée de la Bible hébraïque .

c) Le Nouveau Testament conventionnel

d) Le Culte impérial romain et le Christianisme constantinien

 

 

Deuxième Partie : La Religion du Pouvoir .

 

 

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Saint Antoine

Antoine est le fondateur du monachisme chrétien; il vécut en ermite dans les déserts
de la Thébaïde et mourut en 356 sur le Mont Golzim, près de la Mer Rouge,
après avoir résisté à de nombreuses tentations( tableau de David Téniers le Jeune).
Il "christianisa" une pratique déjà ancienne,
comme l'a remarqué justement le P. Festugière.
Le monachisme devait connaître un développement très important
dans les premiers siècles chrétiens;
nombre d'évêques et de papes furent moines;
ce qui donna à l'Eglise la volonté de puissance qui la caractérise,
puisque le moine est toujours en guerre contre sa nature et sa sexualité;
vivant "comme un ange", il est appelé à dominer les autres hommes.

 

 


Ambroise - le " Divin "


Ambroise fut le dernier représentant de la branche principale des Aurelii,
la Gens aristocratique par excellence, qui avait donné à Rome, au siècle précédent, un Empereur, Aurélien (270/275 ), remarquable à tous égards.
Ambroise était l'héritier d'une lignée millénaire de hauts fonctionnaires efficaces dont l'action
avait "ossifié"la République romaine puis l'Empire. Objectivement, Ambroise, le "divin"
( l'ambroisie était la boisson des dieux ) incarnait le Pouvoir, d'autant plus que, de son temps,
la descendance de Constantin s'étant éteinte avec Julien en 363,
les Empereurs, anciens soldats valeureux certes, n'appartenaient en aucune façon à la noblesse
et faisaient figure de "parvenus", par rapport à lui.
En outre, sa personnalité chétive avivait, encore d'avantage, son autorité naturelle,
si bien qu'à trente ans
il fut désigné Gouverneur de l'Italie du Nord, domicilié à Milan, capitale de l'Empire occidental.
Ce fut en 374 que se présenta, pour Ambroise, l'occasion d'accomplir son destin de membre
de la Gens Aurelia. L'évêque, arien, de Milan venait de décéder et sa succession provoquait
des troubles houleux, qui obligèrent le Gouverneur à intervenir pour rétablir l'ordre public.
Cette intervention fut telle que le peuple (néo)chrétien milanais lui demanda, bien que n'étant pas baptisé, d'occuper désormais le siège, vide, d'épiscope. Or, depuis les débuts de Rome, les Aurelii avaient pour dieu gentilice le Soleil, et Ambroise, "l'Aurélien ", refusait absolument, comme Constantin-Christ,
la doctrine arienne faisant de l'Astre suprême ( Apollon, Mithra, ou Sol invictus ) un dieu créé
( le 4ème jour, suivant le "De pascha computus" ), c'est à dire un dieu secondaire.
Prendre la direction du mouvement néo-chrétien de la Capitale donnerait les moyens de réduire
cet arianisme, à rien si possible; ce qui conduisit Ambroise à accepter ce qui lui était proposé.
Une deuxième raison détermina son choix:
Il ne pouvait oublier que, 15 ans auparavant, Julien, dit l'Apostat, avait voulu annihiler le christianisme constantinien, religion du Pouvoir, qui absolvait sans hésitation les crimes dits d'Etat,
dont la famille de Julien avait été la victime;
mais cette religion, ce culte impérial romain célébré au moins une fois chaque année, le 25 Décembre date symbolique de la naissance de Constantin-Christ, nouveau Soleil, constituait finalement
la religion des " Auréliens "; Ambroise se devait de la maintenir à tout prix.
Il perçut, comme Constantin avant lui avec les paléo-chrétiens , que devenir le chef des néo-chrétiens
lui assurerait, à Milan, une puissance apte à orienter les décisions ultimes des Empereurs,
dans ce domaine de l'obéissance "religieuse" des populations.
Dès 382, il obtint de Gratien, jeune adolescent, successeur de son père Valentinien1er,
qu'il renonçât, en tant qu'Empereur, au titre "sacré" de Pontifex Maximus,
que l'évêque de Rome Léon1er devait s'attribuer au siècle suivant.
Ambroise marquait ainsi la supériorité du pouvoir "spirituel" sur le pouvoir "temporel".
En fait, il éprouva quelques difficultés à s'imposer devant Théodose, le général nommé Empereur d'Orient par Gratien, en 379, à la suite du désastre d'Andrinople qui entraîna, en 378, la mort de Valens,
son oncle, frère de Valentinien1er. Théodose avait une autre personnalité que le frêle Gratien;
à l'occasion de ses déplacements à Milan, il résista facilement aux approches d'Ambroise, jusqu'en 390.
En cette année, l'application brutale, à Thessalonique, d'une législation très pénalisante
sur les homosexuels frappa un conducteur de chars, coqueluche des citoyens de la ville;
son arrestation provoqua une véritable révolte contre la police.
Théodose, considérant que son autorité avait été bafouée, crut nécessaire de la punir
en envoyant une troupe à Thessalonique, qui organisa dans le cirque de la cité
le massacre de plusieurs milliers d'habitants; puis il vint à Milan peu avant Noël.
Ambroise le menaça de lui refuser l'entrée dans la basilique milanaise, à l'occasion de la fête,
s'il ne confessait pas ce crime en s'agenouillant devant lui pour en recevoir l'absolution
par exécution de la pénitence que, lui, Ambroise, spécifierait.
Le poids du génocide était trop lourd et l'autorité " spirituelle" de l'évêque devenue trop contraignante,
à Milan, pour que Théodose pût refuser.
C'est dans ces conditions qu'Ambroise l'obligea à spécifier que, désormais, le culte impérial du Christ
fils du Soleil, vrai dieu de vrai dieu, lumière de lumière, serait le seul pratiqué dans l'Empire,
Orient et Occident confondus.

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Arius ( 256/336) et l'Empereur Julien, dit l'Apostat ( 359/363 )
personnifiaient les maux extrêmes pouvant annihiler le christianisme
contre lesquels Ambroise se dressa en faisant décréter
par l'Empereur Théodose 1er ( 379/395 )
que la religion constantinienne serait désormais la seule pratiquée ( édit du 8 /11/392 ).

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Parmi les effets de l'application de l'édit du 8 Novembre 392:
la destruction du temple d'Héra à Olympie .

