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a) Brève histoire illustrée de la Bible hébraïque .

b) Le Nouveau Testament conventionnel

c) Les Cultes anciens et le symbolisme de la Croix

d) Le Culte impérial romain et le Christianisme constantinien

 

Troisième partie : Contre-Réforme et Temps modernes

Crucifixion peinte par Grünewald, vers 1515;
partie centrale du polyptique d'Issenheim-Colmar;
cette réalisation iconique est hyperréaliste.
Le 16ème siècle fut, pour l'Europe centrale et occidentale, plus calamiteux encore
que les siècles précédents, bien qu'ayant permis la Renaissance intellectuelle.
L'idée de la mort du Sauveur des chrétiens, à la suite de sa Passion,
était non seulement acceptée unanimement et représentée dans les églises,
mais professée par nombre d'Humanistes qui, à l'exemple de Rabelais dans son "Quart Livre" assimilaient totalement Christ et Pan, dont Plutarque avait déjà annoncé la mort au 2ème siècle:
".... car à bon droit ( Christ) il peut être dit Pan, vu qu'il est notre Tout, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, tout ce que nous avons, tout ce que nous espérons est lui, en lui, de lui, par lui. C'est le bon Pan, le grand pasteur ..........
car ce très bon, très grand Pan, notre unique Sauveur, mourut en Jérusalem,
Tibère César régnant à Rome......"
( Le Quart Livre - XXVIII )
Toutefois, à l'époque même où Grünewald peignit son illustre polyptique, d'autres auteurs, dans d'autres régions, à l'écart, peut-être, des chemins des épidémies diverses ou cataclysmes affolants, créèrent des oeuvres inattendues
ressuscitant le passé antique.
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Le vitrail de la cathédrale d'Auch, à gauche, par Arnaud de Moles , date des années 1513 /1515 ;
il est contemporain du polyptique d'Issenheim de M.Grünewald , mais s'en distingue complètement par une composition réaffirmant , malgré les catastrophes de ces temps-là , la nécessité d'une religion du Salut . Le Christ en croix n'est pas une victime pantelante , torturée atrocement , mais le dieu traditionnel qui assure à la terre sa fertilité , et aux humains les quantités de pain et de vin dont ils ont besoin pour être en bonne santé , pour se dire "sauvés".
La présence , en haut du vitrail , d' un Soleil ardent et d'une Lune en croissance conferre à la représentation un aspect agréable et rassurant pour des populations en très grande majorité villageoises , tirant leurs ressources des travaux agricoles . Cette figuration restera la plus fréquente durant les 17ème et 18ème siècles , où les églises , dans les campagnes, par exemple dans le Doubs , offriront à voir à leurs visiteurs des peintures murales formées de rinceaux multicolores, de volutes de fleurs, de rameaux feuillus ou portant des fruits, de vignes aux raisins gonflés dont le jus sera assimilé au sang de la terre. La religion demeure, malgré tout, le culte de la Fécondité, par nécessité économique.
Le changement s'opèrera avec l'avènement de la Révolution Française, de 1789.
Fleurance, dans le département du Gers, possède une église fortifiée des 14ème/15èmess.
Le vitrail, à droite, est de Arnaud de Moles, comme ceux de la cathédrale d'Auch,
et date des débuts du 16ème siècle ( 1513 ? ).
Le Christ en croix a la même signification de dieu de la Fertilité, soulignée par la présence du soleil et de la lune sous la barre de la croix.
L'ensevelissement du dieu, en bas du vitrail, est présenté pour manifester la gloire de sa résurrection
annonçant, en haut du vitrail, le Printemps, le renouveau de la Nature .
C'est une magnifique illustration " christianisée" de l'Antique culte de Cybèle
et de la "Passion" annuelle de son parèdre Attis.
Cette illustration annonçait la Renaissance.
 
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Martin Luther ( 1483 / 1546 )
Luther, moine augustin et docteur en théologie, afficha ses 95 Thèses
sur la porte de l'église du château de Wittenberg, le 31 Octobre 1517,
juste un siècle après l'élection de MartinV par le Concile de Constance,
et la fin du Grand Schisme d'Occident ( 1378 / 1417 ).
Ce fut l'acte créateur de la Réforme, amplifié par son Manifeste de 1520.
En fait, plusieurs événements précurseurs s'étaient produits
à la fin du 15ème siècle.
  • d'une part, l'invention de l'imprimerie mécanique intervint comme une libération
    du joug de l'Eglise; la parution des "livres sacrés" en langues vernaculaires provoqua
    la censure ecclésiastique dans la ville de Cologne en 1475, Mayence en 1486,
    Venise en 1491; le pape Borgia institua l'Imprimatur, c'est à dire une censure préalable
    par la Constitution " Inter multiplices", du 1er Juin 1501.
    Ces mesures furent confirmées et étendués par le Concile de LatranV ( 1512 / 1517 )
    à tous les textes imprimés, sous l'autorité du pape, des évêques, et des inquisiteurs
    par la bulle " Inter sollicitudines " du 4 Mai 1515.

  • d'autre part, la nécessité d'une réforme de la papauté était devenue de plus en plus évidente
    avec les règnes, scandaleux à des titres divers, d'AlexandreVI, JulesII, et LéonX Médicis. L'institution, en 1506, d'une indulgence accordée à tous ceux qui contribueraient
    à la construction de la nouvelle basilique StPierre, provoqua d'acerbes récriminations.
    L'indulgence octroyée par LéonX, en 1515, pour permettre à l'archevêque de Mayence
    de s'acquitter, aux frais des "fidèles", envers le fisc romain obéré par cette réalisation,
    suscita les violentes réactions de plusieurs théologiens.
    Luther, dans ses "Thèses", mit en cause le principe même de l'indulgence.

  • en outre, concernant la France " Fille aînée de l'Eglise ",
    la Pragmatique sanction de Bourges, prise par CharlesVII le 7 Juillet 1438,
    dénonçait déjà les abus de la papauté, restreignait les effets de l'excommunication...etc.;
    elle resta en vigueur jusqu'en 1516.
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AlexandreVI Borgia ( 1492 / 1503 ) - Le bûcher de Savonarole à Florence ( 1498 )
Savonarole, un dominicain, fut un précurseur de la Réforme, par ses attaques
virulentes contre le pape AlexandesVI Borgia; il fut excommunié en 1497
et pendu, avant d'être brûlé, en 1498.

