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Troisième partie
: Contre-Réforme et Temps modernes

Crucifixion
peinte par Grünewald, vers 1515;
partie centrale du polyptique d'Issenheim-Colmar;
cette réalisation iconique est hyperréaliste.
Le 16ème siècle
fut, pour l'Europe centrale et occidentale, plus
calamiteux encore
que les siècles précédents,
bien qu'ayant permis la Renaissance intellectuelle.
L'idée de la mort du Sauveur des chrétiens,
à la suite de sa Passion,
était non seulement acceptée unanimement
et représentée dans les églises,
mais professée par nombre d'Humanistes
qui, à l'exemple de Rabelais dans son "Quart
Livre" assimilaient totalement Christ
et Pan, dont Plutarque avait déjà
annoncé la mort au 2ème siècle:
".... car à
bon droit ( Christ) il peut être dit Pan,
vu qu'il est notre Tout, tout ce que nous sommes,
tout ce que nous vivons, tout ce que nous avons,
tout ce que nous espérons est lui, en
lui, de lui, par lui. C'est le bon Pan, le grand
pasteur ..........
car ce très bon, très grand Pan,
notre unique Sauveur, mourut en Jérusalem,
Tibère César régnant à
Rome......"(
Le Quart Livre - XXVIII )
Toutefois, à l'époque
même où Grünewald peignit son
illustre polyptique, d'autres auteurs, dans d'autres
régions, à l'écart, peut-être,
des chemins des épidémies diverses
ou cataclysmes affolants, créèrent
des oeuvres inattendues
ressuscitant le passé antique.
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Le vitrail de la cathédrale
d'Auch, à gauche, par Arnaud de Moles ,
date des années 1513 /1515 ;
il est contemporain du polyptique d'Issenheim
de M.Grünewald , mais s'en distingue complètement
par une composition réaffirmant , malgré
les catastrophes de ces temps-là , la nécessité
d'une religion du Salut . Le Christ en croix n'est
pas une victime pantelante , torturée atrocement
, mais le dieu traditionnel qui assure à
la terre sa fertilité , et aux humains
les quantités de pain et de vin dont ils
ont besoin pour être en bonne santé
, pour se dire "sauvés".
La présence , en haut du vitrail , d' un
Soleil ardent et d'une Lune en croissance conferre
à la représentation un aspect agréable
et rassurant pour des populations en très
grande majorité villageoises , tirant leurs
ressources des travaux agricoles . Cette figuration
restera la plus fréquente durant les 17ème
et 18ème siècles , où les
églises , dans les campagnes, par exemple
dans le Doubs , offriront à voir à
leurs visiteurs des peintures murales formées
de rinceaux multicolores, de volutes de fleurs,
de rameaux feuillus ou portant des fruits, de
vignes aux raisins gonflés dont le jus
sera assimilé au sang de la terre. La religion
demeure, malgré tout, le culte de la Fécondité,
par nécessité économique.
Le changement s'opèrera avec l'avènement
de la Révolution Française, de 1789.
Fleurance, dans le département du Gers,
possède une église fortifiée
des 14ème/15èmess.
Le vitrail, à droite, est de Arnaud de
Moles, comme ceux de la cathédrale d'Auch,
et date des débuts du 16ème siècle
( 1513 ? ).
Le Christ en croix a la même signification
de dieu de la Fertilité, soulignée
par la présence du soleil et de la lune
sous la barre de la croix.
L'ensevelissement du dieu, en bas du vitrail,
est présenté pour manifester la
gloire de sa résurrection
annonçant, en haut du vitrail, le Printemps,
le renouveau de la Nature .
C'est une magnifique illustration " christianisée"
de l'Antique culte de Cybèle
et de la "Passion" annuelle de son parèdre
Attis.
Cette
illustration annonçait la Renaissance.
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Martin Luther
( 1483 / 1546 )
Luther, moine augustin et docteur en théologie,
afficha ses 95 Thèses
sur la porte de l'église du château
de Wittenberg, le 31 Octobre 1517,
juste un siècle après l'élection
de MartinV par le Concile de Constance,
et la fin du Grand Schisme d'Occident ( 1378 /
1417 ).
Ce fut l'acte créateur de la Réforme,
amplifié par son Manifeste de 1520.
En fait, plusieurs événements
précurseurs s'étaient produits
à la fin du 15ème siècle.
- d'une part, l'invention de l'imprimerie mécanique
intervint comme une libération
du joug de l'Eglise; la parution des "livres
sacrés" en langues vernaculaires
provoqua
la censure ecclésiastique dans la ville
de Cologne en 1475, Mayence en 1486,
Venise en 1491; le pape Borgia institua l'Imprimatur,
c'est à dire une censure préalable
par la Constitution " Inter multiplices",
du 1er Juin 1501.
Ces mesures furent confirmées et étendués
par le Concile de LatranV ( 1512 / 1517 )
à tous les textes imprimés, sous
l'autorité du pape, des évêques,
et des inquisiteurs
par la bulle " Inter sollicitudines "
du 4 Mai 1515.
- d'autre part, la nécessité
d'une réforme de la papauté était
devenue de plus en plus évidente
avec les règnes, scandaleux à
des titres divers, d'AlexandreVI, JulesII, et
LéonX Médicis. L'institution,
en 1506, d'une indulgence accordée à
tous ceux qui contribueraient
à la construction de la nouvelle basilique
StPierre, provoqua d'acerbes récriminations.
L'indulgence octroyée par LéonX,
en 1515, pour permettre à l'archevêque
de Mayence
de s'acquitter, aux frais des "fidèles",
envers le fisc romain obéré par
cette réalisation,
suscita les violentes réactions de plusieurs
théologiens.
Luther, dans ses "Thèses",
mit en cause le principe même de l'indulgence.
- en outre, concernant la France " Fille
aînée de l'Eglise ",
la Pragmatique sanction de Bourges, prise par
CharlesVII le 7 Juillet 1438,
dénonçait déjà les
abus de la papauté, restreignait les
effets de l'excommunication...etc.;
elle resta en vigueur jusqu'en 1516.
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AlexandreVI Borgia
( 1492 / 1503 ) - Le bûcher de Savonarole
à Florence ( 1498 )
Savonarole, un dominicain, fut un précurseur
de la Réforme, par ses attaques
virulentes contre le pape AlexandesVI Borgia;
il fut excommunié en 1497
et pendu, avant d'être brûlé,
en 1498.
Le pape Borgia
fut en 1493 l'auteur des Bulles dites alexandrines
concernant les découvertes de Christophe
Colomb,
à l'origine de l'immense travail d'évangélisation
du continent américain.