C'est ainsi qu'Ambroise,"l'Aurélien ", devint le second fondateur du christianisme
en consolidant, pour des siècles, sa pratique.
Il a été compté parmi les Pères et Docteurs de l'Eglise au vu de ses nombreux ouvrages .
Il réforma le chant "sacré" et instaura le rite ambroisien.De fait, l'instauration progressive du culte unique entraîna inévitablement celle de la pensée unique du dieu " Empereur céleste ",
qui déclencha, à son tour, une véritable "révolution culturelle"
aussi violente que toutes celles connues de nos jours, d'autant plus qu'elle s'étendit sur des siècles !!
Cette "révolution" se manifesta non seulement par le pillage, ou la tranformation en églises,
ou la destruction totale des temples antiques, oeuvres d'art authentiques,
mais encore par l'incendie de bibliothèques, de maisons d'habitation ou l'assassinat de personnes
jugées "rebelles", telle Hypatie à Alexandrie en 415.
La pensée unique triompha sous Justinien( 527/565 ); en 529, il fit fermer, à Athènes,
l'Académie platonicienne, millénaire, et expulsa, en Perse, les philosophes néo-platoniciens.
Habituellement, les violences n'étaient pas le fait des forces publiques, sauf réquisition par les évêques;
ceux-ci disposaient des troupes de moines fanatisés; on estime que le patriarche d'Alexandrie
pouvait en mobiliser environ 70.000 !

  
Saint (? ) Cyrille patriarche d'Alexandrie ( 412/444 ) dit le " Docteur de l'Incarnation "
Son "lecteur" assassina et étripa la philosophe gréco-alexandrine HYPATIE, en 415.
Il s'opposa violemment à Nestorius, patriarche de Constantinople ( 428 ), à propos de l'incarnation de Christ et le fit condamner par le Concile d'Ephèse, en 431.


Statue d'Athena
dans l'Académie platonicienne fermée en 529
sur l'ordre de Justinien.

Toutefois,une révolution, malgré sa violence, ne peut qu'aboutir à une nouvelle organisation d'éléments déjà existants et persistants; l'interdiction définitive, en 415, du culte métroaque de Cybèle - Attis obligea
le Concile de Chalcédoine, en 451, à introduire, dans la doctrine du christianisme romain, la croix,
symbole millénaire de la Fertilité, montrant clairement que la nouvelle religion se construisait
en assimilant les antiques rituels. Cependant, Rome restait la Capitale du monde ( néo)chrétien du fait de l'existence sur la colline du Vatican de la basilique dédiée à "Pierre, portier du Ciel".
Déjà, toutes les personnes qui le pouvaient se pressaient d'aller dans son Temple
pour le supplier de leur ouvrir sa Porte, au moment de leur décès,
moyennant le versement des compensations les plus fortes et les plus diverses.
Rome devenait le "Centre Magique" de la chrétienté,
et la puissance de l'évêque de la Ville grandissait continuellement,
attisant chez les prétendants au siège épiscopal,
la cupidité, et la haine extrême de leurs compétiteurs éventuels.
Cette soif démentielle de pouvoir et d'argent fut particulièrement illustrée par Damase1er ( 366/384 )
qui, pour s'emparer de la place convoitée en même temps par Ursin,
fit tuer quelques centaines de chrétiens, supporters ursiniens rassemblés dans une église,
dont le sang versé souleva l'indignation de l'historien latin Ammien Marcellin.
La religion néo-chrétienne possédait par nature autant de violence que la religiosité paléo-chrétienne,
au point que de faux "évangélistes" tentèrent à partir du règne de Damase
de prêcher un amour du prochain puisé dans les "Pensées pour moi-même "de l'Empereur Marc-Aurèle.

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Damase1er , évêque de Rome ( 366/384 ) et Jérôme " vir trilinguis "( 347/420 )
Ecriture de la première version de la Vulgate

L'antique Rome était devenue progressivement le Panthéon de l'Empire,
accueillant sur ses collines, dans des temples magnifiques, les principaux cultes pratiqués
entre ses frontières, principalement ceux d'Orient : l'Oronte s'était déversé dans le Tibre.
La stricte application du culte unique aurait transformé la Ville en un champ de ruines, s'il n'y avait eu
les Barbares. Les Wisigoths vinrent, dès 408, assiéger l'Urbs, pour recevoir une forte compensation;
opération recommencée en Eté 410, qui malheureusement n'eut pas la même fin
par défaut de versement d'argent; Les Wisigoths, sous le commandement d'Alaric,
envahirent Rome,qu'ils saccagèrent durant plusieurs jours
avant d'aller dans le Sud de l'Italie, d'où ils pensaient s'embarquer à destination de la Sicile.
Alaric mourut inopinément et ses troupes revinrent à Rome, en 412, selon Jordanès.
Finalement, les Wisigoths reçurent un royaume en Aquitaine où ils s'installèrent en 418.

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Augustin ( 354/430 ) ---La Cité de Dieu

Augustin, baptisé à Milan par Ambroise le 24 Avril 387, devint évêque d'Hippone,
après sa conversion d'une vie assez dissolue.
Ecrivain prolixe, il est compté au rang des Pères et des Docteurs de l'Eglise.
Il est une figure majeure de l'exclusivisme intransigeant du christianisme;
il s'illustra par sa lutte contre les hérétiques, particulièrement les donatistes carthaginois
contre lesquels il réquisitionna les forces armées publiques, au nom de cette loi chrétienne:
<< Compelle intrare-- Forces-les à entrer >>
Son grand ouvrage " La Cité de Dieu" développe l'augustinisme politique, une théorie théocratique.
Il mourut à Hippone au moment où les Vandales de Genséric attaquèrent la ville.
Dès 429, les Vandales de Genséric traversèrent le détroit de Gibraltar, envahirent l'Afrique du Nord jusqu'en Proconsulaire tunisienne, retraversèrent la Méditerranée pour envahir l'Italie
et assiéger Rome, qu'ils saccagèrent en 455; avant Ricimer en 472,
et l'instauration d'un royaume d'Italie par Odoacre, en 476, fin de l'Empire romain d'Occident.
En 488 vinrent les Ostrogoths de Théodoric; ils s'emparèrent en 493 du royaume d'Italie,
qu'ils conservèrent jusqu'en 550, chassés par les troupes de Justinien
sous le commandement de Bélisaire puis de Narsès;
Rome est prise et saccagée cinq fois de 537 à 552,
date à laquelle Narsès pénètre dans l'ancienne capitale du monde.
Rome n'était plus alors qu'une ville ruinée, désertée, comptant au plus 50.000 habitants, des malades, des pauvres n'ayant pas les moyens de quitter la Ville, l'évêque et son clergé,
les esclaves employés aux tâches les plus diverses; mais Rome restait le lieu de pélerinage
le plus fréquenté, du fait de la présence de "Pierre"au Vatican,
et son évêque devenait progressivement le propriétaire immobilier le plus riche d'Italie.
Cette fortune attisa particulièrement la cupidité des Lombards, installés dans le Milanais depuis 568.