Le pape Borgia fut en 1493 l'auteur des Bulles dites alexandrines
concernant les découvertes de Christophe Colomb,
à l'origine de l'immense travail d'évangélisation du continent américain.

Le supplice de Savonarole préfigurait les atrocités sanglantes
du 16ème siècle.

En Allemamgne, dans le siècle passé, l'autorité pontificale avait perdu, peu à peu,
toute consistance, si bien que l'acte de révolte de Luther entraîna immédiatement
un mouvement de même nature, qui, de religieux, devint politico-militaire
au point que, dix ans seulement après l'affichage des "Thèses" à Wittenberg,
des troupes de mercenaires luthériens, des lansquenets, engagés dans les armées impériales
de Charles Quint, sous le commandement du connétable de Bourbon,
envahirent Rome le 5 Mai et saccagèrent la Ville jusqu'au début 1528
par un rançonnement atroce, et systématique:
les maisons furent détruites, les églises pillées, les documents ecclésiastiques anéantis.
De surcroit, la malaria sévit dans l'Urbs pendant l'été.


Les lansquenets luthériens dévastèrent Rome de Mai 1527 à Février 1528.

Lorsque ces troupes, réduites de moitié par l'effet de l'épidémie, quittèrent la Ville,
on n'entendait plus de cloches, aucune église n'était ouverte, on ne disait plus de messe....
Le sac marqua une profonde rupture, qui rendit nécessaire la Réforme catholique
et le Concile oecuménique de Trente.
La Curie se préoccupa de la restauration de Rome et de l'Eglise;
avec la finition de la nouvelle Basilique St Pierre,
elle voulut réparer la profanation la plus fortement ressentie.

La pensée de Luther s'exprima dans ses trois grands écrits réformateurs de 1520,
par lesquels il s'opposait ouvertement à Rome " la rouge prostituée de Babylone";
il dénonçait en particulier l'exclusivité d'interpréter la Bible réservée au magistère ecclésiastique ;
il attaquait les sacrements, dont il ne gardait que le baptême et l'eucharistie, et demandait, avec la réforme des organes de l'Eglise, l'abolition du célibat des prêtres et des voeux monastiques;
condamné par diverses Universités et par la bulle de LéonX Médicis"Exsurge Domine"de Juin1520 bulle qu'il brûla sur la place de Wittenberg, Luther fut excommunié le 3 Janvier 1521.
Mis au ban de l'Empire de Charles Quint, il trouva refuge auprès de l'Electeur de Saxe
et resta à la Wartburg jusqu'au 1 Mars 1522, puis rentra à Wittenberg pour organiser son Eglise.
Dès 1523, il évolua vers un système d'Eglise d'Etat et prit ouvertement le parti des Princes à propos de la guerre des Paysans en 1525, dans son pamphlet "Contre les hordes homicides et pillardes des paysans".


La guerre des paysans allemands en 1525;
révolte de la misère conduite par Thomas Münzer, moine augustin défroqué,
brouillé avec Luther.

Le luthéranisme noua, dès 1525, des liens étroits avec les princes allemands, si bien que
l'histoire de son développement, au 16ème siècle, s'est confondu avec l'histoire politique
de l'Allemagne. La Réforme, en effet, aboutissait notamment à une sécularisation des biens
des Ordres monastiques et permettait aux princes d'agrandir aisément leurs domaines.
Les deux diètes de Spire ( 1526 / 1529 ) entérinèrent l'état de fait;
la conjoncture internationale conduisit Charles Quint à renoncer à combattre le luthéranisme;
il signa la paix de Nuremberg en 1532, puis celle d'Augsbourg en 1555
qui consommait l'émiettement religieux de l'Allemagne:
le Nord et le Centre constituant des régions luthériennes à peu près homogènes,
le Sud et la Bavière restant catholiques, sauf de petits îlots luthériens.
Du vivant de Luther, la Réforme se répandit aussi au Danemark, en Suède et en Norvège.

L'autorité pontificale continua à se déchiqueter du fait de l'excommunication
par le pape ClémentVII Médicis , le 23 Mars 1534, du roi HenriVIII d'Angleterre
qui n'avait pu obtenir de la Cour de Rome l'annulation de son mariage avec Catherine d'Aragon;
le roi publia en Novembre 1534 l'Acte de Suprématie qui lui conferrait le titre de chef unique
et suprême de l'Eglise d'Angleterre , et concentrait entre ses mains tout le pouvoir ecclésiastique ;
ce texte, accepté par l'ensemble du clergé, provoqua la résistance de deux "martyrs ", en 1535:
John Fisher et Thomas More, ami d'Erasme.
La suppression et la spoliation des monastères fut menée avec une extrême vigueur.
Après l'intermède sanglant de Marie Tudor " la catholique", Elisabeth1ère consolida
l'établissement de l'anglicanisme.

Le dépeçage du pouvoir du pape à Rome se poursuivit avec l'avènement du calvinisme à Genève.
Jean Calvin, ou Cauvin, naquit à Noyon, dans la Somme, en 1509; il fit de sérieuses études universitaires et publia son premier livre en 1532; il se convertit au luthéranisme en 1533
et fut obligé de quitter la France pour se réfugier d'abord à Bâle, où il écrivit, en latin, en 1536,
son "Institution de la religion chrétienne" ;
en Juillet 1536, il se fixa à Genève, où la Réforme venait d'être adoptée;
il enseigna la théologie, et, en tant que pasteur, imposa une sévère discipline morale aux Genevois.
Banni de la ville en Avril 1538, Calvin se retira à Strasbourg mais fut rappelé en Septembre 1541.
Dès lors, Calvin décida de faire de Genève une ville exemplaire,
un modèle de la nouvelle manière de croire et de vivre; il fit de l'Etat le soutien fidèle de l'Eglise.
Il s'ensuivit une surveillance étroite des citoyens; les infractions morales furent assimilées
à des crimes et punies comme tels. Finalement, il envoya des missionnaires
dans les principaux pays d'Europe, et, à sa mort, à Genève, le 27 Mai 1564,
le calvinisme était déjà plus répandu que le luthéranisme.
Pour Calvin, l'homme était corrompu absolument, et son sort était le fruit d'une prédestination
absolue; la réussite matérielle, industrielle ou commerciale, apparaîssait comme le signe
de sa justification. Calvin fut en quelque sorte le père spirituel du capitalisme;
la méditation de "l'Ecriture" conduisait, finalement, à l'adoration de l'Argent.
Il manifesta les talents et qualités d'un grand écrivain de langue française mais, en définitive, il laissa l'image d'un individu perdu par sa volonté de puissance qui le mena , tel un inquisiteur ordinaire,
à faire périr sur un bûcher, en 1553, Michel Servet
.
Michel Servet.
Médecin et théologien espagnol, auteur de pensées non-catholiques,
fuyant l'Inquisition de France
,il vint se réfugier à Genève,
où Calvin le fit arrêter et condamner au bûcher, en 1553.