Le supplice de
Savonarole préfigurait les atrocités
sanglantes
du 16ème siècle.
En Allemamgne, dans le siècle
passé, l'autorité pontificale avait
perdu, peu à peu,
toute consistance, si bien que l'acte de révolte
de Luther entraîna immédiatement
un mouvement de même nature, qui, de religieux,
devint politico-militaire
au point que, dix ans seulement après l'affichage
des "Thèses" à Wittenberg,
des troupes de mercenaires luthériens,
des lansquenets, engagés dans les armées
impériales
de Charles Quint, sous le commandement du connétable
de Bourbon,
envahirent Rome le 5 Mai et saccagèrent
la Ville jusqu'au début 1528
par un rançonnement atroce, et systématique:
les maisons furent détruites, les églises
pillées, les documents ecclésiastiques
anéantis.
De surcroit, la malaria sévit dans l'Urbs
pendant l'été.

Les lansquenets luthériens
dévastèrent Rome de Mai 1527 à
Février 1528.
Lorsque ces troupes, réduites de
moitié par l'effet de l'épidémie,
quittèrent la Ville,
on n'entendait plus de cloches, aucune église
n'était ouverte, on ne disait plus de messe....
Le sac marqua une profonde rupture, qui rendit
nécessaire la Réforme catholique
et le Concile oecuménique de Trente.
La Curie se préoccupa de la restauration
de Rome et de l'Eglise;
avec la finition de la nouvelle Basilique St Pierre,
elle voulut réparer la profanation la plus
fortement ressentie.
La pensée
de Luther s'exprima dans ses trois grands écrits
réformateurs de 1520,
par lesquels il s'opposait ouvertement à
Rome " la rouge prostituée de Babylone";
il dénonçait en particulier l'exclusivité
d'interpréter la Bible réservée
au magistère ecclésiastique ;
il attaquait les sacrements, dont il ne gardait
que le baptême et l'eucharistie, et demandait,
avec la réforme des organes de l'Eglise,
l'abolition du célibat des prêtres
et des voeux monastiques;
condamné par diverses Universités
et par la bulle de LéonX Médicis"Exsurge
Domine"de Juin1520 bulle qu'il brûla
sur la place de Wittenberg, Luther fut excommunié
le 3 Janvier 1521.
Mis au ban de l'Empire de Charles Quint, il trouva
refuge auprès de l'Electeur de Saxe
et resta à la Wartburg jusqu'au 1 Mars
1522, puis rentra à Wittenberg pour organiser
son Eglise.
Dès 1523, il évolua vers un système
d'Eglise d'Etat et prit ouvertement le parti des
Princes à propos de la guerre des Paysans
en 1525, dans son pamphlet "Contre les hordes
homicides et pillardes des paysans".
La guerre des paysans allemands en 1525;
révolte de la misère conduite par
Thomas Münzer, moine augustin défroqué,
brouillé avec Luther.
Le luthéranisme
noua, dès 1525, des liens étroits
avec les princes allemands, si bien que
l'histoire de son développement, au 16ème
siècle, s'est confondu avec l'histoire
politique
de l'Allemagne. La Réforme, en effet, aboutissait
notamment à une sécularisation des
biens
des Ordres monastiques et permettait aux princes
d'agrandir aisément leurs domaines.
Les deux diètes de Spire ( 1526 / 1529
) entérinèrent l'état de
fait;
la conjoncture internationale conduisit Charles
Quint à renoncer à combattre le
luthéranisme;
il signa la paix de Nuremberg en 1532, puis celle
d'Augsbourg en 1555
qui consommait l'émiettement religieux
de l'Allemagne:
le Nord et le Centre constituant des régions
luthériennes à peu près homogènes,
le Sud et la Bavière restant catholiques,
sauf de petits îlots luthériens.
Du vivant de Luther, la Réforme se répandit
aussi au Danemark, en Suède et en Norvège.
L'autorité pontificale continua à
se déchiqueter du fait de l'excommunication
par le pape ClémentVII Médicis ,
le 23 Mars 1534, du roi HenriVIII d'Angleterre
qui n'avait pu obtenir de la Cour de Rome l'annulation
de son mariage avec Catherine d'Aragon;
le roi publia en Novembre 1534 l'Acte de Suprématie
qui lui conferrait le titre de chef unique
et suprême de l'Eglise d'Angleterre , et
concentrait entre ses mains tout le pouvoir ecclésiastique
;
ce texte, accepté par l'ensemble du clergé,
provoqua la résistance de deux "martyrs
", en 1535:
John Fisher et Thomas More, ami d'Erasme.
La suppression et la spoliation des monastères
fut menée avec une extrême vigueur.
Après l'intermède sanglant de Marie
Tudor " la catholique", Elisabeth1ère
consolida
l'établissement de l'anglicanisme.
Le dépeçage du pouvoir du pape à
Rome se poursuivit avec l'avènement du
calvinisme à Genève.
Jean Calvin, ou Cauvin, naquit à Noyon,
dans la Somme, en 1509; il fit de sérieuses
études universitaires et publia son premier
livre en 1532; il se convertit au luthéranisme
en 1533
et fut obligé de quitter la France pour
se réfugier d'abord à Bâle,
où il écrivit, en latin, en 1536,
son "Institution de la religion chrétienne"
;
en Juillet 1536, il se fixa à Genève,
où la Réforme venait d'être
adoptée;
il enseigna la théologie, et, en tant que
pasteur, imposa une sévère discipline
morale aux Genevois.
Banni de la ville en Avril 1538, Calvin se retira
à Strasbourg mais fut rappelé en
Septembre 1541.
Dès lors, Calvin décida de faire
de Genève une ville exemplaire,
un modèle de la nouvelle manière
de croire et de vivre; il fit de l'Etat le soutien
fidèle de l'Eglise.
Il s'ensuivit une surveillance étroite
des citoyens; les infractions morales furent assimilées
à des crimes et punies comme tels. Finalement,
il envoya des missionnaires
dans les principaux pays d'Europe, et, à
sa mort, à Genève, le 27 Mai 1564,
le calvinisme était déjà
plus répandu que le luthéranisme.
Pour Calvin, l'homme était corrompu absolument,
et son sort était le fruit d'une prédestination
absolue; la réussite matérielle,
industrielle ou commerciale, apparaîssait
comme le signe
de sa justification. Calvin fut en quelque sorte
le père spirituel du capitalisme;
la méditation de "l'Ecriture"
conduisait, finalement, à l'adoration de
l'Argent.
Il manifesta les talents et qualités d'un
grand écrivain de langue française
mais, en définitive, il laissa l'image
d'un individu perdu par sa volonté de puissance
qui le mena , tel un inquisiteur ordinaire,
à faire périr sur un bûcher,
en 1553, Michel Servet
.