La ville de Rome en ruines.
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Sur l'emplacement d'un temple dédié primitivement à Diane,
qui imitait d'aussi près que possible celui de Diane Ephésine,
un prêtre chrétien, Pierre d'Illyrie, fit édifier sur la colline de l'Aventin, en 422/432,
une basilique, dédiée à la martyre Sainte Sabine, qui demeure l'exemple même
du réemploi par des chrétiens d'un temple "païen". Pour certains, cette église :
<< fut la réalisation du premier idéal de la basilique chrétienne. >>
L'édifice subit inévitablement les outrages du temps ( 15 siècles ! ) et des hommes :
l'armée de Charles-Quint envahit Rome en 1527, et dévasta la ville pendant un semestre.
Comme la basilique StPierre au Vatican, l'église Ste Sabine dut être réparée, reconstruite, améliorée
à plusieurs reprises, notamment à la fin du 18ème siècle.
L'édifice se singularise par une porte monumentale à quatre panneaux,
ornée de bas-reliefs, qui remonterait, suivant une "croyance bien-pensante",
à l'époque du temple de Diane, malgré les nombreux accidents
que le bâtiment eut à subir; dernièrement, les dégradations importantes causées le 23 Avril 1891
par l'explosion d'une poudrière voisine, explosion qui projeta cette porte au sol
en l'arrachant à son encadrement !
Il y a 28 emplacements de bas-reliefs, dont 10 ont disparu " consumés par le temps",
comme l'indique une description de cette porte par un dominicain dit Mamachi, en 1756;
la conclusion s'impose: les 18 restant ont été réalisés bien après les 10 manquant
( peut-être, une simple reproduction d'anciens déjà disparus ! ) ..
Ces bas-reliefs illustreraient, en résumé, le Nouveau Testament
et le premier d'entre eux constituerait la "Crucifixion " la plus ancienne " au monde!
représentée ci-dessous:

Les " crucifiés sans croix " de l'église Sainte Sabine

L'absence visible de croix ou "d'arbor infelix" laisse planer nombre de doutes.
Les trois personnages se trouvent à l'intérieur de trois maisons figurées par leurs toits;
or, le supplice( crux ) de "l'arbor infelix", entraînant la mort du condamné par la lente asphyxie
provoquée par sa suspension le long d'un tronc d'arbre, se situait toujours à l'extérieur,
et dans un endroit surélevé pour que la population en fût avertie.
En outre, l'attitude des trois sujets ne révèle aucune souffrance, d'aucune sorte;
dans l'hypothèse du supplice par suspension, les mains seraient attachées au-dessus des têtes;
dans celle d'une simple mise en croix, ces mains seraient au niveau des épaules, ou au-dessus;
en l'occurence, le mouvement des bras et des mains dessine une attitude d'accueil,
d'autant que les trois personnes foulent le sol et marchent vers d'autres gens non figurés.
Il convient aussi de rappeler que le supplice ( crux ) de l'arbre du malheur
fut supprimé dès le début du 4ème siècle et remplacé par la pendaison- strangulation,
soit presque un siècle et demi avant la construction de l'église.
Il faut distinguer le supplice de " l'arbor infelix", de la mise en croix;
la croix est un symbole multi-millénaire et universel de la vie éternelle,
schématisant un arbre et ses branches, domicile d'un dieu, le dieu de la Fertilité.
Ce symbole fut "christianisé" par le Concile de Chalcédoine en 451, après l'interdiction du rite métroaque;
la présentation du dieu sur la croix s'imposa, dès le 6ème siècle, du fait que les chrétiens,
illettrés dans leur très grande majorité, avaient besoin de voir pour croire
suivant les directives de Grégoire 1er, " Consul de Dieu "
Récemment ( il y a dix ans), des iconologues "distingués" ont publié un ouvrage
inventant la notion de " crucifiés sans croix ", pour consolider la version "bien-pensante"
de la fausse crucifixion de Ste Sabine, la plus ancienne du monde;
faut-il relever que cette formulation constitue littéralement un non-sens?

Léon 1er ( 441/460 )
Léon 1er imposa l'usage de la croix au Concile oecuménique de Chalcédoine en 451
et la priorité de Rome sur Constantinople, la nouvelle capitale,
non pour des raisons politiques mais des raisons religieuses:
en l'occurence la présence de " Pierre ", le premier "apôtre" , au Vatican.
En véritable chef de la Ville, Léon intervint en 453 auprès d' Attila et de ses Huns
pour les empêcher d'attaquer Rome et la saccager.
Il s'attribua le titre de " Pontifex Maximus", titre impérial
abandonné par le jeune Empereur Gratien, en 382, à la demande d'Ambroise


Boèce ( environ 480/524 )
Ministre de Théodoric l'Ostrogoth, à Ravenne, il fut injustement accusé de trahison et condamne à mort.
Philosophe de formation, bien qu'élevé dans la religion chrétienne, il se prépara au supplice
par l'écriture de sa célèbre " Consolation de la Philosophie ", et non consolation de la religion officielle.
Il exerça une influence certaine au Moyen Âge.

Théodoric, roi des Ostrogoths ( 455/526)

On pense que peu de temps avant sa mort, il causa le décès, dans des circonstances assez troubles,
de Jean 1er, l'évêque de Rome, qui s'opposait à lui dans plusieurs domaines.
L'Administration épiscopale avait demandé à Denys le Petit, en 525,
de calculer définitivement pour l'Eglise romaine la date de la Pâque.
Denys est présenté, conventionnellement, comme l'inventeur de " l'An du Seigneur"
et de la naissance de Christ le 25 Décembre 753 " ab Urbe condita".
En fait, ses calculs ont été perdus dès l'année 526.
Il faut retenir que toute la chronologie chrétienne est édifiée à partir de la date supposée de la création de Rome.
 

Saint Benoit de Nurcie
Né à Nurcie vers 480 dans une famile noble, il se retira, à moins de 20 ans, dans la solitude à Subiaco.
Diverses circonstances le poussèrent, vers 520, à abandonner la vie érémitique pour la vie cénobitique.
Il fonda, en 529, le monastère du Mont Cassin, où il rédigea, à partir de 540,
la fameuse Règle, que choisiront d'appliquer la plupart des moines.