La réaction des puissances catholiques, en Europe occidentale, fut rapide
et empreinte de cet amour évangélique, dont les flammes embrasèrent les bûchers
dans lesquels rôtirent, tout vifs ou après étranglement, des "hérétiques" en nombre indéterminé.
En France, cette répression "charitable" se manifesta dès 1529 par l'exécution
d'un Conseiller du roi, le Chevalier Louis de Berquin.
Puis, vint la désastreuse Affaire des placards en 1534:
des tracts, imprimés à Neufchâtel, en Suisse, furent introduits clandestinement en France
et affichés, durant la nuit du 18 Octobre, dans plusieurs villes dont Paris et Amboise
où séjournait François1er.
Ces tracts, intitulés " Articles véritables sur les horribles abus de la messe royale"
provoquèrent la colère du roi qui les jugea blasphématoires et attentatoires à son autorité;
il décréta des cérémonies religieuses de réparation et condamna au supplice leurs auteurs
supposés ou réels; ceux-ci étant en Suisse, on arrêta un nombre indéterminé de "supposés"
que l'on supplicia et fit périr sur des bûchers dressés dans plusieurs villes;
cette sauvagerie toute "chrétienne" fut une des causes lointaines de la guerre civile
qui, sous le nom de "guerres de religion", ravagea la France de 1562 à 1598.
Dans l'immédiat, une des conséquences de la sauvage Affaire des placards
fut l'organisation par Calvin, en 1538 à Strasbourg , de la première Eglise réformée de France.
Certes, par son édit du 10 Août 1539 de Villers-Cotterêts, le roi imposa l' usage du français
comme langue officielle dans tout le royaume et supprima l'emploi du latin;
toutefois, son règne s'acheva, en 1547, après l'horrible massacre des Vaudois, en 1545,
et le supplice d'Etienne Dolet en 1546, dont on disait qu'il était un frère naturel du roi.

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Le Concile oecuménique de Trente ( 1545/1563 )
s'est tenu sous quatre papes en 25 sessions
séparées par de longues interruptions,
en l'absence de tout dialogue avec les protestants.
Les réunions déterminèrent trois époques:
1545/47, 1551/52, 1562/63.

Le Concile oecuménique deTrente concrétisa les réactions doctrinales de l'Eglise romaine
à l'encontre de la Réforme protestante,et face à l'évolution des Sociétés suscitée notamment par l'invention de l'imprimerie. Le Concile devait manifester fortement son autorité
pour réaffirmer la primauté contestée de l'Eglise, et défendre ses intérets d'Etat menacés.
La première période fut essentiellement consacrée à la définition de la doctrine romaine
et, le Concile s'étant réuni le 13 Décembre 1545, la 3ème session du 4 Février 1546
se préoccupa de définir avant tout le Credo, c'est à dire le symbole de la Foi catholique.
Si on le compare au texte du Credo de Nicée, dans la version en notre possession,
on note les adjonctions suivantes:

"Le Fils est le Créateur; il s'est fait homme ayant pris chair de la Vierge Marie par l'intervention de l'Esprit Saint; il a été crucifié pour nous
sous Ponce Pilate; il ressuscita le troisième jour conformément aux Ecritures; l'Esprit Saint procède du Père et du Fils;
l'Eglise est une, sainte, catholique et apostolique;
il existe un seul baptême pour le pardon des péchés;
le chrétien attend la résurrection des morts et la vie du monde à venir."

La 4ème session de 8 Avril 1546 prit deux décrets relatifs aux Livres saints, car il y avait urgence
à légiférer tant étaient nombreuses les éditions de la Bible, dans tous les principaux pays de l'Europe,
soit Bible polyglotte comme la Biblia complutensis éditée en Espagne par le Cardinal Cisneros
soit Bibles en langues vernaculaires en haut-allemand ou en bas-allemand,
en italien, français, anglais ...etc.
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Exemples: A gauche, La bible de Luther, de 1534, qui eut une très grande influence littéraire en permettant
l'unification des divers dialectes allemands;
à droite, la bible en italien vernaculaire de Brucioli, éditée à Venise en 1538.


Le premier décret a eu pour objet de préciser que "la vérité" et la "règle" sont contenues
à la fois dans les livres écrits et dans les traditions non écrites :
<< qui , reçues par les apôtres de la bouche du Christ lui-même ou transmises comme
de main en main par les apôtres sous la dictée de l'Esprit Saint , sont parvenues jusqu'à nous >>
C'était la réplique à la prétention protestante " hérétique" de la sola scriptura.
Le "saint" Concile vénère aussi bien les traditions concernant les moeurs et la foi
<<.... comme ou bien venant de la bouche du Christ ou bien dictées par l'Esprit Saint
et conservées dans l'Eglise catholique par une succession continue....etc>>
S
uit la liste des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, livres " sacrés et canoniques "
dans leur totalité " tels qu'on les trouve dans la vieille édition de la Vulgate latine "
Sont ainsi reléguées dans l'inauthenticité toutes les autres bibles;
Ce que s'empresse de confirmer le deuxième décret, à propos des éditions latines des Livres saints:
Aussi " le saint Concile" :<< ... statue-t-il et déclare-t-il que la vieille édition de la Vulgate,
approuvée dans l'Eglise même par le long usage de tant de siècles, doit être tenue pour authentique
..... et que personne n'ait l'audace ou la présomption de la rejeter sous quelque prétexte que ce soit..>>
Dieu est l'auteur unique de l'Ancien et du Nouveau Testament.
C'est pourquoi, comme le pape, unique représentant sur terre de Christ, est le seul à comprendre
la "langue divine", il est le seul, lui ou ses délégués, à pouvoir les interpréter convenablement;
personne ne doit en s'appuyant sur son seul jugement oser interpréter l'Ecriture sainte.
Il n'est permis à personne d'imprimer ou de faire imprimer tout livre traitant des choses sacrées
sans que ces ouvrages n'aient été auparavant examinés et approuvés par l'Eglise.
Le Concile décrète que désormais la Sainte Ecriture, particulièrement l'ancienne Vulgate,
sera imprimée le plus correctement possible.