Michel Servet.
Médecin et théologien espagnol,
auteur de pensées non-catholiques,
fuyant l'Inquisition de France,il vint se
réfugier à Genève,
où Calvin le fit arrêter et condamner
au bûcher, en 1553.
La réaction des puissances
catholiques, en Europe occidentale, fut rapide
et empreinte de cet amour évangélique,
dont les flammes embrasèrent les bûchers
dans lesquels rôtirent, tout vifs ou après
étranglement, des "hérétiques"
en nombre indéterminé.
En France, cette répression "charitable"
se manifesta dès 1529 par l'exécution
d'un Conseiller du roi, le Chevalier Louis de
Berquin.
Puis, vint la désastreuse Affaire des placards
en 1534:
des tracts, imprimés à Neufchâtel,
en Suisse, furent introduits clandestinement en
France
et affichés, durant la nuit du 18 Octobre,
dans plusieurs villes dont Paris et Amboise
où séjournait François1er.
Ces tracts, intitulés " Articles véritables
sur les horribles abus de la messe royale"
provoquèrent la colère du roi qui
les jugea blasphématoires et attentatoires
à son autorité;
il décréta des cérémonies
religieuses de réparation et condamna au
supplice leurs auteurs
supposés ou réels; ceux-ci étant
en Suisse, on arrêta un nombre indéterminé
de "supposés"
que l'on supplicia et fit périr sur des
bûchers dressés dans plusieurs villes;
cette sauvagerie toute "chrétienne"
fut une des causes lointaines de la guerre civile
qui, sous le nom de "guerres de religion",
ravagea la France de 1562 à 1598.
Dans l'immédiat, une des conséquences
de la sauvage Affaire des placards
fut l'organisation par Calvin, en 1538 à
Strasbourg , de la première Eglise réformée
de France.
Certes, par son édit du 10 Août 1539
de Villers-Cotterêts, le roi imposa l' usage
du français
comme langue officielle dans tout le royaume et
supprima l'emploi du latin;
toutefois, son règne s'acheva, en 1547,
après l'horrible massacre des Vaudois,
en 1545,
et le supplice d'Etienne Dolet en 1546, dont on
disait qu'il était un frère naturel
du roi.
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Le Concile oecuménique
de Trente ( 1545/1563 )
s'est tenu
sous quatre papes en 25 sessions
séparées par de longues interruptions,
en l'absence de tout dialogue avec les protestants.
Les réunions déterminèrent
trois époques:
1545/47, 1551/52, 1562/63.
Le Concile oecuménique
deTrente concrétisa les réactions
doctrinales de l'Eglise romaine
à l'encontre de la Réforme protestante,et
face à l'évolution des Sociétés
suscitée notamment par l'invention de l'imprimerie.
Le Concile devait manifester fortement son autorité
pour réaffirmer la primauté contestée
de l'Eglise, et défendre ses intérets
d'Etat menacés.
La première période fut essentiellement
consacrée à la définition
de la doctrine romaine
et, le Concile s'étant réuni le
13 Décembre 1545, la 3ème session
du 4 Février 1546
se préoccupa de définir avant tout
le Credo, c'est à dire le symbole de la
Foi catholique.
Si on le compare au texte du Credo de Nicée,
dans la version en notre possession,
on note les adjonctions suivantes:
"Le Fils
est le Créateur; il s'est fait homme
ayant pris chair de la Vierge Marie par l'intervention
de l'Esprit Saint; il a été crucifié
pour nous
sous Ponce Pilate; il ressuscita le troisième
jour conformément aux Ecritures; l'Esprit
Saint procède du Père et du Fils;
l'Eglise est une, sainte, catholique et apostolique;
il existe un seul baptême pour le pardon
des péchés;
le chrétien attend la résurrection
des morts et la vie du monde à venir."
La 4ème session de 8
Avril 1546 prit deux décrets relatifs aux
Livres saints, car il y avait urgence
à légiférer tant étaient
nombreuses les éditions de la Bible, dans
tous les principaux pays de l'Europe,
soit Bible polyglotte comme la Biblia complutensis
éditée en Espagne par le Cardinal
Cisneros
soit Bibles en langues vernaculaires en haut-allemand
ou en bas-allemand,
en italien, français, anglais ...etc.
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Exemples: A
gauche, La bible de Luther, de 1534, qui eut une
très grande influence littéraire
en permettant
l'unification des divers dialectes allemands;
à droite, la bible en italien vernaculaire
de Brucioli, éditée à Venise
en 1538.
Le premier décret
a eu pour objet de préciser que "la
vérité" et la "règle"
sont contenues
à la fois dans les livres écrits
et dans les traditions non écrites :
<< qui , reçues par les apôtres
de la bouche du Christ lui-même ou transmises
comme
de main en main par les apôtres sous la
dictée de l'Esprit Saint , sont parvenues
jusqu'à nous >>
C'était la réplique à la
prétention protestante " hérétique"
de la sola scriptura.
Le "saint" Concile
vénère aussi bien les traditions
concernant les moeurs et la foi
<<.... comme ou bien venant de la bouche
du Christ ou bien dictées par l'Esprit
Saint
et conservées dans l'Eglise catholique
par une succession continue....etc>>
Suit
la liste des livres de l'Ancien et du Nouveau
Testament, livres " sacrés et canoniques
"
dans leur totalité " tels qu'on les
trouve dans la vieille édition de la Vulgate
latine "
Sont ainsi reléguées dans l'inauthenticité
toutes les autres bibles;
Ce que s'empresse de confirmer le deuxième
décret, à propos des éditions
latines des Livres saints:
Aussi "
le saint Concile" :<< ... statue-t-il
et déclare-t-il que la vieille édition
de la Vulgate,
approuvée dans l'Eglise même par
le long usage de tant de siècles, doit
être tenue pour authentique
..... et que personne n'ait l'audace ou la présomption
de la rejeter sous quelque prétexte que
ce soit..>>
Dieu est l'auteur
unique de l'Ancien et du Nouveau Testament.
C'est pourquoi, comme le pape, unique représentant
sur terre de Christ, est le seul à comprendre
la "langue divine", il est le seul,
lui ou ses délégués, à
pouvoir les interpréter convenablement;
personne ne doit en s'appuyant sur son seul jugement
oser interpréter l'Ecriture sainte.
Il n'est permis à personne d'imprimer ou
de faire imprimer tout livre traitant des choses
sacrées
sans que ces ouvrages n'aient été
auparavant examinés et approuvés
par l'Eglise.