Cassiodore ( dates incertaines, mort vers 580 en Calabre )
Né dans une famille aristocratique, Cassiodore fut, à Ravenne, un des derniers Administrateurs
du Royaume ostrogoth d'Italie. Après l'instauration de l'Exarchat par Justinien en 550,
il fut emmené à Constantinople où il séjourna quelques années, puis revint en Italie.
En 555, il fonda dans son domaine calabrais du Vivarium un monastère dont les membres :
<< ....jouissent déjà d'une préfiguration de la demeure céleste...>>
Il y créa le premier scriptorium, qu'il dota de sa bibliothèque personnelle ;
sans trop s'apercevoir de l'importance de son invention.
En effet, la disparition de l'Empire romain d'Occident, en 476, avait entraîné celle des paedagogia;
la création des scriptoria, et plus tard des écoles épiscopales sous Charlemagne,
laissa, pendant 7 siècles, toute l'activité culturelle de l'Occident
entre les mains de la seule Eglise romaine.
La très grande majorité de la population, illettrée, devenait totalement tributaire des images.
La reproduction manuelle des manuscrits " sacrés "et des ouvrages consacrés à leur étude,
constituant la seule possibilité de la diffusion littéraire, devint la source des variantes et des erreurs
les plus invraisemblables, de telle sorte que la lecture de la Bible " sainte "devint
une interprétation continuelle défrichant les sens les plus divers,
et ne fut plus autorisée, au 12ème siècle, qu'à travers des gloses, explicatives,
incorporées finalement, pour parties, au texte lui-même.
Cassiodore fut aussi un auteur important qui exerça une influence considérable
sur l'enseignement durant tout le Moyen Âge.
Il écrivit notamment les " Institutions des lettres divines et séculières ";
véritable encyclopédie dans laquelle il distinguait :
-d'une part, les Introductores, c'est à dire les Pères ( Jérome, Ambroise, Augustin, Grégoire ),
qui ont défini les règles de l'interprétation " divine ";
- d'autre part, les Expositores, c'est à dire les auteurs commentant les oeuvres des Pères.
Cassiodore demeure une des personnalités les plus influentes du Moyen Âge.

 

L'évangéliaire de Rabula

Rabula, évêque d'Edesse, participa au Concile de Chalcédoine et traduisit, en fin du 5ème siècle,
les évangiles de son temps, en syriaque. Cet évangéliaire fut illustré à la fin du 6ème siècle;
les chrétiens, illettrés sauf quelques prêtres et les évêques, devaient "voir" pour croire.
L'image ci-dessus n'a rien d'un spectacle morbide. Le personnage central mis en croix
est royalement vêtu, ses bras sont tendus et droits, son regard est vif;
il ne donne nullement l'impression de souffrir.
Il s'agit de la "christianisation", par la vue, du mythe "païen" de la Fertilité.
La croix rappelle le rite métroaque d'Attis-Cybèle, divinités orientales;
sa signification millénaire demeure la vie éternelle, assurée par le sang
qui tombe en goutelettes fécondantes des mains et des pieds du dieu exposé
pour assurer la nourriture, la santé, et le bonheur des hommes.
Les deux personnes situées à droite et à gauche participent à la réalisation du miracle,
puisque du sang s'écoule également de leurs mains et de leurs pieds;
il s'agit précisément de la personnification du Soleil et de la Lune,
dont les disques apparaîssent en haut, à droite et à gauche.
Cette image constitue le prototype de la représentation de la fausse "crucifixion"
qui sera développée du 6ème au 9ème siècle,
jusqu'à l'intervention des "grandes faims" qui firent douter de l'existence de dieu.

Grégoire 1er, évêque de Rome ( 590/604 )

D'origine aristocratique, Grégoire devint moine à la mort de son père, distribua ses biens
et créa un monastère à Rome dans son habitation.
C'est un des Pères de l'Eglise, auteur des "Moralia in Job ", qui exerceront une influence considérable
durant tout le Moyen Âge. Il a écrit aussi des " Homélies" , dont les " Homélies in Ezechiel "
qui furent largement utilisées par les prédicateurs des siècles successifs.
Ses oeuvres ouvrent la voie de l'exégèse monastique médiévale et établissent que :
<<... l'Ecriture sainte est pour nous la nourriture...>>
L'autorité naturelle de sa personne le conduisit progressivement à la tête de la Ville,
compte tenu de l'inefficacité de l'Exarchat de Ravenne dont Rome dépendait.
Désigné évêque de sa Ville, il se distingua par les travaux urbains de réfection qu'il ordonna,
et la construction de bâtiments destinés à recevoir, pour les secourir,
les plus pauvres de ses ouailles, et les pélerins en difficultés;
il considéra l'imagerie comme une des bases de l'éducation populaire
et s'employa à la développer en préconisant l'usage des peintures murales dans les églises.
Le trait le plus caractéristique de sa personnalité l'amena à se déclarer
" le Consul de dieu ".
Voulant agrandir le royaume "divin", il organisa des "Missions"
notamment vers l'Angleterre, en 596, à Cantorbery, et vers la Saxe.
 

Les Invasions musulmanes

Jérusalem - Dôme du Rocher ( 687/691 )

L'hégire commence en 622 de notre ère. La mort de Mahomet en 632 marque le début
des invasions musulmanes. Jérusalem est prise en 638; elle devient et restera la deuxième ville sainte de l'islam. Le calife omeyade Abd-el-Malik construisit la mosquée du Rocher
en 687/691.

La ville d'Alexandrie fut conquise en 642, puis toute l'Afrique du Nord;
les Musulmans franchissent le détroit de Gibraltar en 711, font des incursions en France,
et s'installent en Espagne jusqu'à la fin du 15ème siècle.

Bède le Vénérable ( vers 672/736 )

Moine historien, Bède est compté parmi les Docteurs de l'Eglise.
Il écrivit des ouvrages divers, dont une " Géographie des lieux saints ",
mais employa le principal de son temps à commenter les commentaires des livres "saints"
par les Pères:Ambroise, Augustin, Grégoire le Grand...etc.
Dans son " Histoire écclésiastique du peuple anglais ", il détailla la façon
dont un certain Caedmon "ruminait " l'Ecriture et la transformait en chants.
Ce fut certainement un des plus grands esprits de son temps.
C'est lui qui est supposé attribuer à Denys le Petit la "trouvaille" de la date de la naissance
du supposé Sauveur le 25 Décembre 753 ab urbe condita.