La Vulgate dite Sixto-Clémentine fut éditée en 1592
en application du Décret du Concile de Trente
après un premier essai avorté, en 1590,
du pape Sixte-Quint.
:<<.... dans ces volumes, l'impression de la scriptura sola renvoie discrètement
à un intense travail de rédaction d'un texte artificiel
désigné par l'autorité ecclésiastique comme texte de référence ...>>

( cf. B. Roussel " Le temps des Réformes et la Bible"-page 129 - BTT n°5, chez Beauchesne)
Le Concile consacra les sessions suivantes à définir ou préciser par de très nombreux décrets
et "canons" les doctrines relatives au "péché originel", aux sacrements, à la messe, à l'eucharistie,
la transsubstantiation, la mort de Christ, l'Index, les réformes des organes de l'Etat...etc.
Il dut à deux reprises accorder des sauf-conduits à des protestants à la demande de Charles-Quint,
mais, en fait, aucun dialogue ne s'établit avec ces "hérétiques" .
Tout se passa comme si l'Eglise romaine, constatant l'émiettement de son pouvoir,
et jugeant inutile de chercher à ramener à elle, pacifiquement, les brebis égarées,
élevait autour d'elle les remparts de doctrines inacceptables pour ces dissidents
et confiait aux Princes restant ses alliés le soin de régler par les armes les conflits ouverts.
En France, la première guerre de religion éclata le 1er Mars 1562, à l'initiative du duc de Guise,
par le massacre de dizaines de protestants célébrant leur culte, à Wassy.
C'est pourquoi, dans sa 25ème session des 3/4 Décembre 1563, le Concile avertit
l'Empereur, les rois, les Etats, les princes et autres,
<< ... de respecter ce qui relève du droit de l'Eglise en tant qu'appartenant personnellement à Dieu
et protégé par son patronage....>>
Il lui incombait de transformer son Sauveur en propriétaire immobilier
!!!

Guerres de religion en France ( huit de 1562 à 1598 )
Massacre de la Saint Barthélemy ( 24 Août 1572 )
Ces guerres se terminèrent le 13 Avril 1598 avec la signature, à Nantes, de l'Edit de pacification,
par Henri IV, qui avait abjuré sa religion protestante le 25 Juillet 1593
disant que Paris valait bien une messe.
Les guerres de religion n'occupèrent pas tout le temps des vingt dernières années du siècle.
Le pape Grégoire XIII, en 1582, par la bulle "Inter gravissimas"du 24 Février
créa le calendrier grégorien qui corrigeait le calendrier julien en lui retranchant 10 jours;
l'opération fut exécutée dans la nuit du 4 Octobre, suivi du 15 et non du 5 Octobre.
Le nouveau calendrier fut adopté par les Etats européens à des dates différentes jusqu'en 1918
par la Russie, mais l'Eglise orthodoxe russe continua à appliquer le calendrier julien.

Application du Calendrier Grégorien dans la nuit du 4 Octobre 1582
Grégoire XIII confia au futur Cardinal Baronius le soin de rédiger un nouveau Martyrologe romain
qui verra le jour en 1586, en complément de l'editio princeps de 1548.
Le Cardinal Baronius, historien érudit .
Le texte de son " Martyrologe romain" demeure la version officielle, quoique révisée
en plusieurs occasions.On trouvera dans le Missel de A.Fleury, édité en 1942,
un Calendrier liturgique reproduisant à la date du 25 Décembre le Martyrologe romain
qui fixe la naissance du Sauveur à la 5199ème année après la création du monde.
L'on voit ainsi se creuser, dès la fin du 16 ème siècle, l'abime, qui ira grandissant,
entre la foi et la raison, la doctrine romaine et la science,
le scientisme dira Jean-PaulII.
Déjà, les découvertes de Copernic étaient restées cachées.


Copernic ( 1473/1543 )
Astronome polonais, Copernic fut le premier à imaginer
que la terre et les autres planètes tournaient autour du soleil.
Il dénia tout rôle privilégié à la terre et s'opposa à l'affirmation ecclésiastique du géocentrisme.
Il créa une hypothèse révolutionnaire dans l'histoire de la pensée
et du progrès scientifique.
Giordano Bruno reprit les thèses de Copernic et les développa
en exposant que la terre n'était pas le centre de l' Univers ,
malgré la supposée résurrection de Christ;
il imagina une pluralité de mondes, et fut condamné pour hérésie dès 1576.
Livré à l'Inquisition par son protecteur vénitien, il refusa de se rétracter
et fut brûlé à Rome en Janvier 1600, sur le Campo dei fiori
.
Giordano Bruno ( 1548 / 1600 );
son "martyre" clot la Renaissance.
Ainsi, le 17ème siècle commença dans la lueur des flammes d'un brasier allumé, encore une fois,
par la "charité chrétienne". fruit de la théocratie romaine,
si peu assurée, en définitive, de la justesse de sa doctrine qu'elle interdit à ses "fidèles"
de penser par eux-mêmes, les transformant en "enfants" soumis perpétuellement à ses dictats
en matière de foi et de moeurs.


Galileo Galilei dit Galilée ( 1564 / 1642 )

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A gauche, le dôme de la cathédrale de Pise où Galilée eut, à l'âge de 19 ans,
son intuition de la rotation de la terre en voyant tourner la lanterne;
à droite, la lunette- télescope qu'il inventa en 1609, avec laquelle il put observer
les satellites de Jupiter, l'anneau de Saturne, la rotation du Soleil autour de son axe,
et les phases de Vénus, découvertes qu'il décrivit dans "Le Messager céleste".
Il certifia l'exactitude des idées de Copernic:
<< .....E pure, si muove...... pourtant, elle tourne....>>
La publication en italien de son " Dialogue sur les deux principaux systèmes du monde"
lui valut d'être poursuivi à Rome par l'Inquisition , en 1632/1633;
contrairement à G. Bruno, il abjura et vécut en résidence surveillée près de Florence.
Ce procès témoigne pour toujours de l'absurdité de la "foi romaine"
fondée sur un livre "divin" parlant de l'immobilité de la terre.