Le Concile décrète
que désormais la Sainte Ecriture, particulièrement
l'ancienne Vulgate,
sera imprimée le plus correctement possible.

La Vulgate dite Sixto-Clémentine
fut éditée en 1592
en application du Décret du Concile de
Trente
après un premier essai avorté, en
1590,
du pape Sixte-Quint.
:<<....
dans ces volumes, l'impression de la scriptura
sola renvoie discrètement
à un intense travail de rédaction
d'un texte artificiel
désigné par l'autorité ecclésiastique
comme texte de référence ...>>
( cf. B. Roussel "
Le temps des Réformes et la Bible"-page
129 - BTT n°5, chez Beauchesne)
Le Concile
consacra les sessions suivantes à définir
ou préciser par de très nombreux
décrets
et "canons" les doctrines relatives
au "péché originel", aux
sacrements, à la messe, à l'eucharistie,
la transsubstantiation, la mort de Christ, l'Index,
les réformes des organes de l'Etat...etc.
Il dut à deux reprises accorder des sauf-conduits
à des protestants à la demande de
Charles-Quint,
mais, en fait, aucun dialogue ne s'établit
avec ces "hérétiques"
.
Tout se passa comme si l'Eglise romaine, constatant
l'émiettement de son pouvoir,
et jugeant inutile de chercher à ramener
à elle, pacifiquement, les brebis égarées,
élevait autour d'elle les remparts de doctrines
inacceptables pour ces dissidents
et confiait aux Princes restant ses alliés
le soin de régler par les armes les conflits
ouverts.
En France, la première guerre de religion
éclata le 1er Mars 1562, à l'initiative
du duc de Guise,
par le massacre de dizaines de protestants célébrant
leur culte, à Wassy.
C'est pourquoi, dans sa 25ème session des
3/4 Décembre 1563, le Concile avertit
l'Empereur, les rois, les Etats, les princes et
autres,
<< ... de respecter
ce qui relève du droit de l'Eglise en tant
qu'appartenant personnellement à Dieu
et protégé par son patronage....>>
Il lui incombait de transformer
son Sauveur en propriétaire immobilier
!!!

Guerres de religion en France ( huit de 1562 à
1598 )
Massacre de la Saint Barthélemy ( 24 Août
1572 )
Ces guerres se terminèrent le 13 Avril
1598 avec la signature, à Nantes, de l'Edit
de pacification,
par Henri IV, qui avait abjuré sa religion
protestante le 25 Juillet 1593
disant que Paris valait bien une messe.
Les
guerres de religion n'occupèrent pas tout
le temps des vingt dernières années
du siècle.
Le pape Grégoire XIII, en 1582, par la
bulle "Inter gravissimas"du 24 Février
créa le calendrier grégorien qui
corrigeait le calendrier julien en lui retranchant
10 jours;
l'opération fut exécutée
dans la nuit du 4 Octobre, suivi du 15 et non
du 5 Octobre.
Le nouveau calendrier fut adopté par les
Etats européens à des dates différentes
jusqu'en 1918
par la Russie, mais l'Eglise orthodoxe russe continua
à appliquer le calendrier julien.

Application du Calendrier
Grégorien dans la nuit du 4 Octobre 1582
Grégoire
XIII confia au futur Cardinal Baronius le soin
de rédiger un nouveau Martyrologe romain
qui verra le jour en 1586, en complément
de l'editio princeps de 1548.

Le
Cardinal Baronius, historien érudit .
Le texte de son " Martyrologe romain"
demeure la version officielle, quoique révisée
en plusieurs occasions.On trouvera dans le Missel
de A.Fleury, édité en 1942,
un Calendrier liturgique reproduisant à
la date du 25 Décembre le Martyrologe romain
qui fixe la naissance du Sauveur à la 5199ème
année après la création du
monde.
L'on
voit ainsi se creuser, dès la fin du 16
ème siècle, l'abime, qui ira grandissant,
entre la foi et la raison, la doctrine romaine
et la science,
le scientisme dira Jean-PaulII.
Déjà, les découvertes de
Copernic étaient restées cachées.

Copernic ( 1473/1543
)
Astronome polonais, Copernic fut le premier à
imaginer
que la terre et les autres planètes tournaient
autour du soleil.
Il dénia tout rôle privilégié
à la terre et s'opposa à l'affirmation
ecclésiastique du géocentrisme.
Il créa une hypothèse révolutionnaire
dans l'histoire de la pensée
et du progrès scientifique.
Giordano
Bruno reprit les thèses de Copernic et
les développa
en exposant que la terre n'était pas le
centre de l' Univers ,
malgré la supposée résurrection
de Christ;
il imagina une pluralité de mondes, et
fut condamné pour hérésie
dès 1576.
Livré à l'Inquisition par son protecteur
vénitien, il refusa de se rétracter
et fut brûlé à Rome en Janvier
1600, sur le Campo dei fiori
.
Giordano Bruno
( 1548 / 1600 );
son "martyre" clot la Renaissance.
Ainsi,
le 17ème siècle commença
dans la lueur des flammes d'un brasier allumé,
encore une fois,
par la "charité chrétienne".
fruit de la théocratie romaine,
si peu assurée, en définitive, de
la justesse de sa doctrine qu'elle interdit à
ses "fidèles"
de penser par eux-mêmes, les transformant
en "enfants" soumis perpétuellement
à ses dictats
en matière de foi et de moeurs.

Galileo Galilei dit Galilée
( 1564 / 1642 )
--------------
A gauche, le dôme
de la cathédrale de Pise où Galilée
eut, à l'âge de 19 ans,
son intuition de la rotation de la terre en
voyant tourner la lanterne;
à droite, la lunette- télescope
qu'il inventa en 1609, avec laquelle il put
observer
les satellites de Jupiter, l'anneau de Saturne,
la rotation du Soleil autour de son axe,
et les phases de Vénus, découvertes
qu'il décrivit dans "Le Messager
céleste".
Il certifia l'exactitude des idées
de Copernic:
<< .....E pure, si muove...... pourtant,
elle tourne....>>
La publication en italien de son " Dialogue
sur les deux principaux systèmes du monde"
lui valut d'être poursuivi à Rome
par l'Inquisition , en 1632/1633;
contrairement à G. Bruno, il abjura
et vécut en résidence surveillée
près de Florence.
Ce procès
témoigne pour toujours de l'absurdité
de la "foi romaine"
fondée sur un livre "divin"
parlant de l'immobilité de la terre.
En
Angleterre, en 1603, le roi d'Ecosse, Jacques
VI, fils de Marie-Stuart,
succéda à Elisabeth 1ère
et devint aussi le roi des Anglais Jacques 1er.