Le célèbre Codex Amiatinus fut rédigé en trois exemplaires, dans un monastère d'Angleterre,
au début du 8ème siècle, sous la forme d'un pandecte issu directement du codex grandior de Cassiodore,
c'est à dire d'un seul livre contenant l'intégralité de l'Ancien et du Nouveau Testament.
La réalisation d'un seul exemplaire nécessita les peaux de plusieurs centaines de moutons;
chaque ouvrage était magnifiquement écrit en onciale, et contenait quelques illustrations.
Un exemplaire était destiné à l'évêque de Rome, et un moine fut chargé de le lui remettre ;
malheureusement, arrivé en Italie dans la région de Sienne, il tomba malade
et dut se réfugier au monastère du Mont Amiato, où il mourut peu après.
Ce monastère était très pauvre et reçut le Codex comme un trésor envoyé du Ciel;
on le cacha et le conserva à l'abri de tout regard, hors ceux de certains moines du Mont.
On estime généralement que le Codex est un des meilleurs témoins du texte de Jérome.
Il fut consulté par la Commission Carafa, en 1587, en vue de la première impression de la Vulgate
conformément aux instructions du Concile de Trente, en 1546,
mais il ne fut pas retenu; la Commission reprit essentiellement la Bible de Louvain de 1583.
 

La création des Etats Pontificaux

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Etienne II, évêque de Rome , et Pépin le Bref, roi des Carolingiens.

Quatre siècles de pélerinages à " Pierre " du Vatican, se transformant en quatre siècles de dons
les plus divers au Vicaire du Portier du Ciel, firent de l'évêque de Rome le propriétaire foncier
le plus important de l'Italie. Après 750 et la fin de l'Exarchat de Ravenne, l'évêque, Etienne II,
craignit d' être obligé d'abandonner ses terroirs aux Lombards installés à Pavie depuis 568.
Il se décida, fin 753, à se placer sous la protection de Pépin le Bref, qui vint attaquer le roi Lombard
et le vainquit, convaincu de devoir aider Etienne II, notamment par la fausse "Donation de Constantin"
rédigée alors par des moines aux ordres du Pape.
La victoire définitive fut acquise en 756 par un retour victorieux des armées carolingiennes
et la mort du roi Lombard du fait d'un accident de chasse.
L'évêque de Rome n'était plus seulement le "Consul de dieu"; il devenait un roi
reconnu et protégé par les Carolingiens; il était désormais de la race "divine" des rois;
il devenait le "vicaire" de dieu, c'est à dire l'héritier de Constantin.

La fausse " Donation de Constantin "

La Donation de Constantin à Silvestre 1er constitue le faux le plus éhonté de tout le Moyen Âge.
Constantin n'a jamais eu la lèpre; l'antipathie que lui témoignait l'évêque romain,
nommé au début de 313 et décédé en 335, était si vive que l'Empereur n'aurait pu penser
lui léguer une part quelconque de ses Etats, au détriment de ses fils.
D'ailleurs, dans l'hypothèse de la réalité de cette donation, le testament aurait été utilisé
dès la mort de Constantin, vu son extrême importance;
il conviendrait, alors, de donner une explication convaincante à ce délai de 4 siècles,
entre la date supposée de l'écriture du document et celle de sa" découverte",
pour circonvenir Pépin le Bref;
ce qui n'a jamais eu lieu, ni même été simplement esquissé.
La naïveté de Pépin devait être bien réelle, puisqu'au début de 756,
les Lombards assiégeant de nouveau Rome, le Pape lui fit porter une lettre que " Pierre ",
le Portier du Ciel, aurait dictée personnellement à son intention
et aurait confiée à son représentant romain pour la lui transmettre;
lettre lui promettant l'entrée au Paradis
s'il débarrassait définitivement l'évêque et ses domaines de la présence de ces compétiteurs;
ce qui fut exécuté.
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Certes, le Pape Silvestre II, Gerbert d'Aurillac une des plus fortes personnalités du Haut Moyen Âge,
par un édit de Janvier 1001, avait accepté que l'Empereur Otton III dénonçat la fausse " Donation ".
Malgré tout, elle fut intégrée dans les collections canoniques pseudo-isidoriennes( dès 869 )
puis grégoriennes ( en 1059 ), comme un privilège fondateur de droit ;
sa fausseté ne sera admise par l'Eglise romaine qu'en plein 19ème siècle,
c'est à dire au moment où, l'unification de l'Italie faisant disparaître les Etats pontificaux,
la "Donation " devenait inutile.
Cependant, les papes persistent à se croire les successeurs de Constantin;
leurs vêtements sont aux couleurs impériales du blanc et de l'or;
ils continuent à "vaticiner" en trônant dans une chaire dominée par dieu-père le Soleil éclairant le Monde.
Dans le temps, la " Donation " a subi de violentes critiques.

Les plus acerbes furent indiscutablement celles de L.Valla, en 1440, célèbre humaniste ( 1407/1457 );
sa conclusion est sans appel:

<< ... Ainsi, il n'y a plus nulle part ni religion, ni sainteté, ni crainte de dieu; et, je frémis de le dire,
les impies trouvent auprès du pape l'excuse de leurs crimes.
Car en lui et dans son entourage il y a l'exemple de tout forfait....>>


Rappelons en complément de ce propos que, durant les trois premiers siècles
de l'histoire des Etats pontificaux, 12 papes ont été assassinés,
sans oublier ceux, emprisonnés, qui eurent les oreilles ou ( et) le nez ou (et) la langue coupés.
 

La ville de Nicée, en 787,
où se tint le deuxième Concile oecuménique de ce nom.

Le Concile de Nicée II fut le premier à traiter de la question juive, dans son "canon" n°8.
Pour les punir " de se moquer du Christ " en continuant à pratiquer en cachette leurs coutûmes,
telles que le sabbat, on leur interdit de pénétrer dans les églises, mais aussi d'acquérir des esclaves.
Le mot de "déicide" ne fut jamais prononcé.
Tous les Conciles ultérieurs qui discutèrent du statut des Juifs adoptèrent unanimement cette position;
les Juifs n'ont jamais été considérés comme les meurtriers du Sauveur;
seules, des sanctions d'ordre économique furent prises à leur encontre,
alorsque le "déicide" eut entraîné leur élimination physique.
Les Juifs furent, finalement, assimilés à des Musulmans, aux "Infidèles".
Dans cette perspective historique, que signifie la Passion du Christ ?
Elle apparaît comme un épisode tardivement inséré dans les évangiles en conséquence de situations dramatiques conduisant les "fidèles" à penser que leur dieu les avait abandonnés,
parce qu'il était mort.
Les "chemins de croix" illustrant cette mort ont été inventés au 15ème siècle.
 