 

En Angleterre, en 1603, le roi d'Ecosse, Jacques VI, fils de Marie-Stuart,
succéda à Elisabeth 1ère et devint aussi le roi des Anglais Jacques 1er.
Ce fut un brillant théoricien de " la royauté d'origine divine";
il fut l'initiateur de la Vulgate protestante, la bible de Jacques 1er,
que les 51" Pères pélerins" puritains emportèrent avec eux sur le May Flower.

Le May Flower se lança dans la traversée de l'Atlantique le 16 Septembre 1620;
les "Pères pélerins" débarquèrent le 9 Novembre au Cap Cod, sur le continent américain,
et créèrent la colonie de Plymouth le 21 Décembre.
Décidant de rendre grâces à dieu,
chaque dernier jeudi de Novembre,
pour la survie de leur installation,
ils furent ainsi les initiateurs du Thanksgiving day.
La colonisation de l'Amérique du Nord commença par la création du Massachusetts,
véritable Etat puritain; la vie austère et le souci torturant de la pureté
n'
éloignèrent pas ces colons puritains de la recherche du gain ,
puisque la réussite matérielle était, à leurs yeux, la marque de leur justification.

En France, le 17ème siècle raviva la querelle du gallicanisme.
Historiquement, les Carolingiens furent, au 8ème siècle, les créateurs
puis les protecteurs effectifs des Etats pontificaux,
prenant pour véridiques les "faux" fabriqués pour le compte de l'évêque de Rome.
Charlemagne, Philippe-Auguste, et surtout Philipe le Bel revendiquèrent
une entière autorité sur les affaires ecclésiastiques ( nominations, fiscalité ).
Les légistes français s'opposèrent continuellement à la doctrine théocratique papale;
en 1302, Jean de Paris, dans son "Traité du pouvoir royal et du pouvoir papal"
démontra que le roi tenait son pouvoir directement de dieu
et non par l'intermédiaire du pontife romain. Les " libertés gallicanes "
furent, le 7 Juillet 1438, à l'origine de la Pragmatique Sanction de Bourges
prise par Charles VII. Le gallicanisme, en tant que doctrine
restreignant l'autorité pontificale dans le domaine du temporel,
trouva ses tenants principaux au Parlement et à la Sorbonne.
Après le Concile de Trente, Pierre Pithou,en 1594,
dans son traité "Les libertés de l'Eglise gallicane"
s'employa à démontrer que les décisions tant des papes que du Concile
devaient recevoir l'agrément du roi préalablement à leur application .
Richelieu émit même la prétention d'ériger la France en un patriarcat indépendant,
sans pouvoir la faire aboutir, préoccupé essentiellement d'empêcher le parti protestant
de créer un Etat dans l'Etat en profitant de l'anarchie engendrée par la mort d'Henri IV.
Le siège de La Rochelle se termina victorieusement le 29 Octobre 1628
et permit la signature de la paix d'Alès le 28 Juin 1629
qui entérina la défaite définitive du parti politique protestant
mais garantit aux "religionnaires"
la liberté du culte et l'égalité civile avec les catholiques.
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Le siège de La Rochelle



Déclaration du Clergé de France ( 19 Mars 1682 )

La crise rebondit avec le règne de Louis XIV, qui, tenant fermement en mains
le haut clergé français,
prit personnellement la direction du mouvement
par les édits de 1673 et 1675 sur la régale; la régale était le droit du roi
de prendre en garde un évêché pendant la vacance du siège
et d'en percevoir les revenus ( régale temporelle ),
parfois de nommer aux cures et aux dignités ecclésiastiques ( régale spirituelle ).
La régale temporelle existait dans tout le royaume, sauf le Midi.
Les édits de 1673 et 1675, dictés par Colbert, eurent pour effet
d'étendre à ces évêchés du Midi les deux régales.
Le pape blâma la décision de Louis XIV; ce dernier réunit une Assemblée du clergé en 1682,
qui adopta une Déclaration, sorte de charte du gallicanisme, en quatre articles:
- le pape ne disposait que d'une autorité spirituelle
- le Concile général était supérieur au pape
- les anciennes libertés de l'Eglise gallicane étaient inviolables
- le pape n'était infaillible qu'avec le consentement de l'Eglise universelle.

Cette Déclaration, préparée par Bossuet (1627/1704), fut entérinée par le Parlement
et souleva l'hostilité de Rome ; les papes refusèrent l'investiture canonique
aux nouveaux évêques désignés conformément à la Déclaration;
trente cinq évêchés français se trouvèrent sans titulaires.
Le roi jugea bon, en 1693, d'en revenir au "statu quo ante".
Toutefois, le Parlement ne l'entendit pas ainsi
et considéra la Déclaration en vigueur, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime.
La Constitution civile du clergé, en 1790, perpétuera l'essentiel du gallicanisme.
L'Empereur Napoléon1er ajouta au Concordat de 1801 des dispositions gallicanes
et les professeurs de séminaires durent souscrire la Déclaration de 1682.
La doctrine fut, après adaptation, professée dans les pays germaniques
sous la forme du joséphisme et du fébronianisme.