Ce fut un brillant théoricien de "
la royauté d'origine divine";
il fut l'initiateur de la Vulgate protestante,
la bible de Jacques 1er,
que les 51" Pères pélerins"
puritains emportèrent avec eux sur le
May Flower.
Le May Flower se lança dans la traversée
de l'Atlantique le 16 Septembre 1620;
les "Pères pélerins"
débarquèrent le 9 Novembre au
Cap Cod, sur le continent américain,
et créèrent la colonie de Plymouth
le 21 Décembre.
Décidant de rendre grâces à
dieu,
chaque dernier jeudi de Novembre,
pour la survie de leur installation,
ils furent ainsi les initiateurs du Thanksgiving
day.
La colonisation de l'Amérique du Nord
commença par la création du Massachusetts,
véritable Etat puritain; la vie austère
et le souci torturant de la pureté
n'éloignèrent
pas ces colons puritains de la recherche du
gain ,
puisque la réussite matérielle
était, à leurs yeux, la marque
de leur justification.
En France, le 17ème
siècle raviva la querelle du gallicanisme.
Historiquement, les Carolingiens furent, au
8ème siècle, les créateurs
puis les protecteurs effectifs des Etats pontificaux,
prenant pour véridiques les "faux"
fabriqués pour le compte de l'évêque
de Rome.
Charlemagne, Philippe-Auguste, et surtout Philipe
le Bel revendiquèrent
une entière autorité sur les affaires
ecclésiastiques ( nominations, fiscalité
).
Les légistes français s'opposèrent
continuellement à la doctrine théocratique
papale;
en 1302, Jean de Paris, dans son "Traité
du pouvoir royal et du pouvoir papal"
démontra que le roi tenait son pouvoir
directement de dieu
et non par l'intermédiaire du pontife
romain. Les " libertés gallicanes
"
furent,
le 7 Juillet 1438, à l'origine de la
Pragmatique Sanction de Bourges
prise par Charles VII. Le gallicanisme, en tant
que doctrine
restreignant l'autorité pontificale dans
le domaine du temporel,
trouva ses tenants principaux au Parlement et
à la Sorbonne.
Après le Concile de Trente, Pierre Pithou,en
1594,
dans son traité "Les libertés
de l'Eglise gallicane"
s'employa à démontrer que les
décisions tant des papes que du Concile
devaient recevoir l'agrément du roi préalablement
à leur application .
Richelieu émit même la prétention
d'ériger la France en un patriarcat indépendant,
sans pouvoir la faire aboutir, préoccupé
essentiellement d'empêcher le parti protestant
de créer un Etat dans l'Etat en profitant
de l'anarchie engendrée par la mort d'Henri
IV.
Le siège de La Rochelle se termina victorieusement
le 29 Octobre 1628
et permit la signature de la paix d'Alès
le 28 Juin 1629
qui entérina la défaite définitive
du parti politique protestant
mais garantit aux "religionnaires"
la liberté du culte et l'égalité
civile avec les catholiques. --
Le siège
de La Rochelle

Déclaration du
Clergé de France ( 19 Mars 1682 )
La crise rebondit
avec le règne de Louis XIV, qui, tenant
fermement en mains
le haut clergé français,
prit personnellement la direction du mouvement
par les édits de 1673 et 1675 sur la
régale; la régale était
le droit du roi
de prendre en garde un évêché
pendant la vacance du siège
et d'en percevoir les revenus ( régale
temporelle ),
parfois de nommer aux cures et aux dignités
ecclésiastiques ( régale spirituelle
).
La régale temporelle existait dans tout
le royaume, sauf le Midi.
Les édits de 1673 et 1675, dictés
par Colbert, eurent pour effet
d'étendre à ces évêchés
du Midi les deux régales.
Le pape blâma la décision de Louis
XIV; ce dernier réunit une Assemblée
du clergé en 1682,
qui adopta une Déclaration, sorte de
charte du gallicanisme, en quatre articles:
- le pape ne disposait que d'une autorité
spirituelle
- le Concile général était
supérieur au pape
- les anciennes libertés de l'Eglise
gallicane étaient inviolables
- le pape n'était infaillible qu'avec
le consentement de l'Eglise universelle.
Cette Déclaration, préparée
par Bossuet (1627/1704), fut entérinée
par le Parlement
et souleva l'hostilité de Rome ; les
papes refusèrent l'investiture canonique
aux nouveaux évêques désignés
conformément à la Déclaration;
trente cinq évêchés français
se trouvèrent sans titulaires.
Le roi jugea bon, en 1693, d'en revenir au "statu
quo ante".
Toutefois, le Parlement ne l'entendit pas ainsi
et considéra la Déclaration en
vigueur, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
La Constitution civile du clergé, en
1790, perpétuera l'essentiel du gallicanisme.
L'Empereur Napoléon1er ajouta au Concordat
de 1801 des dispositions gallicanes
et les professeurs de séminaires durent
souscrire la Déclaration de 1682.
La doctrine fut, après adaptation, professée
dans les pays germaniques
sous la forme du joséphisme et du fébronianisme.
Le
mouvement religieux connut, en France, deux
autres dissenssions notoires :
- le Jansénisme; Jansénius( 1585/1638),
théologien néerlandai, nommé
évêque d'Ypres, avait écrit
un traité, "l'Augustinus",
dans lequel il reprenait certaines des idées
attribuées traditionnellement
à Augustin, en insistant sur la nature
de l'homme déchu par suite du péché
originel,
et la prédestination absolue; dieu accorde
sa grâce à certains par pure miséricorde,
mais abandonne les
autres par pure justice.
Ces idées furent répandues principalement
par l'abbé de Saint-Cyran, qui,
entré en relation avec la famille Arnauld,
convainquit les religieuses de Port-Royal à
Paris
de rechercher une vie plus rigoureuse. Le jansénisme
prit très vite l'allure d'une secte de
purs,de parfaits,
et provoqua une agitation que Richelieu voulut
faire cesser par l'emprisonnement de Saint-Cyran.
Ce dernier mourut en Octobre 1643, mais la secte
se donna un nouveau chef en la personne d'Antoine
Arnauld.
La doctrine de Jansénius avait été
condamnée par Rome dès 1642, et
, à nouveau, fut déclarée
hérétique
en 1653, alorsqu'on l'avait résumée
en cinq propositions principales.
Pour contraindre finalement la secte, on rédigea
un formulaire, en 1656, que l'on fit signer
à tous les ecclésiastiques français.Ce
formulaire déclencha une querelle qui
dura dix ans,
suite notamment à la publication des
"Lettres provinciales" de B.Pascal,
en 1656/1657.