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Charlemagne et Alcuin
L'importance du règne de Charlemagne ne tient pas seulement à sa durée exceptionnelle de 46 ans,
roi des Francs de 768 à 814 et Empereur d'Occident de 800 à 814.
Dès son accession au trône, il poursuivit l'action de son père Pépin en faveur de Rome;
il attaqua les Lombards, toujours remuants, en 773, reçut la capitulation de leur roi à Pavie,
ceignit sa couronne de fer en Juin 774, et fit de l'Etat lombard une sorte de vice-royauté franque;
il s'établit protecteur de l'Etat romain et renouvela au pape la donation de Pépin de 756,
c'est à dire la possession du territoire de Ravenne et de la Pentapole qui,
s'ajoutant au duché de Rome, constituèrent le noyau des Etats pontificaux.
Assurer la stabilité de son Empire fut la préoccupation majeure de Charlemagne;
pour cela, il voulut s'appuyer sur une Eglise bien ordonnée,
pratiquant les mêmes rites, utilisant les mêmes livres "sacrés" , dont les membres seraient formés
dans les mêmes écoles aux sièges des évêchés, ou dans les monastères;
ces écoles firent l'objet de son " Admonitio generalis " prise en Mars 789,
soucieuse aussi de la copie exacte et soigneuse des évangiles, psaumes et missel,
compte tenu des "livres catholiques fautifs" qu'il fallait corriger scrupuleusement.
Il avait déjà dans une lettre " de litteris colendis ", en 784/785, insisté sur la nécessité
d'une instruction "littéraire" pour une meilleure compréhension de la Bible.
A-t-il voulu faire d'une seule Bible la Bible de l'Empire?
Une " Epistola generalis " postérieure manifesta sa volonté permanente de
" corriger rigoureusement tous les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament,
corrompus par l'impéritie des éditeurs "
De fait, plusieurs bibles carolingiennes virent le jour.
Il convient de citer en premier lieu ce que l'on appelle habituellement la Bible d'Alcuin.
Alcuin était un érudit né en Angleterre ( vers 730 ) , chef de l'école palatine d' Aix- la- Chapelle
puis abbé de St Martin de Tours, à dater de 796, d' où il présida à la confection de quelques bibles,
dont un exemplaire fut remis à Charlemagne le jour de son couronnement en tant qu'Empereur,
à Rome, à l'occasion de Noël 800.
Il s'agissait d'une bible complète, en un seul volume, suivant le modèle ancestral de Cassiodore
illustré plus tard par le célèbre Codex Amiatinus, dont le texte avait inspiré
plusieurs manuscrits existants dans le Nord de la France.
L'influence ultérieure de la bible d'Alcuin tint beaucoup à l'importance de Tours
en tant que centre de production de manuscrits. Plusieurs bibles y furent produites après Alcuin,
magnifiquement écrites et illustrées, comme un tout, pour la première fois en Occident;
elles furent principalement utilisées, postérieurement, par les Cisterciens.

Bible d'Alcuin , exemplaire remis à Charles le Chauve

Il y eut également la Bible de Théodulf, abbé de Fleury, espagnol de naissance
réfugié en France pour échapper aux Maures, décédé en 821.
<<... C'est un ouvrage de référence, commode et scientifique...>>
de petit format, établi à partir d'un catalogue de variantes.
Il y eut encore les manuscrits de l'Ecole palatine d'Aix-la-Chapelle, connus en tant que "Groupe d'Ada ",
oeuvres magnifiques, comprenant sept évangiles et un psautier, retenu par Alcuin pour sa Bible,
version gallicane du psautier attribué à St Jérôme.
On connaît aussi une bible élaborée à Metz, sous la direction de l'évêque Angilram, mort en 791(?),
première bible carolingienne de grand format, pandecte complet en un seul volume.
Il y eut surtout la bible élaborée à Corbie sous la direction de l'abbé Maurdramme, vers 781,
qui est le premier exemple d'un ouvrage écrit en minuscule caroline.

La minuscule caroline, inventée à Corbie;
future minuscule de l'imprimerie de Gutenberg.

Finalement, la puissance et la renommée de Charlemagne furent telles que de nombreux souverains
nouèrent avec lui des relations diplomatiques, dont notamment Haroun al-Rachid ( 765/809 ),
cinquième calife abasside de Bagdad,
qui lui envoya des ambassadeurs chargés de cadeaux, de tissus recherchés, d'une horloge à eau,
et même, dit-on, un éléphant.
Charlemagne en profita pour négocier les conditions d'accueil des pélerins occidentaux
en Palestine, devenus " les Lieux Saints " chrétiens, où se rendaient de plus en plus de "fidèles"
profondément touchés par la légende de la découverte de la croix de leur Sauveur par Hélène,
la mère de Constantin, légende diffusée au 8ème siècle, nourrie de l'histoire d'Abgar roi d'Edesse,
racontée par Eusèbe dans son "Histoire ecclésiastique".
De ces pélerinages, ces "fidèles" ramenaient le plus souvent des reliques de "la sainte croix"
gages assurés d'une bonne santé et de bonheur éternel.

Reliquaire de la Sainte Croix à Stavelot-Belgique ( 12ème siècle )

La partie droite du reliquaire raconte, selon Eusèbe, comment Protonice, femme de l'Empereur Claude,
découvrit la croix du Sauveur chrétien dans son tombeau, parmi trois croix qu'elle porte dans ses bras
La stabilité de l'Empire carolingien fut de courte durée.
La mort du fils de Charlemagne, Louis le Pieux, en 840, entraîna le partage de l'Empire
par le traité de Verdun en 843.
Mais, dès 835, les raids vikings se développèrent sur le littoral et à l'intérieur des terres
d'Europe occidentale et méridionale; les vikings atterrirent en Italie en 859.
En outre, la Méditerranée, jadis mare nostrum des latins, était devenue un lac sarrasin.
En 846, une flotte de pirates sarrasins remonta le Tibre, jusqu'à Rome;
les pirates ne purent pénétrer dans la Ville protégée par ses murailles;
ils saccagèrent et pillèrent complètement le Vatican et la basilique St Pierre
dépouillée de tous ses ornements, y compris les supposées reliques de " l'Apôtre ".
Au retour, les felouques étaient si lourdement chargées qu'elles ne purent affronter
une tempête à l'embouchure du fleuve, et coulèrent au large.
Toutefois, " Mahomet avait vaincu Pierre ".




Felouque de pirates sarrasins

La première moitié du 10ème siècle fut particulièrement désordonnée.
A Rome, le palais du Latran était devenu un lieu de débauches; le pape vivait librement
avec sa maîtresse, une jeune fille à peine pubère,Marozie, de la famille de Théophylacte;
ils eurent un fils, qui devait devenir pape.
En outre, la simonie, autre prix de la superstition, déjà existante au temps de Charlemagne,
s'était répandue dans toute l'Eglise; à Rome, un pape vendit même sa charge.
Le comble advint avec Jean XII ( 955/964 ) , petit-fils de Marozie, dont la conduite dissolue en fit:
<< ...un des papes les plus scandaleux de l'histoire..>>
Il mourut, selon toute vraisemblance, assassiné dans son lit par un mari jaloux.