Le mouvement religieux connut, en France, deux autres dissenssions notoires :
- le Jansénisme; Jansénius( 1585/1638), théologien néerlandai, nommé évêque d'Ypres, avait écrit
un traité, "l'Augustinus", dans lequel il reprenait certaines des idées attribuées traditionnellement
à Augustin, en insistant sur la nature de l'homme déchu par suite du péché originel,
et la prédestination absolue; dieu accorde sa grâce à certains par pure miséricorde
,
mais abandonne les autres par pure justice.
Ces idées furent répandues principalement par l'abbé de Saint-Cyran, qui,
entré en relation avec la famille Arnauld, convainquit les religieuses de Port-Royal à Paris
de rechercher une vie plus rigoureuse. Le jansénisme prit très vite l'allure d'une secte de purs,de parfaits,
et provoqua une agitation que Richelieu voulut faire cesser par l'emprisonnement de Saint-Cyran.
Ce dernier mourut en Octobre 1643, mais la secte se donna un nouveau chef en la personne d'Antoine Arnauld.
La doctrine de Jansénius avait été condamnée par Rome dès 1642, et , à nouveau, fut déclarée hérétique
en 1653, alorsqu'on l'avait résumée en cinq propositions principales.
Pour contraindre finalement la secte, on rédigea un formulaire, en 1656, que l'on fit signer
à tous les ecclésiastiques français.Ce formulaire déclencha une querelle qui dura dix ans,
suite notamment à la publication des "Lettres provinciales" de B.Pascal, en 1656/1657.
Rien ne put faire fléchir les jansénistes et l'ambassadeur de France à Rome poussa le pape
à une solution de compromis; ce fut la " paix de l'Eglise", en 1669.
Antoine Arnauld mourut en exil en 1694, et fut remplacé par le père Quesnel.
La querelle des cinq propositions rebondit en 1701, mais Louis XIV, excédé,fit disperser
les religieuses de Port-Royal- des-Champs, et raser leur couvent, en 1709.
Ces persécutions aboutirent à la création d'un jansénisme parlementaire opposé à l'absolutisme royal,
qui contribua beaucoup à l'affaiblissement de la monarchie.
Une église janséniste schismatique se créa à Utrecht dès 1723, qui subsista jusqu'à nos jours.
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A gauche, Mère A.Arnauld, Abbesse de Port-Royal-des-Champs;
A droite, Madame Jeanne Guyon, propagatrice du quiétisme.
- Le Quiétisme; ce fut une doctrine mystique de la fin du 17ème siècle, exposée par Molinos( 1628/1696),
un prêtre espagnol, théologien, fixé à Rome en 1663. Sa " Guide spirituelle" , en 1675, indiquait
comment l'âme, imprégnée passivement de dieu, en repos parfait devant lui, ne pouvait pécher
même si l'individu concerné semblait enfreindre les commandements.
Sa doctrine , le molinosisme, fut condamnée par le pape en 1687, après avoir conquis Mme Guyon,
veuve, en 1676, de Jacques Guyon du Chesnoy, une mystique expansive
fréquentant la Savoie jusqu'en 1686 avant de s'installer à Paris.
Elle y rencontra Fénelon,homme de lettres renommé, dont les idées politiques déplaisaient à certains;
elle lui fit découvrir la doctrine du "pur amour" , dit improprement "quiétisme",
en réaction contre la sécheresse de l'ascèse janséniste.
Fénelon était un chrétien scrupuleux pensant arriver à une union spirituelle avec dieu
grâce aux exercices recommandés par la doctrine de Mme Guyon;
il devint précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils du roi Louis XIV, jusqu'en 1694,
et donna les moyens à Mme Guyon de disposer d' une certaine influence sur les dames de Saint-Cyr.
Ils perdirent, tous deux, les faveurs de Mme de Maintenon en 1693 et furent en butte, dès lors,
à l'hostilité de Bossuet,serviteur du pouvoir, qui contesta l'orthodoxie des " Maximes des Saints"
écrites par Fénelon en 1697, puis condamnées par le pape en 1699. Fénelon se soumit à l'autorité de l'Eglise,
et se retira dans son archevêché de Cambrai, qu'il administra avec abnégation,
sans renoncer à ses convictions.
Mme Guyon, pour sa part, vit ses oeuvres littéraires pareillement condamnées;
elle fut arrêtée et embastillée de 1698 à 1703. Finalement, elle se retira à Blois où elle décéda,
après y avoir dirigé un cercle " quiétiste " formé de catholiques et de protestants.

François de Salignac de la Mothe Fénelon ( 1651/1715 );
archevêque de Cambrai; écrivain de talent, membre de l'Académie française.

Il apparaît ainsi que la pratique religieuse , à cette époque, était chargée réellement
d'une signification politique: le sujet "fidèle" professait la religion de son roi.
Comme autrefois dans le culte impérial romain, le roi de "droit divin" incarnait
la divinité dans son royaume; pratiquer "sa religion", c'était simultanément
reconnaître son "origine sacrée" et se soumettre à son autorité.
Aussi bien, Louis XIV, dont la psychologie était viciée par l'exercice continuel
d'un pouvoir "absolu", héritage de Mazarin mort en Mars 1661, laissa-t-il
son ministre Louvois ordonner des mesures de violence
contre les protestants pour les obliger à se convertir au catholicisme.
Dès 1681, des régiments de dragons se répandirent principalement
dans le Poitou et le Béarn comme en pays conquis;
ils logèrent chez les protestants, saccagèrenr leurs maisons,
se livrèrent à toutes sortes de sévices et vexations, aussi lontemps que leurs hôtes
restèrent attachés à leur "hérésie". En quelques semaines, on compta
30.000 "conversions" dans le Poitou et plus de 20.000 dans le Béarn.

Ces conversions forcées donnaient droit aux compensations de la Caisse des conversions
créée en 1676, à raison de six livres par tête.
Le roi, grisé en outre par ses succès militaires principalement contre la Hollande,
parut persuadé qu'en France le protestantisme avait pratiquement disparu;
l'édit de Nantes semblait devenu inutile et fut révoqué le 18 Octobre 1685;

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Les pasteurs furent bannis, le culte interdit et les temples détruits.
Cette décision insensée eut immédiatement des conséquences désastreuses;
plus de 200.000 personnes s'exilèrent en Hollande et Allemagne,
comprenant des officiers, des industriels, commerçants, artisans, agriculteurs,
qui créèrent, dans ces terres d'asile, des foyers hostiles à la monarchie française.
Toutefois, il resta, dans la région des Cévennes et du Bas-Languedoc,
des "religionnaires", trop pauvres pour pouvoir s'exiler,
mais en nombre suffisant pour fomenter, dès 1702, une révolte populaire et paysanne
qui devint la guerre des Camisards ( 1702/1704);
les insurgés ne furent jamais plus de 2 à 3.000 hommes, dont la pugnacité
et l'ardeur à défendre leurs libertés menacées obligea le roi
à mobiliser, vainement, contre eux une armée de 10.000 soldats;
.
La guerre des Camisards se termina à Nimes, en Mai 1704,
par une négociation .
Cependant, jusqu'au règne de Louis XVI, les Autorités continuèrent
à exercer des persécutions odieuses contre les protestants.

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Le Code noir, de Mars 1685, régularisa l'esclavagisme dans les colonies françaises.
Il révéla une autre face du pouvoir "absolu", au nom du roi de "droit divin",
avec l'assentiment de l'Eglise romaine pour laquelle :
<< omnis potestas a deo >> ( Epitre aux Romains XIII - 1 / 7 )
tout pouvoir vient de dieu, y compris celui des esclavagistes;
l'esclave constitue le type-même du "fidèle".
La traite des Noirs s'amplifia et commanda l'aménagement de ports français;
Douze millions de personnes, estime-t-on, ont été déportées, fers aux pieds,
d'Afrique vers les Amériques, jusqu'à l'abolition de l'esclavage en 1848.