Rien ne put faire fléchir les jansénistes
et l'ambassadeur de France à Rome poussa
le pape
à une solution de compromis; ce fut la
" paix de l'Eglise", en 1669.
Antoine Arnauld mourut en exil en 1694, et fut
remplacé par le père Quesnel.
La querelle des cinq propositions rebondit en
1701, mais Louis XIV, excédé,fit
disperser
les religieuses de Port-Royal- des-Champs, et
raser leur couvent, en 1709.
Ces persécutions aboutirent à
la création d'un jansénisme parlementaire
opposé à l'absolutisme royal,
qui contribua beaucoup à l'affaiblissement
de la monarchie.
Une église janséniste schismatique
se créa à Utrecht dès 1723,
qui subsista jusqu'à nos jours.
-----
A
gauche, Mère A.Arnauld, Abbesse de Port-Royal-des-Champs;
A droite, Madame Jeanne Guyon, propagatrice
du quiétisme.
-
Le Quiétisme; ce fut une doctrine mystique
de la fin du 17ème siècle, exposée
par Molinos( 1628/1696),
un
prêtre espagnol, théologien, fixé
à Rome en 1663. Sa " Guide spirituelle"
, en 1675, indiquait
comment l'âme, imprégnée
passivement de dieu, en repos parfait devant
lui, ne pouvait pécher
même si l'individu concerné semblait
enfreindre les commandements.
Sa doctrine , le molinosisme, fut condamnée
par le pape en 1687, après avoir conquis
Mme Guyon,
veuve, en 1676, de Jacques Guyon du Chesnoy,
une mystique expansive
fréquentant la Savoie jusqu'en 1686 avant
de s'installer à Paris.
Elle y rencontra Fénelon,homme de lettres
renommé, dont les idées politiques
déplaisaient à certains;
elle lui fit découvrir la doctrine du
"pur amour" , dit improprement "quiétisme",
en réaction contre la sécheresse
de l'ascèse janséniste.
Fénelon était un chrétien
scrupuleux pensant arriver à une union
spirituelle avec dieu
grâce aux exercices recommandés
par la doctrine de Mme Guyon;
il devint précepteur du duc de Bourgogne,
petit-fils du roi Louis XIV, jusqu'en 1694,
et donna les moyens à Mme Guyon de disposer
d' une certaine influence sur les dames de Saint-Cyr.
Ils perdirent, tous deux, les faveurs de Mme
de Maintenon en 1693 et furent en butte, dès
lors,
à l'hostilité de Bossuet,serviteur
du pouvoir, qui contesta l'orthodoxie des "
Maximes des Saints"
écrites par Fénelon en 1697, puis
condamnées par le pape en 1699. Fénelon
se soumit à l'autorité de l'Eglise,
et se retira dans son archevêché
de Cambrai, qu'il administra avec abnégation,
sans renoncer à ses convictions.
Mme Guyon, pour sa part, vit ses oeuvres littéraires
pareillement condamnées;
elle fut arrêtée et embastillée
de 1698 à 1703. Finalement, elle se retira
à Blois où elle décéda,
après y avoir dirigé un cercle
" quiétiste " formé
de catholiques et de protestants.
François
de Salignac de la Mothe Fénelon
( 1651/1715 );
archevêque de Cambrai; écrivain
de talent, membre de l'Académie française.
Il apparaît
ainsi que la pratique religieuse , à
cette époque, était chargée
réellement
d'une signification politique: le sujet "fidèle"
professait la religion de son roi.
Comme autrefois dans le culte impérial
romain, le roi de "droit divin" incarnait
la divinité dans son royaume; pratiquer
"sa religion", c'était simultanément
reconnaître son "origine sacrée"
et se soumettre à son autorité.
Aussi bien, Louis XIV, dont la psychologie était
viciée par l'exercice continuel
d'un pouvoir "absolu", héritage
de Mazarin mort en Mars 1661, laissa-t-il
son ministre Louvois ordonner des mesures de
violence
contre les protestants pour les obliger à
se convertir au catholicisme.
Dès 1681, des régiments de dragons
se répandirent principalement
dans le Poitou et le Béarn comme en pays
conquis;
ils logèrent chez les protestants, saccagèrenr
leurs maisons,
se livrèrent à toutes sortes de
sévices et vexations, aussi lontemps
que leurs hôtes
restèrent attachés à leur
"hérésie". En quelques
semaines, on compta
30.000 "conversions" dans le Poitou
et plus de 20.000 dans le Béarn.
Ces conversions forcées donnaient droit
aux compensations de la Caisse des conversions
créée en 1676, à raison
de six livres par tête.
Le roi, grisé en outre par ses succès
militaires principalement contre la Hollande,
parut persuadé qu'en France le protestantisme
avait pratiquement disparu;
l'édit de Nantes semblait devenu inutile
et fut révoqué le 18 Octobre 1685;
------- -----
Les pasteurs furent bannis, le culte interdit
et les temples détruits.
Cette décision insensée eut immédiatement
des conséquences désastreuses;
plus de 200.000 personnes s'exilèrent
en Hollande et Allemagne,
comprenant des officiers, des industriels, commerçants,
artisans, agriculteurs,
qui créèrent, dans ces terres
d'asile, des foyers hostiles à la monarchie
française.
Toutefois, il resta, dans la région des
Cévennes et du Bas-Languedoc,
des "religionnaires", trop pauvres
pour pouvoir s'exiler,
mais en nombre suffisant pour fomenter, dès
1702, une révolte populaire et paysanne
qui devint la guerre des Camisards ( 1702/1704);
les insurgés ne furent jamais plus de
2 à 3.000 hommes, dont la pugnacité
et l'ardeur à défendre leurs libertés
menacées obligea le roi
à mobiliser, vainement, contre eux une
armée de 10.000 soldats;
.
La guerre des Camisards
se termina à Nimes, en Mai 1704,
par une négociation .
Cependant, jusqu'au règne de Louis XVI,
les Autorités continuèrent
à exercer des persécutions odieuses
contre les protestants.
------ -
Le Code noir, de Mars
1685, régularisa l'esclavagisme dans
les colonies françaises.
Il révéla une autre face du pouvoir
"absolu", au nom du roi de "droit
divin",
avec l'assentiment de l'Eglise romaine pour
laquelle :
<< omnis potestas a deo >> ( Epitre
aux Romains XIII - 1 / 7 )
tout pouvoir vient de dieu, y compris celui
des esclavagistes;
l'esclave constitue le type-même du "fidèle".