Jean XII couronna empereur Otton 1er, en 962; lles Ottoniens rétablirent l'ordre à Rome.
Mais, les " grandes faims "des années 793, 850, 868, 896, 1005, et 1032,
très généralement oubliées,
eurent les plus grandes conséquences sur la représentation du Sauveur chez les "fidèles" chrétiens.
Ces famines sévirent dans tout l'Occident et furent cataclysmiques,
conduisant les hommes à pratiquer l'anthropophagie.
Selon Raoul Glaber ( "Histoires" ):
<< ...En ce temps-là se déclara une famine très forte..... de telle sorte qu'aucune région ne fut épargnée.
..... En plusieurs lieux, une faim horrible poussa à consommer à titre d'aliments
non seulement la chair des animaux immondes et des reptiles,
mais aussi celle des hommes, des femmes, et des enfants.....>>
Les "fidèles" commencèrent à penser que leur dieu n'assurait plus sa fonction de Fertilité
parce qu'il était mort. Dès 822, le psautier d'Utrecht, loin du prototype de l'évangéliaire syriaque,
le dessina les bras fléchis, la tête penchée sur l'épaule, les yeux fermés.
Toutefois, l'avènement de la Féodalité au 9ème siècle aggrava singulièrement cette situation
du fait des rivalités continuelles poussant les Seigneurs à s'affronter en des luttes cruelles
dont les paysans furent les principales victimes
pusqu'il s'agissait d'accroitre les domaines, la masse des impôts perçus, le nombre d'esclaves.....etc;
si bien qu'à la fin du 10ème siècle de véritables mouvements de révolte éclatèrent,
notamment en France, dans le Rouergue, le Berry, la Normandie, puis en Champagne
où, en l'an Mil, les paysans conduits par un certain Lieutard pénétrèrent dans les églises
et saccagèrent les statues et tableaux représentant leur dieu.
Dès lors, le modèle syriaque fut définitivement abandonné
pour des figurations conformes aux situations vécues.

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A gauche, le dieu de Géro: statue polychrome de la fin du 10ème;
à droite, le dieu d'Aribert : peinture du début du 11ème.

Reproduction du Codex AUREUS
d'Echternach, fin du 11ème.

L'image est particulièrement éloquente. Aucune goutte de sang ne jaillit
ni des mains, ni des pieds, ni des côtés malgré les coups de lance.
La terre git sous la croix du dieu chrétien, complètement aride, et pleure;
accompagnée dans son désespoir par le Soleil et la Lune
qui cachent leurs visages et leurs larmes.
Le crucifix était né.
Le Constantin de l'église St Hilaire à Melle ( Deux-Sèvres ).
Alors que l'architecture romane allait laisser place au gothique,
les "fidèles"de nombreuses paroisses, en France tout au moins,
avaient rapporté de leurs pélerinages à Rome une image de Constantin
qui avait été hypostasié en "Empereur céleste"
par le 4ème Concile oecuménique de Constantinople (869/870 ).
Ils le représentèrent sur son cheval au dessus du porche
par où ils pénétraient dans leur église, en signe de domination suprême;
il était leur Seigneur et Sauveur.
L'An Mil, à vrai dire, ouvrit un siècle de très profondes transformations dans la Société occidentale
et dans l'Eglise, qui perdit définitivement son unité
du fait du schisme d'Orient en 1054, juste après la mort du pape Léon IX,
à son retour de captivité chez les Normands.
L'Eglise devenait véritablement "romaine";
la "catholicité" se réduisait à l'Europe occidentale;
elle n'exprimait plus qu'une "prétentieuse" vanité.
Cette vanité atteignit un sommet insurpassable avec le règne de Grégoire VII, un moine clunisien,
qui déclara son pouvoir supérieur à celui des rois et empereurs
et suscita la querelle des Investitures ( 1075/1077 ) illustrée par l'épisode de Canossa,
château de la princesse Mathilde,
où l'Empereur Henri IV attendit trois jours avant d'être reçu par le pape qui l'avait excommunié;
cette querelle devait provoquer un véritable schisme pontifical.
Finalement, en 1084, l'Empereur obligea Grégoire à s'enfermer dans le château St Ange de Rome;
Grégoire fut délivré par son allié, le Normand Robert Guiscard, dont la troupe pilla la Ville,
provoquant une révolte des habitants, dont plusieurs milliers furent massacrés.
Le pape s'en alla mourir à Salerne, en 1085.
On doit à Grégoire VII la réforme dite "grégorienne" instituant une véritable théocratie,
reposant sur l'affirmation de la souveraineté prééminente du pape sur l'Eglise;
tout procède de lui, à qui il appartient de définir les vérités à croire;
le pape détient ainsi à lui seul la souveraineté sur le monde.
Cette infaillibilité deviendra un dogme affirmé par le Concile du Vatican en 1870
pour compenser la perte définitive des Etats pontificaux, absorbés dans le Royaume d'Italie.
Le programme de Grégoire VII fut repris par un autre moine clunisien, Eudes de Chatillon,
nommé pape en Mars 1088 sous le nom d'Urbain II,
dont les premières années de règne furent rendues difficiles du fait de la présence à Rome
d'un anti-pape, Clément III, très écouté.
Urbain II ne put s'installer dans la Ville qu'en 1093 et acheta le Latran en 1094.
Il confirma expressément la " Trève de dieu "mouvement de paix contemporain
et s'ingénia à restaurer l'unité de l'Eglise,
dont les frontières extérieures, face à la poussée de l'islam, constituaient des valeurs concrètes
qu'il fallait préserver; ce fut l'origine de sa croisade.
Urbain II au Concile de Clermont, en 1095,
où il prêcha la première croisade.

Pierre d'Amiens dit Pierre l'Ermite prêcha une croisade suivie par une foule de pauvres gens
mélangés à des soldats de métier et quelques nobles de haut rang.
Cette foule se mit en route au début de 1096 pour la Palestine, et assassina des Juifs,
dans les hautes vallées du Rhin et du Danube, pour les dépouiller de leurs biens,
prétextant qu'ils refusaient de se convertir au christianisme;
ces crimes n'avaient aucune autre justification que le déroulement de la "guerre sainte",
conduisant inévitablement au banditisme le plus ignoble.