Sans doute convient-il d'insister sur la crise de conscience qui s'insinua en France
( puis en Europe ), sous l'influence du cartésianisme, des progrès scientifiques,
et des réflexions suscitées par les voyages lointains.
Il s'instaura un climat de critique des croyances traditionnelles;
Malebranche, Bayle, Fontenelle mirent en valeur les motifs de doute;
La Bruyère, Vauban, Fénelon critiquèrent la monarchie absolue.
Plus précisément, des religieux de divers ordres, véritables érudits,
publièrent des ouvrages savants qui fragilisèrent la doctrine de l'Eglise romaine
fondée prétendument sur une " Ecriture sainte " .
Un oratorien du nom de Richard Simon présenta , en 1678, une
" Histoire critique du Vieux Testament"
par laquelle il stigmatisait l'anhistoricité du Pentateuque,
attribué traditionnellement à Moïse.
Il fut véritablement le fondateur de la critique biblique.
Attaqué férocement par Bossuet, il fut exclu de l'Oratoire et mis à l'Index.
Un bénédictin de la congrégation de St Maur, Dom T. Ruinart, s'attacha à
déterminer l'importance exacte du nombre des martyrs chrétiens, dans l'Antiquité;
ses travaux furent édités sous le titre de "Acta primorum martyrum sincera", en 1689;
il ne trouva que moins de 120 Actes, établis dans tous les cas par les Autorités impériales;
même si quelques Actes concernaient plusieurs personnes, l'on était très loin
des milliers de martyrs présentés habituellement par l'Eglise.
La première " Depositio martyrum Romae" aurait été écrite,par des chrétiens,
au plus tôt, en 336, ou 354, puis remplacée par le Martyrologe romain.
Un jésuite, J.Hardouin, auteur d'une suite érudite de textes conciliaires,
se consacra à l'étude des Pères de l'Eglise: Ambroise, Augustin, Grégoire le Grand ...
et renouvela les conclusions exposées déjà au 15ème siècle par L.Valla:
tous les textes affirmés avoir été écrits par les Pères sont, en fait, attribués à eux
par convention, compte tenu de leur autorité passée; concrètement, les conditions
de la copie manuelle ont transformé inévitablement les textes d'origine
de telle sorte que nous ne possédons plus que des commentaires de commentaires.
Ces conclusions étaient également valables pour les " Livres saints "
dont l'artificialité était ainsi démontrée.
Sans doute, faudrait-il citer aussi l'abbé J. Meslier, curé d'Etrépigny en 1688,
dont une partie de son "Testament" clandestin fut diffusé au siècle suivant,
ouvrage athée et révolutionnaire dénonçant la religion catholique et l'Eglise romaine
en tant que fondements d' un ordre social créateur d'inégalités;
mais ce domaine du pamphlet antichrétien avait été ouvert au Japon, à Nagasaki,
le 29 Septembre 1636, par un ancien Jésuite, chef de la Mission dans ce pays,
du nom de Cristovao Ferreira, dont l'ouvrage intitulé :
" La Supercherie dévoilée "
constituait une critique d'une rare violence de la doctrine romaine de l'Eglise-Etat.------
A gauche, le Testament du Curé J.Meslier ( exposition B.N.F. )
" Preuves de la vanité et de la fausseté des religions "
.
A droite, la Supercherie dévoilée de Cristovao Ferreira,
présentée par J. Proust ( Librairie portugaise ).


Cependant que l'Espagne perdait son hégémonie en Europe
du fait du traité des Pyrénées, le 9 Novembre 1659.
Les Pays-Bas, terre d'asile libérale pour tous les "hérétiques", protestants et catholiques,
devenus un des principaux centres culturels et scientifiques,
touchaient le sommet de leur "siècle d'or" ,
mais perdaient leur maîtrise des mers
à la suite des guerres anglo-hollandaises de 1652/1654 et 1665/1667.
En
Angleterre, une guerre civile entre anglicans et puritains
fit ses ravages de 1642 à 1649. Le chef des puritains extrêmistes, O.Cromwell,
maître de la situation militaire dès 1645, fit juger par le Parlement
le roi de "droit divin" , Charles1er, qui fut exécuté le 30 Janvier 1649.
Cromwell réalisa l'union de l'Angleterre avec l'Ecosse,et l'Irlande
et créa le Commonwealth, dont il devint le "lord protecteur " en Décembre 1653.



Olivier Cromwell ( 1599 / 1658 )
fit exécuter le roi Charles 1er, le 30 Janvier 1649
et devint le dictateur "lord - protecteur" du Commonwealth;
d'un rigorisme aussi démentiel que celui de Calvin,
il manifesta, par un régicide, sa volonté de puissance.
 

L'exécution de Charles 1er, en Angleterre, allait,inconsciemment, préfigurer
celle de Louis XVI, en France, du fait de la Révolution de 1789,
qui constitua, pour l'Europe entière, dans les temps modernes,
l'événement politique et religieux le plus important .


Le Tiers - Etat écrasé par le Clergé et la Noblesse.
Cette situation fut la cause la plus visible du mouvement révolutionnaire
exprimant, en 1789, une exacerbation explosant en révolte
du fait des disettes, ou famines dans certaines régions, dont souffrait le peuple,
déjà fort malmené par les deux classes dirigeantes.

La Révolution, à proprement parler, dura du 5 Mai 1789 au coup d'Etat du 18 Brumaire,
le 9/10 Novembre 1799 par lequel Bonaparte renversa le Directoire.
Ces dix années sont généralement divisées en 4 parties:
- celle correspondant à la tenue de l'Assemblée Nationale constituante,
du 9 Juillet 1789 au 30 Septembre 1791
- celle correspondant à .......................l'Assemblée législative , du 1er Octobre 1791 au 20 Septembre 1792
- celle correspondant à la Convention nationale, du 21 Septembre 1792 au 26 Octobre 1795;
cette période comprend l' année dite de la Terreur, de Juin 1793 à Juin 1794 .
- enfin, celle correspondant au Directoire, du 26 Octobre 1795 au 10 Novembre 1799.
L'acte primordial fut incontestablement la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen

Etablissement de la liberté religieuse, le 23 Août 1789;
adoption du texte de la Déclaration des Droits de l'Homme,
le 26 Août 1789.
Les principes de liberté et d'égalité qui avaient guidé l'action des Constituants
furent, en bloc, condamnés par le pape Pie VI, le 10 Mars 1791,
par le bref " Quod aliquantum"
parce qu'étant " contraires aux droits de dieu ".