La traite des Noirs s'amplifia et commanda l'aménagement
de ports français;
Douze millions de personnes, estime-t-on, ont
été déportées, fers
aux pieds,
d'Afrique vers les Amériques, jusqu'à
l'abolition de l'esclavage en 1848.
Sans doute convient-il
d'insister sur la crise de conscience qui s'insinua
en France
( puis en Europe ), sous l'influence du cartésianisme,
des progrès scientifiques,
et des réflexions suscitées par
les voyages lointains.
Il s'instaura un climat de critique des croyances
traditionnelles;
Malebranche, Bayle, Fontenelle mirent en valeur
les motifs de doute;
La Bruyère, Vauban, Fénelon critiquèrent
la monarchie absolue.
Plus précisément, des religieux
de divers ordres, véritables érudits,
publièrent des ouvrages savants qui fragilisèrent
la doctrine de l'Eglise romaine
fondée prétendument sur une "
Ecriture sainte " .
Un oratorien du nom de Richard Simon présenta
, en 1678, une
" Histoire critique du Vieux Testament"
par laquelle il stigmatisait l'anhistoricité
du Pentateuque,
attribué traditionnellement à
Moïse.
Il fut véritablement le fondateur de
la critique biblique.
Attaqué férocement par Bossuet,
il fut exclu de l'Oratoire et mis à l'Index.
Un bénédictin de la congrégation
de St Maur, Dom T. Ruinart, s'attacha à
déterminer l'importance exacte du nombre
des martyrs chrétiens, dans l'Antiquité;
ses travaux furent édités sous
le titre de "Acta primorum martyrum sincera",
en 1689;
il ne trouva que moins de 120 Actes, établis
dans tous les cas par les Autorités impériales;
même si quelques Actes concernaient plusieurs
personnes, l'on était très loin
des milliers de martyrs présentés
habituellement par l'Eglise.
La première " Depositio martyrum
Romae" aurait été écrite,par
des chrétiens,
au plus tôt, en 336, ou 354, puis remplacée
par le Martyrologe romain.
Un jésuite, J.Hardouin, auteur d'une
suite érudite de textes conciliaires,
se consacra à l'étude des Pères
de l'Eglise: Ambroise, Augustin, Grégoire
le Grand ...
et renouvela les conclusions exposées
déjà au 15ème siècle
par L.Valla:
tous les textes affirmés avoir été
écrits par les Pères sont, en
fait, attribués à eux
par convention, compte tenu de leur autorité
passée; concrètement, les conditions
de la copie manuelle ont transformé inévitablement
les textes d'origine
de telle sorte que nous ne possédons
plus que des commentaires de commentaires.
Ces conclusions étaient également
valables pour les " Livres saints "
dont l'artificialité était ainsi
démontrée.
Sans doute, faudrait-il citer aussi l'abbé
J. Meslier, curé d'Etrépigny en
1688,
dont une partie de son "Testament"
clandestin fut diffusé au siècle
suivant,
ouvrage athée et révolutionnaire
dénonçant la religion catholique
et l'Eglise romaine
en tant que fondements d' un ordre social créateur
d'inégalités;
mais ce domaine du pamphlet antichrétien
avait été ouvert au Japon, à
Nagasaki,
le 29 Septembre 1636, par un ancien Jésuite,
chef de la Mission dans ce pays,
du nom de Cristovao Ferreira, dont l'ouvrage
intitulé :
" La Supercherie dévoilée
"
constituait une critique d'une rare violence
de la doctrine romaine de l'Eglise-Etat. ------
A gauche,
le Testament du Curé J.Meslier (
exposition B.N.F. )
" Preuves de la vanité et de la
fausseté des religions ".
A droite, la Supercherie dévoilée
de Cristovao Ferreira,
présentée par J. Proust ( Librairie
portugaise ).
Cependant que l'Espagne
perdait son hégémonie en Europe
du fait du traité des Pyrénées,
le 9 Novembre 1659.
Les Pays-Bas, terre d'asile libérale
pour tous les "hérétiques",
protestants et catholiques,
devenus un des principaux centres culturels
et scientifiques,
touchaient le sommet de leur "siècle
d'or" ,
mais perdaient leur maîtrise des mers
à la suite des guerres anglo-hollandaises
de 1652/1654 et 1665/1667.
En Angleterre,
une guerre civile entre anglicans et puritains
fit ses ravages de 1642 à 1649. Le chef
des puritains extrêmistes, O.Cromwell,
maître de la situation militaire dès
1645, fit juger par le Parlement
le roi de "droit divin" , Charles1er,
qui fut exécuté le 30 Janvier
1649.
Cromwell réalisa l'union de l'Angleterre
avec l'Ecosse,et l'Irlande
et créa le Commonwealth, dont il devint
le "lord protecteur " en Décembre
1653.

Olivier Cromwell
( 1599 / 1658 )
fit exécuter le roi Charles 1er, le 30
Janvier 1649
et devint le dictateur "lord - protecteur"
du Commonwealth;
d'un rigorisme aussi démentiel que celui
de Calvin,
il manifesta, par un régicide, sa volonté
de puissance.
L'exécution
de Charles 1er, en Angleterre, allait,inconsciemment,
préfigurer
celle de Louis XVI, en France, du fait de la
Révolution de 1789,
qui constitua, pour l'Europe entière,
dans les temps modernes,
l'événement politique et religieux
le plus important .

Le Tiers -
Etat écrasé par le Clergé
et la Noblesse.
Cette situation
fut la cause la plus visible du mouvement révolutionnaire
exprimant, en 1789, une exacerbation explosant
en révolte
du fait des disettes, ou famines dans certaines
régions, dont souffrait le peuple,
déjà fort malmené par les
deux classes dirigeantes.
La Révolution,
à proprement parler, dura du 5 Mai 1789
au coup d'Etat du 18 Brumaire,
le 9/10 Novembre 1799 par lequel Bonaparte renversa
le Directoire.
Ces dix années sont généralement
divisées en 4 parties:
- celle correspondant à la tenue de l'Assemblée
Nationale constituante,
du 9 Juillet 1789 au 30 Septembre 1791
- celle correspondant à .......................l'Assemblée
législative , du 1er Octobre 1791 au
20 Septembre 1792
- celle correspondant à la Convention
nationale, du 21 Septembre 1792 au 26 Octobre
1795;
cette période comprend l' année
dite de la Terreur, de Juin 1793 à Juin
1794 .
- enfin, celle correspondant au Directoire,
du 26 Octobre 1795 au 10 Novembre 1799.
L'acte primordial fut incontestablement la Déclaration
des Droits de l'Homme et du Citoyen
Etablissement de la liberté religieuse,
le 23 Août 1789;
adoption du texte de la Déclaration des
Droits de l'Homme,
le 26 Août 1789.