Départ des Barons, de Rome et Ostie, pour la croisade, le 15 Août 1096
On a beaucoup disserté sur les raisons qui amenèrent Urbain II à vouloir cette opération de "récupération" du "Saint Sépulcre" à Jérusalem. Dès la cessation de la "grande faim " de 1033, l'Occident avait connu une période d'expansion technologique, économique, démographique puissante, qui ne manqua pas de produire de vigoureuses armées,
telles celles engagées en Espagne contre les Musulmans, dans la "reconquista".
Urbain II, malgré la décision de 1054, avait renoué des liens avec Constantinople
dont l'Empereur, perpétuellement menacé par les Turcs seldjoukides, appelait à l'aide.
Enfin, le souvenir des famines passées persistait trop vivement pour ne pas obséder les imaginations et conduire les "fidèles" à mettre en doute non pas les vertus attribuées à la croix, mais la qualité d'origine des "reliques" ramenées de Jérusalem;
les "Infidèles", pensait-on, n'hésitaient pas à tromper les pélerins chrétiens sur la nature
des bois catalogués de "reliques" , et gardaient pour leur seul bénéfice
la véritable croix du Sauveur, en leurs mains depuis déjà quatre siècles,
durant lesquels ces "grandes faims" s'étaient développées en Occident.
La guerre contre ces "Infidèles" s'avérait nécessaire pour assurer à la chrétienté
une ère perpétuelle de fécondité gagée sur la possession définitive du "Saint Sépulcre"
où se trouvait, disait-on, la seule croix salvatrice.
Finalement, la croisade s'était ébranlée au cri répété de << Dieu le veut ! >>
et se manifestait comme une pure expression de la théocratie pontificale.
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Quelques expressions de la Théocratie pontificale.

La théocratie pontificale est née, s'est nourrie, s'esr développée, s'est imposée
à partir d'un illettrisme très majoritairement répandu dans toutes les classes sociales.
Depuis 555, création du premier scriptorium dans le Vivarium de Cassiodore,
jusqu'au 13ème siècle, où furent instituées les premières Universités,
pendant 7 siècles, la culture:instruction littéraire,lecture, écriture, mathématiques, fut strictement réservée au clergé et plus particulièrement aux moines , qui l'utilisèrent à la défense de leurs intérets.
Cette situation culturelle était conditionnée par les principaux facteurs suivants:
- l'autorité de l'écrit; elle résultait de la rareté des livres du fait de l'écriture manuelle , illustrée ou non;écrire, recopier un ouvrage était un travail long, salissant, fatiguant,
demandant parfois plus d'une année.



Le scribe écrivait avec trois doigts, mais c'était tout son corps qui travaillait

De surcroit, l'activité littéraire s'exerçait dans le champ étroit, mais exclusif,
de la Bible:
d'une part, l'Ancien Testament, reconstitué depuis les années 310 sous Constantin
par de nouvelles Veteres Latinae, que Jérôme revisasans se préoccuper de l'originale Septante, à Alexandrie;
d'autre part, le Nouveau Testament, dont les premières livraisons apparurent au plus tôt
à la fin du 4ème siècle.
Il s'agissait non seulement des traductions, interprétations, commentaires et autres ouvrages des Pères et assimilés:Ambroise, Jérôme, Augustin, Grégoire, Boèce, Cassiodore, Isidore...etc
mais aussi des commentaires de ces commentaires, de l'invention des sens à donner à l'Ecriture....etc
La découverte de l'aristotélisme interviendra à partir du 10ème siècle
à travers les oeuvres de quelques écrivains arabes.
La redécouverte généralisée de l'Antiquité gréco-romaine attendra la Renaissance.

- les erreurs inhérentes à la copie manuelle; les scribes "lettrés"n'avaient à leur disposition ni magnétophones, nni machines à photocopier, et leur travaux contenaient inévitablement des fautes, des erreurs, des contre-sens, volontaires ou non.Les fautes involontaires avaient pour causes diverses leurs conditions de travail, le mauvais éclairage des scriptoria, les défectuosités de la vue qui ne pouvaient être alors corrigées,
les migraines ophtalmiques sources occasionnelles de visions,
le froid des pièces de travail à l'origine de déformations des doigts...etc.
Les fautes volontaires étaient une conséquence de la lenteur de la copie;
les scribes, revenant plusieurs fois sur les mêmes phrases, avaient le temps de juger l'orthodoxie
de ce qu'ils copiaient, à la mesure de ce qu'on leur avait enseigné; leur sens critique n'était pas aiguisé;
ils ne pouvaient estimer la relativité des opinions à copier, et modifiaient éventuellement les passages
qu'ils pensaient erronés. En outre, en dehors des interventions des copistes, les manuscrits subissaient
des altérations matérielles parfois importantes du fait de leur localisation et de leur environnement : taches, brûlures, rognures, déchirures par frottement ...etc.
Pratiquement, aucun texte "chrétien", de l'Antiquité tardive et (ou) du Moyen Âge,
jusqu'à l'invention de l'imprimerie mécanique par Gütenberg,
n'a pu conserver fidèlement ni la forme ni le fond de son contenu d'origine.
Les textes parvenus jusqu'à nous, quelqu'ils soient, sont des textes attribués
à des personnages respectés, ayant autorité; supposés être leurs;
en fait, ce sont des oeuvres écrites par des scribes anonymes
reflétant les croyances et les conditions de vie de leurs époques respectives.

- le changement de type d'écriture; c'est à la fin du 8ème siècle que fut inventée
la minuscule caroline au monastère de Corbie; elle se répandit progressivement dans tout l'Occident,
du 9ème au 12ème siècle, en donnant naissance à des types d'écriture dérivés, comme la bénéventine.
Les scribes apprirent ainsi à écrire plus vite, à augmenter leur production.
En contrepartie, les manuscrits anciens écrits en onciale ou semi-onciale devinrent, progressivement, illisibles; sauf à une minorité de moines spécialistes en écritures, qui utilisèrent la masse de manuscrits
mis au rebut pour créer des palimpsestes et de faux documents, afin de protéger, par exemple,
les biens fonciersde leurs communautés des appétits jamais apaisés des évêques nommés par les rois,
ou des Seigneurs féodaux avides d'agrandir leurs domaines.
Ces moines firent de leur écriture une arme efficace contre les épées et les lances de la soldatesque;
on "découvrit" de fausses donations de rois à des couvents,
telle celle supposée de Dagobert à St Denis;
à l'image de la fausse donation de Constantin à Silvestre1er.
Les nécessités du présent commandaient la création d'un passé utile et justificatif
qui deviendra , pour les générations futures, une histoire inventée.

- l'émiettement culturel; le mouvement de paix de la "trève de dieu" ne fut qu'un palliatif qui n'empêcha les invasions ni des Vikings ni d'autres Hongrois...etc; encore moins les incessantes guérillas des féodaux;
si bien que les relations de couvents à couvents devinrent difficiles, sinon périlleuses.
Les échanges de manuscrits se raréfièrent, et chaque communauté cénobitique travailla à partir
d'une bibliothèque pratiquement inchangée durant un long temps.
Il en résulta que chaque communauté disposa d'exemplaires d'ouvrages connus d'elle seule.