Après avoir procédé à la confiscation des biens du Clergé, le 2 Novembre 1789,
l'Assemblée nationale constituante supprima les voeux monastiques le 13 Février 1790
et décrèta la Constitution civile du Clergé le 12 Juillet 1790, qui tendait à le fonctionnariser.
Devant l'opposition manifestée par une grande majorité de celui-ci,
la Constituante décida , le 27 Novembre 1790,
que tous les membres du clergé prêteraient serment sur cette Constitution;
cette disposition ne fut acceptée, finalement, que par le bas-clergé et quelques évêques;
le clergé se trouva partagé en deux camps: les jureurs et les réfractaires.
L'image ci-dessus représente le curé de Saint-Sulpice refusant de prêter serment.
La Constitution Civile du Clergé fut condamnée par Pie VI par le Bref " Caritas " du 13 Avril 1791,
qui fut abrogé du fait de la signature du Concordat en 1801.
L' année d'exercice de l'Assemblée législative fut l'occasion pour celle-ci de poursuivre
l'action engagée par la Constituante, tant le poids du clergé sur la Société française étant étouffant.
Un décret du 9 Novembre 1791 fut rédigé contre les prêtres réfractaires,
mais Louis XVI s' opposa à son application.
Un conflit éclata avec le roi le 13 Juin 1792, lorsque ce dernier, à nouveau, interdit
l'exécution d'un décret banissant les prêtres réfractaires déclarés complices de l'étranger;
la Législative, avant de se séparer le 20 Septembre 1792, jour de la victoire de Valmy,
suspendit Louis XVI de ses pouvoirs.
Le lendemain, 21 Septembre, la Convention nationale, dès sa première séance,
décrèta l'abolition de la royauté, et déclara, le 25 Septembre, la République " une et indivisible"
Un procès fut engagé contre le roi, à la suite de la découverte, aux Tuileries,
de documents cachés établissant que Louis XVI était coupable
de conspiration contre la liberté publique et contre la sûreté générale de l'Etat.
La peine de mort fut votée par 387 voix contre 334;
le roi, de "droit divin", fut guillotiné le 21 Janvier 1793.
Le pape qualifia le souverain défunt de "martyr"
et fit engager une campagne de presse violente accusant la Révolution d'être satanique,
résultant d'un vaste complot anticatholique;
réactivant les mythes de la guerre sainte et de la croisade,
il lança un appel aux peuples et aux gouvernants pour défendre la foi
contre les nouveaux Barbares

Décapitation de Louis XVI, le 21 Janvier 1793, roi de " droit divin "
totalement abandonné par son Pére céleste "tout-puissant",
comme si ce dernier n'existait pas.
La mort du roi devenait la conséquence de celle de dieu.
La Convention nationale était mue par une volonté de rupture totale avec le passé
qui s'exprima dans une tentative de déchristianisation de la vie quotidienne par :
la mise en place du calendrier révolutionaire, le 5 Octobre 1793;
la célébration de la fête de la Liberté et de la Raison, à N.D.de Paris, le 10 Novembre 1793;
la fermeture des églises parisiennes, le 23 Novembre 1793.
Robespierre, par un décret du 7 Mai 1794, essaya d'implanter une religion révolutionnaire et patriotique
par l'institution de la fête de l'Être suprême, célébrée, une seule fois, le 10 Juin suivant
puisque Robespierre fut mis hors la loi et exécuté le 28 Juillet 1794.

Fête de l'Être Suprême, le 10 Juin 1794 instituée par Robespierre, sous la Terreur.
Il faut regretter que, faute de ressources et surtout de volonté politique, resta lettre morte
le décret de Décembre 1793 instituant un enseignement primaire d'Etat, gratuit et obligatoire;
en éradiquant progressivement l'illettrisme, cet enseignement eut été un moyen efficace
de faire apparaître la vraie nature du christianisme romain:
une suite aménagée de mythes antiques.
La Convention thermidorienne mit fin à la persécution religieuse en proclamant
la séparation de l'Eglise et de l'Etat par un décret du 18 Septembre 1794,
et la liberté des cultes, le 21 Février 1795.
 
Le Directoire tenta de faire fonctionner la République sur la base de la légalité constitutionnelle ;
ce fut une période très agitée du fait notamment d' une grave crise financière.
Il se créa de vives tensions entre les Directeurs et les Assemblées,
au point que le Directoire dut faire appel à l'armée, commandée par Augereau,
pour le coup d'Etat du 4 Septembre 1797.
Revenant aux procédés révolutionnaires de gouvernement,
le Directoire établit un nouveau régime policier, déporta ou emprisonna des centaines de prêtres
pour enrayer le retour à la religion traditionnelle du christianisme romain,
retour dû à l'accumulation des peurs.
Dès le 3 Avril 1798, un arrêté tenta d'implanter le culte décadaire
qui transformait le dixième et dernier jour de la décade du calendrier républicain
en jour de sanctification laïque et civique;
toutefois, le peuple resta fidèle au dimanche
tant il éprouvait inconsciemment le besoin d'obéir à un Seigneur.

Culte théophilanthrope établi au début de 1797,
pratiqué dans les églises de Paris après la messe catholique.
Inspiré par les idées de J.J.Rousseau, patronné par des personnages célèbres
comme Bernardin de Saint-Pierre ou M.J. Chénier
,
le culte affirmait l'existence de dieu et l'immortalité de l'âme;
il fut pratiqué jusqu'au 21 Octobre 1801.
Le 20 Janvier 1798, le Directoire s'illustra en faisant enlever, par Berthier, le pape Pie VI
qui fut transféré en France en Avril 1799, et décéda à Valence le 29 Août de cette même année.
Il avait été élu pape en 1775.
 
-
Bonaparte, premier Consul ( 1799/1804 );
signature du Concordat entre Bonaparte et le pape Pie VII
dans la nuit du 15/16 Juillet 1801;
ce Concordat restera en application jusqu'en 1905,
à la séparation de l'Eglise et de l'Etat
---
Dès sa prise de pouvoir, les 9/10 Novembre 1789, Bonaparte, premier Consul,