Les principes de liberté et d'égalité
qui avaient guidé l'action des Constituants
furent, en bloc, condamnés par le pape
Pie VI, le 10 Mars 1791,
par le bref " Quod aliquantum"
parce qu'étant " contraires aux
droits de dieu ".

Après avoir
procédé à la confiscation
des biens du Clergé, le 2 Novembre 1789,
l'Assemblée nationale constituante supprima
les voeux monastiques le 13 Février 1790
et décrèta la Constitution civile
du Clergé le 12 Juillet 1790, qui tendait
à le fonctionnariser.
Devant l'opposition manifestée par une
grande majorité de celui-ci,
la Constituante décida , le 27 Novembre
1790,
que tous les membres du clergé prêteraient
serment sur cette Constitution;
cette disposition ne fut acceptée, finalement,
que par le bas-clergé et quelques évêques;
le clergé se trouva partagé en
deux camps: les jureurs et les réfractaires.
L'image
ci-dessus représente le curé de
Saint-Sulpice refusant de prêter serment.
La Constitution Civile du Clergé fut
condamnée par Pie VI par le Bref "
Caritas " du 13 Avril 1791,
qui fut abrogé du fait de la signature
du Concordat en 1801.
L' année d'exercice
de l'Assemblée législative fut
l'occasion pour celle-ci de poursuivre
l'action engagée par la Constituante,
tant le poids du clergé sur la Société
française étant étouffant.
Un décret du 9 Novembre 1791 fut rédigé
contre les prêtres réfractaires,
mais Louis XVI s' opposa à son application.
Un conflit éclata avec le roi le 13 Juin
1792, lorsque ce dernier, à nouveau,
interdit
l'exécution d'un décret banissant
les prêtres réfractaires déclarés
complices de l'étranger;
la Législative, avant de se séparer
le 20 Septembre 1792, jour de la victoire de
Valmy,
suspendit Louis XVI de ses pouvoirs.
Le lendemain, 21 Septembre, la Convention nationale,
dès sa première séance,
décrèta l'abolition de la royauté,
et déclara, le 25 Septembre, la République
" une et indivisible"
Un procès fut engagé contre le
roi, à la suite de la découverte,
aux Tuileries,
de documents cachés établissant
que Louis XVI était coupable
de conspiration contre la liberté publique
et contre la sûreté générale
de l'Etat.
La peine de mort fut votée par 387 voix
contre 334;
le roi, de "droit divin", fut guillotiné
le 21 Janvier 1793.
Le pape qualifia le souverain défunt
de "martyr"
et fit engager une campagne de presse violente
accusant la Révolution d'être satanique,
résultant d'un vaste complot anticatholique;
réactivant les mythes de la guerre sainte
et de la croisade,
il lança un appel aux peuples et aux
gouvernants pour défendre la foi
contre les nouveaux Barbares

Décapitation
de Louis XVI, le 21 Janvier 1793, roi de "
droit divin "
totalement abandonné par son Pére
céleste "tout-puissant",
comme si ce dernier n'existait pas.
La mort du roi devenait la conséquence
de celle de dieu.
La Convention nationale
était mue par une volonté de rupture
totale avec le passé
qui s'exprima dans une tentative de déchristianisation
de la vie quotidienne par :
la mise en place du calendrier révolutionaire,
le 5 Octobre 1793;
la célébration de la fête
de la Liberté et de la Raison, à
N.D.de Paris, le 10 Novembre 1793;
la fermeture des églises parisiennes,
le 23 Novembre 1793.
Robespierre, par un décret du 7 Mai 1794,
essaya d'implanter une religion révolutionnaire
et patriotique
par l'institution de la fête de l'Être
suprême, célébrée,
une seule fois, le 10 Juin suivant
puisque Robespierre fut mis hors la loi et exécuté
le 28 Juillet 1794.
Fête de l'Être Suprême, le
10 Juin 1794 instituée par Robespierre,
sous la Terreur.
Il faut regretter que, faute de ressources et
surtout de volonté politique, resta lettre
morte
le décret de Décembre 1793 instituant
un enseignement primaire d'Etat, gratuit et
obligatoire;
en éradiquant progressivement l'illettrisme,
cet enseignement eut été un moyen
efficace
de faire apparaître la vraie nature du
christianisme romain:
une suite aménagée de mythes antiques.
La Convention
thermidorienne mit fin à la persécution
religieuse en proclamant
la séparation de l'Eglise et de l'Etat
par un décret du 18 Septembre 1794,
et la liberté des cultes, le 21 Février
1795.
Le Directoire
tenta de faire fonctionner la République
sur la base de la légalité constitutionnelle
;
ce fut une période très agitée
du fait notamment d' une grave crise financière.
Il se créa de vives tensions entre les
Directeurs et les Assemblées,
au point que le Directoire dut faire appel à
l'armée, commandée par Augereau,
pour le coup d'Etat du 4 Septembre 1797.
Revenant aux procédés révolutionnaires
de gouvernement,
le Directoire établit un nouveau régime
policier, déporta ou emprisonna des centaines
de prêtres
pour enrayer le retour à la religion
traditionnelle du christianisme romain,
retour dû à l'accumulation des
peurs.
Dès le 3 Avril 1798, un arrêté
tenta d'implanter le culte décadaire
qui transformait le dixième et dernier
jour de la décade du calendrier républicain
en jour de sanctification laïque et civique;
toutefois, le peuple resta fidèle au
dimanche
tant il éprouvait inconsciemment le besoin
d'obéir à un Seigneur.
Culte théophilanthrope établi
au début de 1797,
pratiqué dans les églises de Paris
après la messe catholique.
Inspiré par les idées de J.J.Rousseau,
patronné par des personnages célèbres
comme Bernardin de Saint-Pierre ou M.J. Chénier,
le culte affirmait l'existence de dieu et l'immortalité
de l'âme;
il fut pratiqué jusqu'au 21 Octobre 1801.

Le 20 Janvier
1798, le Directoire s'illustra en faisant enlever,
par Berthier, le pape Pie VI
qui fut transféré en France en
Avril 1799, et décéda à
Valence le 29 Août de cette même
année.
Il avait été élu pape en
1775.
-
Bonaparte, premier Consul
( 1799/1804 );
signature du Concordat entre Bonaparte et le
pape Pie VII
dans la nuit du 15/16 Juillet 1801;
ce Concordat restera en application jusqu'en
1905,
à la séparation de l'Eglise et
de l'Etat ---
Dès sa
prise de pouvoir, les 9/10 Novembre 1789, Bonaparte,
premier Consul,
|